Campagne agricole 2020-2021 déficitaire : Que devient l’Initiative 3N ?

Finalement, le scénario tant redouté vient de se produire, la campagne agricole 2020-2021 s’annonce déficitaire sur l’ensemble du pays. En effet, la mission spéciale, conduite par un certain de ministres, chargée d’évaluer la situation agro-sylvo-pastorale, après plusieurs semaines sur le terrain, a conclu à une campagne agricole largement déficitaire, cette année, dans beaucoup de localités du pays. On estime entre quatre et six millions de personnes menacées de famines. Parmi les causes avancées de ce déficit alimentaire pour l’année en cours, on note la faible pluviométrie dans certaines contrées ou encore sa mauvaise répartition dans le temps et dans l’espace, les invasions acridiennes et les menaces sécuritaires. L’ensemble de ces facteurs conjugués n’ont pas permis aux paysans nigériens d’enregistrer des récoltes à la hauteur des attentes et besoins. Et déjà, la période dite de soudure s’annonce-t-elle difficile avec la flambée vertigineuse des prix des céréales sur les différents marchés locaux. Si aucune mesure urgente n’est prise rapidement, des millions de nos compatriotes risqueront d’être exposés à une crise alimentaire aigue, dans les prochains mois.

Pourtant, une décennie durant, le régime de la renaissance d’Issoufou Mahamadou proclamait sur les toits du monde qu’avec la création du programme 3N (Les Nigériens Nourrissent les Nigériens), les sécheresses ne rimeraient plus avec famines, crises alimentaires, que le Niger atteindrait son autosuffisance alimentaire et serait, enfin, à l’abri des caprices naturels de la pluviométrie. Pour cela, on avait créé un Haut-Commissariat pour piloter le programme 3N. On avait même organisé une Table-ronde internationale, à Paris, en 2012, dans le but de convaincre les bailleurs de financer cette initiative verte. Ainsi, ce seront plusieurs milliards (2.000 milliards) de nos francs que les bailleurs de fonds injecteront dans ce programme. Mais, à l’arrivée, l’Initiative 3N va devenir un flop retentissant, car même le Commandant de bord, à l’époque, Allahouri, va abandonner le navire en pleine mer et en temps de tempête, pour un poste à la FAO ! Depuis lors, ce programme va se noyer, comme les autres institutions nationales, dans la grande masse bureaucratique pour ne plus en ressortir. Aujourd’hui, ce programme n’existe que de nom, chevauchant entre les attributions du Ministère de l’Agriculture, dont il constituait une excroissance, les Ministères de l’Elevage, de l’Environnement et de l’Hydraulique, et enfin, les autres programmes agricoles sectoriels nationaux et internationaux. Aujourd’hui, en dépit de ces montants colossaux que l’on a prétendu injecter dans ce programme, le Niger n’est toujours pas sorti du cycle infernal des crises alimentaires périodiques, comme le prophétisait Issoufou Mahamadou, aux débuts de son règne. On ne sait pas où, véritablement, tout cet argent est passé, mais une chose demeure certaine, cet argent aurait pu prendre toutes les destinations finales possibles, sauf l’Agriculture ! Au bout du compte, on est, aujourd’hui, loin, très loin même des résultats et des ambitions affichées au départ, car, non seulement l’Initiative 3N aura été une terrible désillusion, mais en plus, une grosse arnaque politico-financière dont Issoufou Mahamadou seul devrait répondre. En effet, il avait juré, la main sur le coeur, que par cette Initiative, les ‘’Nigériens nourriraient les Nigériens’’, que les sécheresses cycliques dans ce pays sahélo-saharien cesseraient d’être synonymes de famines, et que, grâce à la mise en valeur des nappes d’eaux souterraines, les cultures irriguées constitueraient des alternatives heureuses aux cultures pluviales. Cependant, au finish, rien de tout cela n’est advenu, et pire, d’autres facteurs dirimants, comme l’insécurité endémique, sont venus aggraver la situation agricole dans le pays.


Comme on le voit donc, au titre des successions accablantes reçues de son prédécesseur Issoufou Mahamadou, le Président Mohamed Bazoum devra également gérer ce dossier de l’Initiative 3N, qui constitue, à n’en point douter, un fiasco évident et un audit général au niveau de cette institution s’imposerait afin de situer les différentes responsabilités. Mais, en attendant, le Gouvernement devra parer au plus urgent sur le terrain, c’est-à-dire prendre rapidement toutes les mesures nécessaires pour contenir les effets dévastateurs de cette crise alimentaire qui se profile à l’horizon. Toutefois, pour le long terme, le Président Bazoum devra faire preuve de beaucoup de volontarisme et de sérieux pour concevoir et réaliser un programme agricole original, loin du ‘’fake’’ avec lequel Issoufou Mahamadou, tel un démago aux petits souliers, avait berné les Nigériens pendant une décennie.

Sanda