Goudoumaria : La symbolique autour du cheval dans la culture du Manga

Dans la tradition et les coutumes nigériennes, le cheval est un animal qui symbolise le prestige social. Dans la région du Manga en général et particulièrement à Goudoumaria, cet animal est toujours célèbre à tel point qu’on lui accorde une certaine considération. En effet, pour les mangari, la valeur culturelle du cheval est inestimable. Il n’est pas rare d’entendre de la bouche des populations du Manga: «il vaut mieux laisser une personne sans manger la nuit que de laisser le cheval sans nourriture». L’entretien du cheval est coûteux particulièrement au niveau des palais des chefferies du manga où le cheval représente à la fois un prestige royal et participe à la réjouissance des populations de cette région lors des grandes cérémonies et autres fêtes.

Si chez les touaregs, ce sont le chameau et l’âne qu’on harnache pour les grandes rencontres culturelles comme la cure salée ou encore le Festival de l’Aïr, dans le  Manga, c’est le cheval richement habillé et bien dressé qui exécute des pas de danses et de fentes à l’occasion des fêtes où le cavalier le soumet à exécuter des figures pour égayer l’assistance. Selon le  Chef de canton de Goudoumaria, l’honorable Maï Warouma Arifa, le cheval était considéré avant l’avènement des moyens de transport moderne, comme le moyen de locomotion le plus rapide pour rapprocher les communautés sur plusieurs aspects de la vie en société. En dehors de cette fonction, le cheval a, dans la société Manga, une dimension culturelle qui met cet animal au centre des cérémonies de fêtes. Lors de ces circonstances, le cheval est complètement est paré d’ornement en métaux souvent précieux comme l’or ou l’argent et en cuir qui coûtent cher.

En effet, d’après l’honorable Mai Warouma Arifa, l’harnachement complet d’un cheval de fantasia peut coûter jusqu’à environ 1.500.000 FCFA. Passionné du cheval lui même, le chef de canton de Goudoumaria dit avoir au moins cent (100) chevaux qui sont entretenus un peu partout par des notables à travers le canton. «J’ai actuellement une quinzaine de chevaux qui sont avec moi pour pouvoir répondre aux besoins des fêtes de grande envergure. Tous les éléments qui concourent à un impeccable harnachement du cheval sont minutieusement déposés dans une valise hermétiquement fermée chez moi. Mon matériel d’harnachement est à 80% confectionné en argent. Le cheval est harnaché en fonction de celui qui va le monter», a relevé le chef de canton.

Il ajoute que les éléments constitutifs de l’harnachement d’un cheval est toute une fortune. «Heureusement, nous avons eu la chance que le matériel de fantasia soit disponible grâce à notre défunt père. Il avait eu l’ingénieuse idée d’acheter pour déposer. Après son décès, nous avions partagé les biens y compris le matériel d’harnachement des chevaux. Lorsque mon grand frère lui a succédé au trône, je lui avais fait cadeau du matériel qui me revint de droit. Bref, ce matériel est considéré comme un patrimoine culturel de la chefferie de Goudoumaria», a souligné l’honorable Mai Warouma Arifa.

Par ailleurs, il faut préciser que le cheval est aussi cet animal que les chefs utilisaient pour les conquêtes territoriales. Mais attention ! Les superstitions ont droit de cité à l’époque où la pénétration de l’islam dans nos sociétés était au stade embryonnaire. «Il existe de couleurs de chevaux que le Chef traditionnel évitait systématiquement de monter le jour où il partait en guerre. Transgresser cette limite  donnerait comme résultat, un voyage sans retour au bercail. Autrement dit, soit le chef serait tué par son adversaire ou bien il le prendrait comme captif. Par contre, il y a aussi des couleurs qui portent la chance à la guerre. Mais aujourd’hui avec le modernisme, certains aspects de la chefferie traditionnelle sont, soit relégués au second rang soit,ils ont carrément disparu de ce cercle mythique», explique l’honorable chef de canton de Goudoumaria.

 Hassane Daouda, Envoyé Spécial

02 mars 2021
Source : http://www.lesahel.org/