Le ‘’Komandi’’ de la Femme dendi : Un mets traditionnel qui tend à disparaitre des foyers

La bouillie brute de mil ou de sorgho, appelée ‘’komandi’’, est une specialité du Dendi. En effet, dans la culture dendi, le Komandi constitue un plat traditionnel consommé à tout moment au point qu’il est devenu le plat principal des foyers traditionnels dans le Dendi. Dans le temps, il était impossible de séjourner dans la demeure du Zarma dendi, sans recevoir  un bol bien rempli du liquide fumant de komandi,  dégageant une odeur agréable d’épices qui vous donne de l’énergie et d’une certaine manière ‘’booste votre humeur’’. Par ailleurs, ce plat purement traditionnel, de nos jours tend à être délaisser ou ignorer au profit de différents aliments ‘’plus modernes’’.

Comme disent les haoussas ‘’Komandi May Ray Goma, Ana Kashéta Bata Moutouwa’’, ‘’Na Dendi May Dogon Ray, i ga wi A si bou’’. Ce sont là des paroles flatteuses qui témoignent de l’importance de la bouillie Komandi.

En effet, la bouillie ‘’Komandi’’, est un plat bien onctueux obtenu après un travail bien soigné et qui accompagne  les braves hommes au champ. Après un dur labeur, ces derniers se regroupaient autour de la grande calebasse remplie de komandi. Selon, une grand-mère dendi, les femmes, après accouchement, buvaient beaucoup de komandi. Cela, a–t- elle notifié, leur donne de l’appétit mais aussi leur permet d’avoir du lait maternel riche en vitamines pour bien nourrir leurs bébés. Aussi, a ajouté la mamie dendi, avec la bouillie la femme n’a pas besoin de prendre des ‘’comprimés’’ pour prendre du poids,  en lui seul, le komandi est une  vitamine.

Chez la femme dendi, a soutenu Mamie, il était inconcevable de ne pas trouver ‘’le Bagua’’ qui est une petite jarre traditionnelle en argile, remplie de bouillie dans la concession. Cela a-t-elle dit,  pourrait être considéré comme étant une honte. « La vraie femme dendi,  doit savoir préparer  la bouillie komandi, c’est une fierté ! » a-t-elle martelé. La bouillie ‘’komandi’’, a confié la mamie, ne date pas d’aujourd’hui. C’est un plat  hérité par les arrières grands parents.

Expliquant les différents procédés de préparation, elle a révélé,  qu’avant c’était préparé minutieusement, avec  beaucoup de soins. Aussi a-t-elle indiqué,  ce qui faisait la particularité du Komandi d’avant,  était que le mil ou le sorgho ne comportait pas d’engrais chimiques.  Ça avait plus de goût et de la saveur contrairement à celui de maintenant qui, a-t-elle dit avec sourire (comme pour dire que maintenant, il n’y a plus les bonnes choses),  comporte beaucoup d’engrains chimiques.

Poursuivant ces explications, elle a aussi confié que ce qui donnait plus de valeur et de considération à la bouillie, était que la préparation se faisait dans les ‘’Bagua’’, avec une louche spéciale (gassou gombo) qui permet de bien remuer la bouillie pour ne pas faire des petites boules. Et c’est avec un éventail fait avec des tiges de palmiers appelé en langue locale dendi ‘’kokosso’’, qu’on tamisait.  En effet, tout se faisait à la main, le mortier était l’outil par excellence utilisé pour enlever le son du mil ou du sorgho ou encore pour la rendre en farine. Ce qui malheureusement n’est pas le cas de nos jours où tout est fait à la machine. Et à ce niveau, elle a déploré l’abandon du Komandi d’avant.  Pour la mamie dendi, cela s’explique par le fait que tout a été modernisé et avec le temps, il y a plusieurs variétés d’aliments à la portée des gens contrairement à autrefois où le mil constituait l’aliment de base dans les foyers.

Aujourd’hui, c’est du pain, du lait, de la confiture ou du beurre que l’on retrouve dans les concessions. Rares sont les ménages dans lesquels la bouillie est encore consommée. Considéré  comme un plat traditionnel archaïque, il est de plus en plus delaissé. Nombreux sont les gens qui considèrent que le Komandi n’est plus d’actualité.

 M. Abdelkader, jeune et se sentant encore dans ‘’ sa peau’’, affirme qu’au 21éme siècle, il est impossible pour lui de boire de la bouillie.’’ Ça ne fait pas class, c’est être vieux jeu ‘’a-t-il dit. Une autre jeune fille, Khadîdja, affirme qu’elle ne s’imagine même pas boire de la bouillie et se retrouver avec un petit ventre qui pointe et gâter ainsi sa belle silhouette svelte. En outre, si ces deux jeunes ne sont pas pour la consommation du ‘’komandi’’,  certaines mamans  elles, sont pour la consommation de komandi dans les foyers.  Et Cet avis, le Nutritionniste M. AbdoulRazak Bello le partage.

Selon lui, la bouillie’’ Komandi, est une bouillie très énergétique car de par sa concentration,  elle a une bonne qualité organoleptique. Et du point de vue composition a fait savoir le nutritionniste, c’est une bouillie qui est très riche en glucides dont l’amidon. Il y a également la vitamine B qui, a souligné M. AbdoulRazak Bello, en plus d’avoir son importance dans certains nombre de réactions au niveau de l’organisme, peut améliorer l’appétit.  Et à la vitamine B a ajouté le nutritionniste, il y a également les sels minéraux comme : le fer, le phosphore et le magnésium qui sont tous,  des éléments importants pour l’organisme. S’agissant du fer, il a précisé qu’il permet de prévenir l’anémie. De ce fait a indiqué le nutritionniste, la bouillie  ‘’Komandi’’ est un aliment riche qui permet de satisfaire les besoins en protéines, vitamines et sels minéraux, sa consommation ne peut être que bénéfique.

En outre a-t-il relevé, cela peut parfois favoriser l’obésité notamment chez les femmes. Cependant a-t-il précisé, chez les enfants cela n’a pas de conséquence car même dans les structures de santé, il est recommandé de donner aux enfants de la bouillie enrichie.

En effet, il existe diverses variétés de bouillies au Niger, il y a la bouillie appelée  ‘’koko’’ qui est une bouillie plus ‘’raffinée’’ que le Komandi, vendue dans presque chaque coin de rue de la ville, la bouillie contenant des grumeaux appelée ‘’koko goudazé’’ et le Komandi. Et contrairement aux deux autres, le komandi est une bouillie qui a forte teneur en vitamine. Il suffit d’en boire un peu pour retrouver ses forces.  Elle ne doit pas disparaitre des ménages, au contraire on doit faire la promotion de ce plat plein de vitamines et de protéines.

Par Farida Ibrahim Assoumane et Rahila Tagou

09 avril 2021
Source : http://www.lesahel.org/