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Le business lucratif de la lutte contre le paludisme au Niger : Des milliards destinés à la lutte contre le paludisme dissipés

Le business lucratif de la lutte contre le paludisme au Niger : Des milliards destinés à la lutte contre le paludisme dissipésLe paludisme tue tandis que des individus en font un business lucratif, s'engraissant avec les fonds destinés à combattre cette maladie qui fait des hécatombes au Niger, chaque année. En 2016, le ministère de la Santé publique reconnaît qu'elle demeure la première cause de morbidité au Niger avec 3 642 967 cas de décès, loin devant la toux et le rhume avec 2 623 021 décès et les diarrhées avec 1 446 120. Pourtant, la gravité de la situation est une aubaine pour certains Nigériens. Financé à hauteur de plusieurs milliards FCFA, un projet visant à décupler l'usage de la moustiquaire pour une efficacité prouvée a été mis sous le boisseau, faisant dissiper plus de dix milliards FCFA sur la destination desquelles l'on s'interroge. Où sont passés ces milliards de la BID et du Fonds mondial pour l'achat de quicks, ces supports de moustiquaire à montage et démontage ultra rapide sur toutes formes de terrains ?

C'est en 2002, sous Mamadou Tandja, qu'une équipe d'inventeurs nigériens regroupés au sein de l'Association nigérienne pour la promotion de l'invention et de l'innovation (ANPII) met au point un support de moustiquaire à montage et démontage ultra rapide sur toutes formes de terrains appelé " QUICK ". Ce produit, qui rend l'utilisation de la moustiquaire très aisée sur toutes formes de terrains et qui réduit considérablement le coût (3500FCFA pour un quick contre 8000F CFA pour la moustiquaire en 2004), reçu l'agrément et le soutien financier des partenaires, notamment pour créer une usine de. production du quick. C'est ainsi qu'en 2010, le Fonds mondial se propose d'accorder 80 milliards de francs CFA au Niger pour l'acquisition de huit millions de quicks. Malgré la validation du dossier au cours d'un atelier national, organisé à Tillabéry, le 17 juillet 2010, en présence de tous les partenaires, Surprise ! Le PNLP glisse le dossier dans ses dossiers et refuse de l'envoyer à Genève pour la mise en exécution du protocole. La raison ? Les responsables de l'institution mettent les inventeurs de l'ANPII devant un choix cornélien : leur payer une commission ou abandonner leurs droits en laissant tomber le brevet dans le domaine public, pour leur permettre de commander le produit avec des commerçants étrangers. Depuis lors, c'est le black-out. En 2012, le ministère de la Santé publique transmet le dossier en souffrance au ministère du Plan afin de le soumettre aux bailleurs de fonds, notamment à la Banque islamique de développement (BID), mais toujours le même blocage, là également. Ne baissant pas les bras, les promoteurs vont se débrouiller pour envoyer le dossier par leurs propres moyens à la BID où il est approuvé à l'unanimité. La BID décide alors d'octroyer une subvention de 12 milliards FCFA pour créer l'usine de production du " quick ". Mieux, elle s'engage à appuyer le Niger pour faire des commandes du " quick " à hauteur de 11 milliards pour soutenir le PNLP dans la lutte contre le paludisme. Lorsqu'en novembre 2014, le PNLP valide son programme de 2015-2018, le quick est l'élément central du plaidoyer. Les partenaires vont d'ailleurs s'engager pour 95 milliards FCFA, soit 23 millions de quicks et de moustiquaires. Mais, fidèle à leur décision de saboter le projet tant qu'ils n'auraient pas obtenu de commissions ou une renonciation des droits des promoteurs, les responsables du PNLP modifient unilatéralement le protocole validé publiquement à Tillabéry pour soustraire le " quick " des commandes à effectuer.

Détournement de plusieurs milliards destinés à l'achat du " support de moustiquaire à montage et démontage ultra rapide " appelé " quick "

Actuellement l'argent de la BID est là. Tout comme celui du Fonds mondial. Et les exigences d'une prévention de qualité reposent sur " une moustiquaire, un quick ". D'ailleurs, une étude du PNLP a démontré que sans le quick, beaucoup de gens gardent leur moustiquaire dans un coin de la maison au lieu de l'utiliser, faute de support approprié. Pourtant, les responsables dudit programme font fi de leurs propres conclusions, se préoccupant de commandes exclusives de moustiquaires qui génèrent sans doute les commissions exigées de l'ANPII. Dans une lettre datée du 22 juin 2015, le président de l'ANPII, Dr Hassan Idrissa Souley, a porté plainte auprès de la Halcia en révélant le détournement de plusieurs milliards destinés à l'achat du support de moustiquaire à montage et démontage ultra rapide " appelé " quick " par le PNLP. Pour l'histoire, précise-t-il d'emblée puisque d'autres plaintes, déposées toujours auprès de la Halcia et de la justice,sont restées sans suite. " J'ai l'honneur de vous écrire par principe, sans l'illusion que le dossier sera traité, car aucune de nos correspondances antérieures n'a reçu de réponse, malgré la gravité des abus que nous avons dénoncés ", a-t-il écrit en introduction. Dr Hassan Idrissa Souley rappelle ainsi que tous les dossiers judiciaires concernant le nommé Moussa Abou ont été subtilisés, tant en première instance qu'en appel. C'est le cas par exemple du jugement 134 du 9 décembre 2013 de la Cour d'appel qui est retiré du circuit avant même son enregistrement. Sur instruction du juge qui a eu en charge le dossier, selon la greffière qui devrait l'enregistrer. " C'est également le même cas pour le jugement 197 du 20 avril 2014 et la scandaleuse lettre de MassoudouHassoumi ", note-t-il, avec amertume. La conclusion de Dr Hassane est claire comme de l'eau de roche : " Moussa Abou n'est pas un citoyen ordinaire. Il est autorisé à commettre les pires crimes, l'État et ses instances de régulation sont à sa disposition pour l'appuyer ".

Le mur de silence face aux complaintes de l'ANPII seraitil un mur de complicité ?

N'ayant pas obtenu la moindre réponse de la Halcia que bon nombre de Nigériens estiment être une simple caisse de propagande pour le régime, l'ANPII essaie de faire du lobbying auprès des différentes personnalités, pensant trouver ainsi un appui politique digne de l'intérêt de l'invention pour la santé des populations nigériennes. Elle est loin d'imaginer que ce qui lui a été chanté et opposé au PNLP est dans l'air du temps. " C'est une culture, savamment entretenue au sommet de l'Etat ", dit un observateur. Au nom de son association, Dr Hassane écrira au président de la République, au président de l'Assemblée nationale, au président du CESOC, au médiateur de la République, au président de la CNLDH, actuelle CNDH (Commission nationale des droits humains), mais en vain. Partout, il fait face à un silence assourdissant. Un mépris ? En tout cas, l'ANPII a fini par comprendre, de guerre lasse, qu'au sommet de l'Etat, ce n'est pas tant la lutte contre le paludisme qui préoccupe que ce qu'elle peut générer pour les décideurs. Les morts pour cause de palu ? Autant en emporte le vent…et les cimetières ! Bon nombre de Nigériens ont écouté la voix sobre, mais brisée par la tragédie, de Dr Hassane sur ce scandale. Mais ils n'ont sans doute pas appréhendé que la mort soit devenue un moyen d'enrichissement au Niger. Pour des considérations mercantiles qui choquent au plus haut point les partenaires extérieurs du Niger, un projet vital qui pourrait considérablement réduire le nombre de cas de paludisme, par conséquent le nombre de décès dus à cette maladie, est en train d'être compromis. Dans l'insouciance d'un gouvernement qui prétend travailler au bien-être des populations. Les réactions outragées des partenaires, appréciées à l'aune des propos du Représentant du Fonds mondial de lutte contre le paludisme, n'ont pas pu freiner les auteurs de ce crime contre…l'humanité. " C'est grave pour le Niger ", a lâché, impuissant, Dr Hassane.

Laboukoye

16 septembre 2018
Source : Les Courriers

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