Portrait d’Idrissa Djibo dit Routou : Un grand artiste presque dans l’oubli

Né en 1946 à Filingué, M. Idrissa Djibo est connu du public nigérien sous le pseudonyme de Routou. Il débuta son aventure dans le domaine du cinéma au lendemain des indépendances du Niger. Les semaines culturelles étaient organisées et les compétitions motivaient aussi bien les artistes que la population. Malgré le poids de l’âge, Idrissa Djibo dit Routou n’a pas oublié ces années glorieuses de la culture au Niger.

Routou avait joué dans 25 pièces théâtrales où il était l’acteur principal. L’originalité des pièces dans lesquelles Idrissa a joué un rôle prépondérant réside dans les thématiques abordées. Ces dernières ont trait au changement de comportement; la problématique de l’héritage; la promotion des valeurs sociales qui fondent la vie en communauté; l’amour du travail; l’historique du département de Filingué avec la guerre que les populations ont livrée contre Tchirfoune installé à Abala; la guerre de résistance entre les populations de Kourfey et les Foutantchés. Cette résistance a d’ailleurs permis de repousser l’ennemi hors du territoire appartenant à Filingué. Lorsque le Général Kountché prit les commandes du pays, le secteur de la culture bénéficiait de toutes les attentions avec l’organisation du festival de la jeunesse, une véritable tribune d’expression de la jeunesse, un lieu de rencontre et de brassage culturels.

Le festival de la jeunesse était aussi un cadre de promotion des valeurs socioculturelles du Niger. A l’époque, Tillabéri faisait partie des régions où l’originalité des créations culturelles était appréciée de tous.

Quant aux prestations théâtrales, elles drainaient beaucoup des gens. C’est en 1983, que la pièce théâtrale intitulée Routou a été jouée. Elle évoquait l’histoire d’un fils de forgeron qui abandonna l’école en classe de 4ème. Au lieu de retourner aider son père qui travaillait dans la forge, cet élève appelé Routou opta pour aller paitre les animaux. Il laissa le troupeau rentrer dans un champ de mil. Les dégâts sont énormes. Le père de Routou fut convoqué d’urgence chez le chef du village.

Ce soir, Routou se réfugia dans la case de sa mère pour que son père ne le voie même pas, à plus forte raison, le gronder et éventuellement lebastonner. Le lendemain, très tôt le matin, l’idée qui vint à l’esprit de Routou, était d’aller en exode. Il effectua ce voyage pour la première fois dans sa vie. Mais l’aventure a été infructueuse et Routou était contraint de regagner le bercail. La leçon à tirer dans cette pièce théâtrale est surtout le respect de l’héritagelégué par les parents. Nos coutumes, traditions et us sont entrain de disparaitre progressivement parce qu’il n’y a pas de relèves. Idrissa Djibo dit Routou avait voyagé dans tous les 36 arrondissements que comptait le Niger à cette époque là grâce à la culture. Les récompenses lors du festival de la jeunesse étaient composées essentiellement des radios; des pagnes etc. Cependant, la dimension culturelle de l’homme lui a valu la confiance de la ligue traditionnelle de Tillabéri. Idrissa Djibo fut aussi un ancien arbitre de la lutte traditionnelle pour le compte de la sélection de Tillabéri dans les années 80. C’était précisément l’année où Naroua Sanou avait pris le Sabre à Diffa. Idrissa capitalisa 10 ans d’expérience dans le métier d’arbitre. Il était aussi l’ancien capitaine de football de Filingué. Bref, le vieux Idrissa est un homme orchestre. ‘’.

Aujourd’hui, nous constatons avec amertume que tous les anciens de la culture sont abandonnés à leur sort ; alors qu’ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour le rayonnement de la culture. Je lance un appel à l’Etatpour que l’on pense aux anciennes gloires de la culture nigérienne en les aidant de temps en temps. Quant à la jeunesse, je lui conseille de ne pas s’accrocher à l’argent. Il faut travailler pour le pays afin que les générations à venir puissent trouver des traces pour continuer l’œuvre de l’édification de la nation. Travailler pour son pays est une fierté’’, a précisé M. Idrissa. Le septuagénaire est aujourd’hui gardien de la Maison des jeunes et de la Culture de Filingué. Il est père de cinq (5) enfants dont une fille et 42 petits fils.La force physique n’étant plus au rendez-vous, Idrissa se contente des gestes de la famille et des connaissancespour joindre les deux bouts. En définitive, nous osons espérer que l’Etat saura récompenser ses dignes fils.

Hassane Daouda, Envoyé spécial(onep)

08 janvier 2020
Source : http://www.lesahel.org/