La baisse de niveau en milieu scolaire au Niger : Qu'est-ce que la baisse de niveau et comment se traduit-elle ?

La baisse de niveau qui peut s'entendre simplement comme la détérioration de la qualité des apprentissages à l'école, comparativement aux générations antérieures et en tenant compte de ce que l'apprenant est supposé maitriser à tel ou tel niveau, est aujourd'hui une réalité criarde, quotidiennement vécue par toute la communauté éducative : élèves, enseignants, encadreurs pédagogiques, parents d'élèves et partenaires de l'école. Même les plus sceptiques qui la considéraient jadis comme un mythe en sont désormais convaincus. La baisse de niveau se traduit, pratiquement sur le terrain, par un écart, dans bien de cas très préoccupant, entre le niveau réel des élèves et leur niveau théorique de classe. Il y a un véritable déphasage entre le niveau réel d'acquisition des compétences et la classe qu'ils fréquentent. Ce phénomène ne date pas d'aujourd'hui, et même pas les pays dits développés ne sont pas épargnés.

Dans les pays en voie de développement, en Afrique francophone notamment, où la langue d'enseignement est le plus souvent la langue du colonisateur, c'est encore pire. Or, il est prouvé que, même pour assoir une langue seconde, la maitrise (orale et écrite) de la langue première est nécessaire. Des évaluations, nationales comme internationales ont montré, au primaire, que la proportion d'élèves du CM2 qui ne savent pas lire de simples graphies et des syllabes s'accroit de plus en plus. En mathématique, ils ne comprennent pas le sens et le mécanisme des opérations, surtout l'addition et la soustraction avec retenue, la multiplication et la division. Autant dire l'essentiel. Cette baisse des performances est donc avérée, reconnue par tous les acteurs. Elle impacte tout le parcours scolaire et académique jusqu'à l'Université, pour se répercuter enfin sur la qualité des services dans l'administration publique.

Les causes de la baisse de niveau

Plusieurs facteurs sont à la base de la baisse de niveau en milieu scolaire. Parmi ceux-ci figurent en bonne place l'usage de la langue officielle, généralement la langue du colonisateur comme matière à enseigner et aussi véhicule d'enseignement ; l'inadaptation et la multiplication des programmes scolaires ; l'insuffisance de la formation des enseignants ; l'insuffisance du budget alloué aux secteurs de l'éducation ; l'avènement de la télévision et des réseaux sociaux. On peut évoquer aussi le chômage des diplômés. Ce qui ne motive pas les jeunes à étudier puisqu'ils voient leurs grands frères bardés de diplômes rester à ne rien faire d'autre que de prendre du thé et se ronger les pouces. La réussite scolaire ne garantit plus comme auparavant un travail à la fonction publique. Les élèves, les parents ne sont pas préparés aux changements importants intervenus au niveau des finalités et des objectifs de l'école. D'autres éléments, comme le recrutement de tout venant dans l'enseignement, la contractualisation de la profession enseignante, la précarisation de la fonction de l'enseignant peuvent être invoqués. Les effets parfois néfastes de l'avènement de la télévision, puis des réseaux sociaux ne sont pas non plus à minimiser, car en raison de leur mauvais usage et le manque d'encadrement parental des enfants, la lecture est sérieusement négligée.

Effets dévastateurs de la baisse de niveau

Tous ces facteurs ont contribué au fait que les élèves, dans une proportion inquiétante, ne maitrisent pas les compétences de base de leur niveau de classe. Pourtant, chaque enfant est intelligent et est à même d'apprendre. Donc le problème ne se situe pas tant du côté des apprenants que des tares du système éducatif. Les élèves passent du primaire au collège, s'ils ne quittent pas carrément l'école, puis dans les écoles, instituts de formation professionnelle ou à l'Université, accumulant les lacunes. Ainsi, la baisse de niveau s'échelonne et est présente dans toute la chaine du cursus scolaire et universitaire. Et conséquemment, la baisse de niveau s'invite dans la qualité des services publics, dans l'administration notamment, les fonctionnaires étant les produits de l'école. Face à cette situation préoccupante, les pays concernés ne restent pas les bras croisés et commencent à réagir, et parfois de concert.

Les esquisses de solution Une culture de l'évaluation interne des systèmes éducatifs commence à voir le jour, avec un diagnostic qui se veut sans complaisance. Qu'est-ce qui ne va pas ? Et quoi faire pour améliorer la qualité des apprentissages à l'école et amener les apprenants à développer des comportements compétents ? Telles sont les questions qui préoccupent les décideurs politiques et les techniciens du secteur de l'éducation, conscients qu'une population ignorante ne peut pas être un bon acteur de développement. Dans les pays de l'Afrique francophone, des évaluations internationales sont effectuées, en plus des évaluations nationales. Ces évaluations internationales ou standardisées, as surées, entre autres, par le Programme d'analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN (PASEC) concernent plusieurs pays et sont périodiquement effectuées. En 2014, et en 2019, le PASEC a effectué une évaluation regroupant respectivement 10 et 15 pays de l'Afrique francophone. A travers cette évaluation, les performances et contreperformances du système éducatif de chaque pays sont relevées et des pistes de remédiation dégagées. A chaque pays de mettre en oeuvre son dispositif de remédiation.

L'exemple du Niger

Le Niger, par exemple, s'est engagé depuis bientôt trois décennies dans l'amélioration de la qualité des apprentissages à travers la Loi d'orientation du système éducatif nigérien (LOSEN) adoptée en 1998 et le Programme décennal de l'éducation (PDDE). La LOSEN définit le système éducatif nigérien, ses finalités, buts et objectifs tout en le réorganisant (contenus et méthodes, programmes et horaires, structuration, structures consultatives, financement et gestion, suivi/évaluation). Quant au PDDE, mis en oeuvre de 2002 à 2013, il se définit comme le cadre unique de référence pour la politique éducative du pays qui met l'accent sur l'éducation de base. Ce programme comprend quatre composantes : accès et qualité ; scolarisation des jeunes filles et alphabétisation des femmes ; la santé scolaire et la lutte contre les IST/VIH/SIDA, et la gestion du projet. Mais force est de constater que s'il y a eu accès, la qualité des apprentissages n'a pas suivi, malgré une forte implication de la communauté à travers les comités de gestion décentralisée des établissements scolaires (CGDES). Au contraire, elle s'est dégradée. C'est ce qui explique les multiples tentatives de remédiation en matière éducative.

Du Programme d'urgence au Programme rénové

En 2018, un programme d'urgence a été mis en oeuvre pour assoir les prérequis indispensables aux apprentissages du CP au CM2 au cours du premier trimestre. Ce programme d'urgence est devenu par la suite programme d'enseignement prioritaire, puis programme de mise à niveau. Aujourd'hui, Stratégie de remédiation pédagogique (SRP), il est devenu systématique le premier trimestre de chaque année, avant d'aborder le Programme rénové, en vigueur depuis 2020. La communauté éducative s'implique et espère qu'avec ces innovations, l'école nigérienne sera bientôt sur les rails afin que les élèves ne fréquentent pas seulement, mais qu'ils apprennent véritablement à lire, écrire et compter, pour devenir des citoyens responsables. Car, comme le disent les experts de la Banque mondiale " Une population instruite, en bonne santé et bien nourrie rapporte davantage à l'économie que la seule construction de routes et de ponts ". Le capital humain est la première et la plus grande richesse d'un pays. Y investir massivement est gage de développement. Ne pas le faire serait une faute lourde. D'ailleurs, il conviendrait désormais que les décideurs fassent de l'éducation, non pas un secteur social, mais un véritable secteur économique.

Bisso