L'éducation, besoins et vouloir : Par Dr Farmo Moumouni

L'éducation, besoins et vouloir : Par Dr Farmo Moumouni

L'éducation a montré combien elle peut être brûlante, incendiaire et dramatique, quand on s'en soucie peu ou pas.
Autour de l'éducation un regain d'intérêt : les idées et les opinions s'enflamment. Serait-ce un feu de paille ?
Nous parlons donc d'éducation avec raison. Cependant, d'aucuns n'entendent par là que cette activité de transmission de connaissances et de compétences confiée aux institutions. Activité essentielle, l'enseignement seul ne constitue pas l'éducation. Elle est tributaire d'une conception et d'une conception de contenu.

Les connaissances qu'elle vise à acquérir sont infinies, les compétences qu'elle tente de conférer sont multiples, et les méthodes de transmission dont elle peut user sont diverses. Nous ne sommes pas seulement concernés par l'éducation, nous sommes collectivement responsables des choix à faire en ce domaine primordial.

L'éducation débute en amont des institutions, dans la famille, en société, se poursuit dans les institutions mises à son service : l'école, l'université et autres centres de formation, elle transite par les corps de la société qui éveillent - par l'apprentissage des droits et des devoirs - à la citoyenneté et à la participation à la vie civique : associations diverses, syndicats, partis politiques, armées, etc., et se propose comme apprentissage continu tout au long de la vie.

Je regarde l'éducation comme la manière dont des hommes et des femmes engagés dans le même vivre-ensemble tirent parti du connaître et du savoir pour produire, reproduire et se développer.

Elle sollicite les facultés intellectuelles et morales, et puisque celles-ci n'ont pas coutume d'être sans support matériel, elle embrasse aussi le corps et ses capacités physiques.

L'éducation est somme toute, notre manière d'être homme. Je ne crois pas me tromper en affirmant que si l'homme a été créé, l'éducation est le moyen par lequel il parachève sa création.

La première conséquence et la conséquence la plus importante de cette observation est que le moyen par lequel nous nous réalisons ne peut être placé dans des mains autres que les nôtres. L'aide des partenaires ne doit être que d'appoint.

Quelle éducation voulons-nous ?

La question est apparemment centrale. Mais nous pouvons vouloir une éducation qui ne sied pas à nos besoins. Le principe de précaution veut que la question initiale soit décentrer au profit de cette autre plus urgente : de quelle éducation nous avons besoin ?
L'éducation dont nous avons besoin, il faut encore la vouloir. Elle appelle en outre un questionnement préalable.

Le questionnement s'ouvre avec l'interrogation portant sur notre être dans le monde. Qui sommes-nous ? Elle renvoie à notre histoire et à notre culture. Vient ensuite celle qui aborde notre situation dans le monde. Elle évoque la géographie et nos présences multiples : sur un continent, dans un pays, dans une société.

Sont introduites les questions de nos relations et de nos rapports avec le monde, avec notre milieu naturel, avec notre environnement, avec le vivant, avec le sol et le sous-sol, celles qui concernent les relations immuables entre les choses (lois scientifiques), celle des procédés pratiques, des méthodes, des savoirs et des savoir-faire dont nous usons pour atteindre une fin (techniques et technologies).
Il prend en charge les questions des relations établies ou tissées entre nous ( les rapports sociaux et économiques), celles de nos croyances, de nos manières de penser et d'agir, celles de nos relations avec le monde, de notre ouverture sur le monde et de notre communication avec le monde.

Il interroge enfin les connaissances, les savoirs, les savoir-faire et le savoir être que nous voulons transmettre, les manières et les moyens de les transmettre, la formation des formateurs, l'image que nous voulons avoir et donner de nous-mêmes, les valeurs que nous voulons promouvoir.

Les problèmes posés doivent trouver réponses dans des programmes et curricula en adéquation avec les attentes et les exigences exprimées, et avec nos besoins particuliers. Il s'agit au demeurant de définir, de redéfinir ou de créer des contenus et des cycles d'apprentissage, de déterminer les objectifs à atteindre, des méthodes d'enseignement et d'évaluation, dans le strict respect de nos besoins.

Nous tenons là, l'occasion de donner à nos programmes souvent inspirés de réalités et de besoins qui ne sont pas les nôtres, une personnalité et une identité propres qui concourent à l'affirmation de notre être, de notre savoir être, et au développement de notre bien-être.

Farmo M.

06 mai 2021