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lundi, 01 août 2011 15:07

La future réserve de Termit Tintoumma : un espace riche unique au monde

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Le Projet Antilopes Sahélo sahariennes (P/ASS), qui a vu le jour au Niger sous l'égide de la Convention pour la protection des espèces migratrices (CMS) dans l'optique de sauvegarder les reliques d’une faune sahélo saharienne unique au monde et en voie d’extinction du fait des facteurs tant anthropiques que naturels, envisage la création
d’une réserve afin de mieux préserver ce qui peut encore l’être. Selon le Commandant Ibrahim N. Bello, coordonnateur du P/ASS, la zone retenue pour abriter cette réserve est l’aire de Termit-Tintoumma. Elle est située au Nord Est du Niger et répartie entre les communes de  Tesker, Tabelot, Fachi, Bilma et N'Gourti. A cheval sur les régions de Diffa, Zinder et Agadez, elle couvre une superficie estimée à 10.000.000 d’hectares.

Cette zone de Termit Tintoumma, a-t-il précisé, se présente tant au Niger qu'au niveau mondial, comme étant l'unique zone disposant d'une biodiversité unique du biome sahélo saharien. L'essentiel de la population résiduelle de la faune est actuellement confiné dans la zone du massif de Termit et du désert de Tin Toumma au sud-est du Niger et c'est grâce à son isolement et à la difficulté relative d'y accéder, que cette zone est devenue naturellement un refuge pour un grand nombre d'espèces sahélo-sahariennes. Outre ce facteur écologique, on note également des facteurs culturels et préhistoriques qui militent en sa faveur.

Le Coordonnateur du P/ASS précise que la zone de Termit et du Tin Toumma abrite une biodiversité  sahélo-saharienne tout à fait exceptionnelle, probablement unique au niveau mondial. La faible densité de population humaine, conjuguée au mode de vie pastoral des nomades, a permis de maintenir une certaine qualité des habitats existants, ce qui a permis à la faune d'évoluer normalement, même pendant les années de sécheresse. De plus, indique-t-il, la localisation géographique à cheval sur les milieux sahéliens et sahariens, ainsi que la présence du massif et de son réseau hydrique associé, sont aussi des atouts favorables qui font davantage de cette zone un cadre idéal pour la diversité des espèces.

Ainsi, a-t-il poursuivi, le Projet Antilopes Sahélo-Sahariennes avait dénombré 18 espèces de grands mammifères dont entre autres une dernière population viable d'addax  vivant à l'état sauvage (la seule au monde) estimée à environ 200 individus en 2007; les densités de population les plus importantes du Niger pour la gazelle dorcas et les outardes de Nubie et Arabes; la plus grande variété de petits et moyens carnivores sympatriques dans le Sahara  (guépard, hyène rayée, chacal doré, fennec, renard pâle, renard famélique, chat des sables, chat sauvage africain, caracal, genette commune, ratel) ; une petite population de mouflons à manchettes génétiquement unique de par son isolement géographique ; une petite population de tortues sillonnées unique pour les mêmes raisons ; une population extrêmement réduite de gazelles dama, probablement moins d'une vingtaine d'individus ; une population unique de guépards du Sahara (Acynonix jubatus heckt) également extrêmement menacée (moins de 10 individus).

En outre, le massif du Termit représente un carrefour pour les oiseaux migrateurs du paléarctique occidental, migrateurs afro-tropicaux et les résidents. A cette date, a dit le Commandant Ibrahim N Bello, 112 espèces d'oiseaux ont été dénombrées dont une vingtaine d'espèces de rapaces.  Pour les reptiles, le coordonnateur du P/ASS se réfère à une étude, menée en 2005 par Ineich du Muséum d'Histoire Naturelle et qui fait état de 32 espèces différentes dans le massif de Termit.

Au niveau botanique, il existe également des espèces caractéristiques des deux biomes, mais également des espèces ayant leurs spécificités liées à l'influence du massif et du lac Tchad. Une mission botanique     organisée par le projet ASS en        concert avec l'université Abdou Moumouni de Niamey a permis de constituer un herbier contenant 101 espèces de plantes ligneuses, buissonnantes, parasites et rampantes. Quant aux facteurs culturels, ils résident essentiellement dans le fait que cette zone de Termit Tintoumma, a dit le Commandant Ibrahim Bello, se trouve à un carrefour ethnique remarquable où vivent essentiellement des Toubous, mais aussi des Touaregs, des Arabes et des Peuls. Sur le plan préhistorique, il a noté qu’une partie du site de Gadafawa situé dans la zone nord-ouest de l'aire protégée (AP) envisagée, abrite un gisement d'ossements de dinosaures et de vestiges d'habitats paléo lacustres (bois fossilisé). Mais a-t-il déploré, jusque-là, le site de Termit Tintoumma n'est pas valorisé, hormis par le passage de circuits touristiques des agences de tourisme d'Agadez, avec le risque que les touristes ou tout autre opportuniste, faute de contrôle, puissent piller à loisir les trésors du Niger.  En effet, a dit le Commandant Ibrahim Bello, le constat amer et triste observé c'est qu'aujourd'hui, le braconnage est plus pratiqué par les mieux nantis disposant des ressources sures et durables de leur subsistance. La contribution de tous et de toutes pour aider à éradiquer cette mauvaise pratique d'exploitation illégale de notre patrimoine faunique ne pourra que rendre service au Niger et à son peuple qui lutte vaille que vaille au quotidien pour sauver le peu de son patrimoine. Notons que ce milieu demeure très fragile et une quelconque perturbation générée par une activité humaine non raisonnée, telle que le tourisme incontrôlé, le braconnage ou l'exploitation minière ne prenant pas compte la dimension environnementale pourrait avoir des conséquences néfastes irrémédiables.  Ces conséquences ont d’ailleurs faits leur bonhomme de chemin, car, a-t-il rappelé, depuis quelques décennies, les effectifs de la faune sauvage au Niger ont notoirement diminué et plusieurs espèces sont actuellement menacées d'extinction au niveau national tels que le mouflon à manchettes, la gazelle dama ou le guépard du Sahara, mais également au niveau mondial comme l'addax, grande antilope à l'allure majestueuse qui n'existe qu'au Niger.  En conclusion, le Coordonnateur du Projet Antilopes Sahélo Sahariennes (P/ASS) affirme que la richesse de la zone Termit Tintoumma, proposée à être classée en Réserve de faune, est une vérité indéniable connue et      valoriser depuis le démarrage du Projet en cours. Aussi, beaucoup d'efforts ont été menés dans le cadre de la sensibilisation des communautés locales et autres intervenants dans la zone d'intervention du projet et un changement notoire a été observé particulièrement en ce qui concerne la population locale qui, avant l'intervention du P/ASS, pratiquait la chasse sans retenu.

Par Tchirgni Maïmouna

1er août 2011
Publié le 1er août 2011
Source : Le Sahel
Lu 2482 fois Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15