Les responsables des faibles performances aux examens du brevet d’études du premier cycle et du baccalauréat au Niger : Par Moustapha Liman Tinguiri

Les responsables des faibles performances aux examens du brevet d’études du premier cycle et du baccalauréat au Niger : Par Moustapha Liman TinguiriLe taux de réussite au baccalauréat, session 2018 est de 28,73% contre 26,73% en 2017 soit une augmentation de 2%. Au BEPC, le taux de réussite est de 39,61% cette année contre 29,96 en 2017, soit une progression de 9,61%. Mais, il existe d'énormes disparités entre les régions et entre les établissements dont les scores varient de 0 à 100%.

Malgré ces accroissements, les taux de réussite observés aux examens du BEPC et du baccalauréat sont faibles depuis plusieurs années car ils sont généralement en dessous de 50%. Il se pose le problème de la qualité de l'enseignement et du niveau des acquisitions des élèves. Notre système éducatif, notamment le sous-secteur de l’enseignement secondaire est peu efficace. Pour apprécier le rendement scolaire on mesure l’efficacité interne et l’efficacité externe. L’efficacité interne est de plus en plus forte quand les taux de redoublement et d’abandon sont de plus en plus faibles et les taux de passage en classe supérieure et les taux de réussite aux examens de plus en plus élevés.  Un bon rendement interne signifie que la majorité des élèves passent le minimum de temps dans un cycle et plus de la moitié des élèves passent avec succès les examens de fin d’année. L’efficacité externe s’intéresse à l’insertion socio-professionnelle en vue de déterminer combien d’élèves et étudiants sont productifs ou économiquement utiles après leur formation.

Qui sont les responsables des mauvais résultats aux examens ?

Généralement, l’opinion publique considère les enseignants comme les principaux responsables de la faible performance. Ce qui n’est pas totalement vrai et pas totalement faux non plus. En effet la majorité des enseignants du secondaire sont des enseignants contractuels, sans formation pédagogique initiale (67 % en 2016-2017cf annuaire MES). Ces derniers ont besoin d’encadrement pédagogique régulier et de formation continue pour améliorer leurs compétences. Ils observent chaque année de longs mouvements de grève, souvent pour des raisons fondées, notamment les mauvaises conditions de travail ou le retard dans le paiement des pécules entre autres. Les grèves des élèves et enseignants entrainent une réduction du temps d’enseignement.

Le suivi parental à la maison pour amener les enfants à étudier fait souvent défaut. Lorsque les parents ne s’intéressent pas à la scolarité des enfants, beaucoup ne sont pas assidus en classe et n’apprennent pas ou ne révisent pas régulièrement leurs leçons.

Et aujourd’hui, la plupart des jeunes se désintéressent de la lecture, de l’information et de la culture et passent leur temps sur les réseaux sociaux à regarder les séries étrangères. Ainsi, nous assistons malheureusement à une perte des valeurs de discipline, de civisme et d’intégrité dans les écoles.

La crise de l’autorité parentale et étatique et la médiatisation à outrance de valeurs étrangères sont des facteurs qui favorisent les échecs scolaires.

L'État a également une grande part de responsabilité dans la faible performance de l’enseignement secondaire. Il y a tout d’abord le choix de la massification de l’éducation de base dans les décennies 1980 et 1990, sous la pression des grandes institutions financières mondiales, sans tenir compte de la qualité. Et depuis ces années, l’éducation de base mobilise plus d’attention et de ressources que les enseignements secondaire, professionnel et technique et supérieur. Beaucoup d’élèves admis en sixième ne savent pas lire et une baisse de niveau continue et inquiétante affecte tous les niveaux d’enseignement. L’Etat ne recrute pas suffisamment d’enseignants pour satisfaire tous les besoins. Par ailleurs il y a une proportion importante de classes en paillotes (34,2% en 2016-2017cf annuaire MES) et une insuffisance de documentations et matériels pédagogiques, même pour les enseignants dans certains collèges.

Il revient à l’État, garant régalien de l’Education de créer les conditions favorisant le progrès et l’équité : répartir équitablement les fonds alloués à l’Education entre les différents ministères, mettre l’enseignant au centre du système par l’intensification de la formation continue et l’amélioration des conditions et du cadre de travail.

Pour favoriser la réussite des collégiens et des lycéens méritants du pays il faut créer huit collèges d’excellence dans les chefs-lieux de région et ouvrir un deuxième lycée d’excellence à l’intérieur du pays. Dans chacun de ces établissements les élèves méritant sélectionnés doivent provenir de toutes les régions du pays. Cela a pour buts de servir d’exemples de proximité d’écoles d’excellence et de réussite et de favoriser le développement de l’unité nationale par le brassage des bons élèves.

Les conditions de repêchage au BEPC doivent être revues et être alignées sur ceux du baccalauréat (10 points au 1er groupe) et non être déterminer selon le rythme et les péripéties de l’année scolaire, comme c’est le cas dans beaucoup de pays de la sous-région. Cela va sans doute amener les élèves à mieux travailler, sans trop compter sur le repêchage.

Concernant le cycle moyen, pour éviter la disparition de la série scientifique C il faut réviser les critères d’attribution de bourses par une politique de discrimination positive et accorder une bourse à tous les élèves de terminale C admis au bac. Il faut également recréer la série B sciences sociales pour augmenter le nombre d’élèves qui s’orientent vers les filières scientifiques. L’université Abdoul Moumouni doit collaborer efficacement avec les Directions Régionales des Enseignements Secondaires ou s’appuyer sur les points focaux du baccalauréat des universités de l’intérieur du pays pour faciliter l’inscription aux candidats libres. Les formulaires de candidature au baccalauréat doivent être placés auprès des DRES ou des points focaux puis transmis à la direction du baccalauréat de l’université Abdoul Moumouni qui arrêtera les listes et enverra les convocations des candidats retenus aux DRES ou points focaux du baccalauréat et éviter ainsi beaucoup de désagréments. Autrement, il serait bon de permettre une inscription en ligne aux candidats libres. Aussi, après chaque session d’examen, la direction du baccalauréat doit après la présentation des résultats globaux, publier les résultats détaillés ou palmarès de tous les établissements publics, privés et candidats libres, accompagné d’une analyse exhaustive en vue de l’évaluation et de l’amélioration du système éducatif, comme cela se fait dans d’autres pays.

Pour mieux organiser le baccalauréat avec une représentation judicieuse de tous les acteurs concernés (MES, MES/R/I, MFP/T), le Niger qui dispose aujourd’hui d’une dizaine d’universités nationales et de 514 Lycées et Collèges d’Enseignement Secondaire (cf. annuaire MES 2016-2017) doit restaurer l’office du BAC, en lieu et place du service des examens du baccalauréat de l’université Abdoul Moumouni de Niamey, qui continue d’exercer son monopole au plan national. Bien évidemment, les universités seraient représentées au sein de l’office en fonction de leur poids.

Il reste beaucoup à faire pour gagner le défi de la qualité et revaloriser la fonction enseignante pour avoir de bons rendements scolaires et booster le développement du Niger.

Par Moustapha Liman Tinguiri, planificateur de l’Éducation, chef de Division Formation Examens et Concours /DRES Zinder

 

 

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