Bibliothèques à Niamey : Le savoir à la portée des lecteurs (Archives Nigerdiaspora)

Avec pour mission principale la collecte, la conservation et la diffusion de différents types d’ouvrages, les bibliothèques constituent des centres par excellence d’expansion du savoir. C’est le lieu de rencontre pour les élèves et les étudiants les plus consciencieux.

C’est en connaissance de cause que, dans le cadre de sa politique éducative, l’Etat a suffisamment investi dans la création des bibliothèques scolaires au sein des établissements de l’enseignement du 1er et 2ème cycle.

Espace de découverte et de conservation de connaissances livresques, les bibliothèques sont des sources documentaires incontournables dans la quête du savoir. Le développement de la littérature a commencé depuis la colonisation et jusqu’après l’indépendance de l’Afrique. Nombreux sont en effet les auteurs écrivains qui se sont manifestés durant cette période. Les derniers ayant marqué l’histoire de l’Afrique sont Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Aké Loba, Birago Diop, Seydou Badian, Mongo Beti, Tchikaya U’tamsi, Cheick Hamidou Kane, Ousmane Socé, Bernard Dadié, Sembene Ousmane, Ferdinand Oyono, Boubé Hama, etc.

Cette littérature écrite est une éducation, et a beaucoup contribué à l’épanouissement des africains et au développement de l’Afrique toute entière. Au Niger, il y a eu des écrivains avec plein de talent comme Boubé Hama, Idé Oumarou, Adamou Idé, Soli Abdourahamane, etc. C’est une véritable littérature que les élèves se doivent de connaître.  Aujourd’hui, force est de reconnaître que ces littératures sont mal connues dans le milieu scolaire surtout depuis la suppression de l’anticipée de français. Les élèves ne s’intéressent plus à la lecture et  les professeurs ne les incitent plus aux bonnes habitudes de lecture. En revanche, ces écoliers affichent un appétit prononcé pour  les films   TV, les  vidéocassettes, l’Internet, etc. Il faut les sensibiliser à une bonne fréquentation des bibliothèques scolaires et publiques pour qu’ils découvrent les différentes richesses de la pensée qui comme on dit se trouvent  dans les livres. De l’avis des spécialistes, la situation est très inquiétante. D’ailleurs enseignants et spécialistes de l’éducation s’indignent de cet état de fait. Même les parents ne sont pas en reste ; ils se disent aussi très surpris que  leurs progénitures n’aient amour  pour la lecture.

Selon M. Boubacar Tiémogo, de la Cellule pédagogique français à l’Inspection Niamey III, avant, le programme consistait à l’étude de la littérature française et Africaine. « Nous étudions tous les auteurs européens et africains, faisons des exercices littéraires telle que la contraction de texte, la dissertation, le commentaire composé, l’étude de langue était quelque part un renforcement des acquis. Des exposés sont faits par les élèves eux-mêmes sur la présentation des thèmes et des études des différents thèmes avec des supports généralement des textes décrits des auteurs français, africains, des grandes étapes de la littérature. Pour les familiariser, il est remis une liste d’œuvres à étudier pour les classes de Seconde, c’est la littérature française du 18ème siècle, la classe de 1ère, il s’agit de la littérature du 19ème siècle et enfin la classe de Terminale, la littérature du 20ème siècle. Concernant la littérature orale traduite (les contes, épopées, légendes, pour les indépendances, la négritude, le mouvement de la reconnaissance ; et pour les classes de Terminale la littérature engagée de l’ère des indépendances », souligne-t-il. Pour tous ces aspects, indique  M. Boubacar Tiémogo, il y avait une liste d’œuvres à lire fondamentalement par exemple pour les classes de seconde, dont entre autres ‘’Sous l’orage’’ de Seydou Badian, ‘’Le lion et la perle’’ de Birago Diop etc. Ce sont là des livres à lire obligatoirement. Un autre aspect, a-t-il précisé, c’était l’épreuve de l’anticipé de Français en classe de 1ère  de la série littéraire en prélude au BAC (l’écrit et l’oral). Il s’agissait de présenter l’auteur, question à être poser par le professeur à l’épreuve orale ce système obligatoire montre la capacité d’assimilation de l’élève. Redoutant cette épreuve orale, les candidats sont ainsi amenés à lire beaucoup. Autres obligations, rappelle-t-il, c’est la dissertation, l’illustration du propos, des extraits de leur lecteur et l’expérience tirée de leur lecture. Tous les classiques du Lycées doivent être lus.

De nos jours, les élèves ont perdu goût à la lecture du fait, estiment certains observateurs, de la prolifération des moyens de communication et les médias d’une manière générale. D’autres pensent qu’il y a des difficultés notoires au niveau institutionnel car, le programme n’est pas respecté et il n’ y a pas de suivi. Mme Yayé Aichatou, professeur de français, pense que, la perte du goût de la lecture peut s’expliquer aussi par le nouveau programme, le niveau des élèves et la situation économique et financière  des parents. Ce qui est sûr, c’est que les élèves fréquentent de moins en moins les bibliothèques. A la bibliothèque du CEG IV, par exemple, le taux de fréquentation n’est pas trop élevé. D’ailleurs, précise la responsable de cette bibliothèque, Mme Moumouni Namata, seuls les élèves des classes de 6ème et 5ème y viennent souvent et ne s’intéressent surtout qu’aux bandes dessinées. Ceux des classes de 3ème disent qu’ils sont occupés par les études et qu’ils sont en classe d’examen, donc le temps ne leur permet pas de lire beaucoup. Ils invoquent aussi l’insuffisance des livres disponibles au niveau de la ‘’biblio’’. « Les heures de lecture ne sont pas respectées par les élèves et il n’y a pas d’espace de lecture », déplore pour sa part Mme Moumouni Namata. Au CEG III, le Censeur, M. Harouna Lélé, pense que c’est une obligation d’exploiter les livres, de constituer des groupes de travail pour les exposés et confirme que les élèves ne viennent pas à la bibliothèque par manque de manuels et certains livres ne répondent pas aux normes adaptées.

Au Collège Mariama, il y a une grande bibliothèque avec un fonds documentaire de plus de 15.000 ouvrages, des airs de lecture et des heures de lecture contenues dans le programme sont respectées et notées par les maîtres. Selon Mme Keita Rakiatou, il y a un planning pour les 34 classes de 50 élèves chacune dont 17 pour le collège et 17 pour le lycée. « Nous avons des normes africaines, européennes et autres, des documents sur la littérature, des livres de classe dans toutes  les matières. Notre objectif est de parvenir à une ouverture d’esprit des élèves. Pour rehausser leur niveau, nous leur apprenons à faire la différence entre un livre et une revue et à reconnaître la côte qui permet de retrouver le livre, le nom de l’auteur, la recherche d’un mot dans le dictionnaire, dans les encyclopédies, la recherche documentaire…etc. Chaque élève doit signifier  sur une fiche l’ouvrage lu, ce qu’il a compris, ce que dit l’auteur et faire un résumé qui sera noté et porté sur le bulletin », explique-t-elle.

Au Lycée Kassaï, la bibliothèque gérée par Mme Moussa Aminata, assistée par Mme Amadou Mamatou, dispose de rayons fermés avec 2 à 3 salles qui servent d’air de lecture. Elle date de la création du lycée et contient près de 5000 livres. Selon la bibliothécaire, les fréquences sont régulières et les élèves s’intéressent surtout à la littérature africaine, aux romans et font des cherches, (histoire, géographie, sciences …), a-t-elle indiqué. A l’école M. Amirou Djibo, c’est une bibliothèque dotée de plus de 1000 livres d’auteurs africains et européens de tous les niveaux et même des livres de sociologie philosophie, etc. Créée le 16 mai 2003 et équipée par l’ex-Consul du Japon SE Shinozaki Akiniko, cette  bibliothèque est beaucoup fréquentée par des élèves  venant des autres établissements (collèges ; primaires, et lycées) et même des étudiants, a dit Mme Seydou Maïmouna, responsable de la bibliothèque. « Mais nous sollicitons des ateliers de formation pour avoir assez de rudiments pour bien gérer cette bibliothèque », a-t-elle précisé. La bibliothèque scolaire de l’école Canada III compte elle, plus de 1000 ouvrages (littérature africaine, européenne et autres) et il y a pour tous les niveaux de la classe du CI au CM2. Cette bibliothèque concerne trois (3) quartiers (Talladjé, Gamkallé, Saga et Garbado). Il existe par ailleurs des bibliothèques publiques comme le CCFN, le CCOG, le CCA et dans certaines églises. Au CCFN, beaucoup fréquenté par les élèves venant de tous les horizons, il y’a une grande salle de lecture et les fréquences varient d’un jour à l’autre. Par exemple les mercredi soir, les samedi matin et soir, le dimanche matin et les vacances et congés scolaires. En 2007, il y a eu dans cette bibliothèque qui enregistre en  moyen 308 entrées par jour, 5589 inscrits dont 4852 élèves et  étudiants. Selon la responsable bibliothèque jeunesse, Mme Maïmouna, certains élèves viennent souvent sur demande et il y a des classes qui s’inscrivent  à 10.000F. Pour ce cas, l’enseignant vient  avec ses élèves. Les élèves s’intéressent surtout aux albums, aux bandes dessinées et aux projections de films.

A la Direction régionale, on pense qu’il est important de motiver et de stimuler les élèves  en s’inspirant du passé et en  rehaussant le niveau pour une  meilleure qualité. Pour y parvenir, M. Djingarey Oumarou, directeur adjoint à la Direction régionale des Enseignements Secondaire et Supérieur, Niamey IV pense qu’il faut  équiper ces bibliothèques qui jouent un rôle important dans les écoles. Cette situation n’épargne pas non plus les écoles primaires.  Pour Moussa Hari, directeur  de l’école Pont Kennedy rive droite, le problème de lecture est réel. En effet, note-t-il, les enfants ne savent pas lire, il faut créer une émulation pour se surpasser. Il rappelle que les livres comme «La famille Boda» et «Mamadou et Bineta » ont fait leur preuve, c’est le système classique c’est pour dire que la répétition est l’âme de l’enseignant», a t-il expliqué. Certes, aujourd’hui nombreuses sont les écoles qui ont une bibliothèque, mais, toutes ne répondent pas aux normes et ne disposent pas assez de fonds documentaire pouvant attirer la cible. Dans beaucoup d’écoles ce sont des salles de cours qui ont été érigés en bibliothèque scolaire sauf quelques uns comme par exemple l’école Tassikonou pour le primaire, le CEG XXV. A la Direction des archives, de la documentation, de l’information et des relations publiques du Ministère des Enseignements Secondaire et Supérieur et de la Recherche scienctifique, on pense qu’il y’a lieu d’équiper les bibliothèques scolaires déjà installées et de créer d’autres. Mme Fatouma Bayero, précise que leur département ministériel compte revoir le système en ce qui concerne  l’équipement  en matériel adéquat et assurer le suivi régulier dans les différentes bibliothèques. Même son de cloche au Ministère de l’Education où Hadjia Fati Seydou, directrice des archives et de la documentation indique qu’il est envisagé des projets dans le cadre du suivi de ces bibliothèques pour remédier au problème de gestion et entreprendre des missions sur le terrain pour prendre des décisions  appropriées.

Ramata Soumana

10 juin 2010
Publié le 10  juin 2010
Source : Le Sahel