Le Système Educatif nigérien : Socle de la gouvernance du Président de la République, Bazoum Mohamed « Il faut casser des oeufs si on veut faire des omelettes »

Un certain nombre d’arguments très plausibles nous fait dire que le nouveau Président de la République, Bazoum Mohamed a fait et fera de la lutte pour le redressement du système éducatif nigérien son cheval de bataille. C’est comme si ce secteur sera le socle sur lequel vont s’appuyer et émerger toutes les autres composantes du développement de plusieurs secteurs de la vie de notre pays. Cette impression, il l’a encore laissée entendre tout récemment à l’occasion de la remise des prix aux récipiendaires des cadeaux pour le prix de l’excellence. Sans détour aucun, il a clamé haut et fort : « Vous êtes le modèle des enseignants ; vous êtes les personnes sur lesquelles je voudrais compter. Ces réformes que nous entendons promouvoir, ce changement que nous nous proposons d’opérer - sans lequel nous ne pouvons pas rêver, nous ne pouvons pas être une nation, nous ne pouvons pas prétendre à quelque fierté que ce soit - c’est grâce à vous que cela se réalisera. Je voudrais vous féliciter tout aussi vivement que je l’ai fait pour les enfants, pour vos élèves et vous demander aussi de persévérer ; vous demander d’être présents dans les débats que nous allons engager à partir de cette rentrée pour faire en sorte que nous nous frayons le chemin qu’il nous faut. J’ai l’habitude de dire que construire un système éducatif, en faire quelque chose de performant, c’est la chose la plus difficile ; tout le reste est facile. Mais enseigner est extrêmement difficile ; enseigner bien est très difficile. Donc, c’est sur vous que je compterais. Je demanderais aux différents ministres du système éducatif de vous donner l’occasion de faire part de votre expérience qui vient de se traduire par la réussite que sont les enfants que nous avons devant nous, avec vous, cet aprèsmidi ici. Et, je suis très engagé, croyez-moi, à faire en sorte que les enseignants jouent un rôle majeur dans ce projet que nous avons en vue ; de changer notre école, de la transformer, de faire en sorte qu’elle puisse donner les produits que nous nous avons été d’une école à une certaine époque. Nous ne devons pas être pessimistes, nous ne devons pas être résignés ; nous devons être volontaires, déterminés surtout et faire le pari que nous réussirons. ».

Avec beaucoup de redondance, cet extrait du discours prononcé devant les élèves et les enseignants ciblés pour ces récompenses du prix de l’excellence précise au mieux la volonté du Chef de l’Etat d’engager un combat pluriel en faveur de la relance du système éducatif nigérien, miné depuis des années par des incongruités de toute nature. En effet, enseignants, élèves, parents d’élèves, l’Etat et ses partenaires au développement, tous les maillons de la chaine ont leur part de responsabilité dans la dégénérescence de ce système éducatif.

Au premier chef, il faut citer la responsabilité énorme que portent les partenaires au développement qui, à travers plusieurs programmes inadaptés et incohérents, ont imposé des cadrages qui ont profondément desservis notre vision réelle. Des programmes concoctés à travers des tentatives d’ajustement structurel (Double-flux, double vacation…) ont totalement déstabilisé notre système éducatif. C’est le cas de ce double-flux qui prétendait prendre en charge le trop-plein d’élèves dans les classes à un moment où déjà des signes de baisse de niveau se faisaient sentir à tous les niveaux. Si après six heures de cours journalier le niveau tanguait, à quoi ressemblerait- il alors si on ne prenait en charge les élèves que le matin ou la soirée ? De plus, les objectifs mêmes assignés au système ont été revus en qualité car on prônait beaucoup plus le verbiage que la qualité de l’écrit. Cela se matérialisait à travers des élèves déjà du CE qui chantaient des dialogues de leur livre de lecture sans pouvoir montrer du doigt une seule syllabe de ce qu’ils lisaient. C’est cet enseignement au rabais qui a été imposé à nos pays ; de Dakar à N’Djamena, les occidentaux ont su distillé ce programme qu’ils justifiaient par l’évolution de l’enseignement des langues qui devenaient systématiquement juste des outils de communication. Argument tangible certes, mais totalement en déphasage avec notre niveau d’ancrage à ces langues occidentales. Que faisons-nous qui ne soit pas rattaché à ces langues ? Les sources d’acquisition du savoir et nos échanges avec nous-mêmes, à plus forte raison avec l’Occident, tout se fait dans leur langue. Les avantages générés par ce nouvel objectif sont certes indéniables mais il aurait fallu au préalable promouvoir nos langues, constitué et ensuite définir un fond d’apprentissage qui ne nous oblige pas à commander des livres édités en France par Hachette et les autres maisons d’édition coloniales. Comme on le voit, c’était d’une véritable révolution dont il aurait été question. Cependant, les champions de la civilisation universelle n’ont pris en considération que le volet qui les concernait ; tout ce qui contribuait à booster conséquemment notre système éducatif par rapport à ce changement a été escamoté, relégué aux oubliettes, comme d’habitude. Ainsi c’est après quelques années d’errements que l’on s’est aperçu que cette solution était loin de satisfaire aux préoccupations de notre système éducatif. Il fallait trouver une rechange et, actuellement une autre forme de multiples flux est en cours d’expérimentation. Il s’agit en clair de confier à un seul enseignant, dans la même classe, deux ou trois niveaux ! D’ores et déjà pour le novice, il se pose la question de l’éparpillement de l’enseignant entre les niveaux qu’il est en charge de contrôler. Ensuite pour les élèves, il y a la question de la concentration sur quel enseignement il faut suivre ; son niveau ou celui des autres voisins qui partagent la même classe, voir la même table que lui. Oh je sais ; très certainement un conseiller pédagogique constipé et nourri par l’argent des ateliers qui ont initié et encadré cette supercherie va se ruer sur nos propos et essayer de gesticuler pour prouver le bien-fondé de cette pratique. C’est bien cela le Français et ces gens sont tellement convaincants que leur démarche s’apparente à un sans-faute. D’accord ; attendons encore quelques années de massacres pour revenir, comme avec le programme d’ajustement structurel, comme avec la double vacation… pour nous apercevoir de la taille de la supercherie qu’on nous a imposée. C’est bien logique quand on n’arrive toujours pas à se défaire du carcan colonial ; nous allons toujours nous rabattre sur des pédagogues et des écoles d’enseignement de la France pour vouloir corriger le dysfonctionnement de notre système éducatif.

A ce niveau, le Président Bazoum Mohamed doit sincèrement ouvrir les yeux. Les meilleures propositions de redressement de notre système éducatif ne peuvent émaner que d’experts nationaux ; surtout des enseignants au-delà de vingt années de service. Au besoin, il y a plein de retraités qui peuvent offrir leur expertise ; c’est encore mieux que ce ramassis de pédagogues qui ont mal assimilés les rudiments de la psychopédagogie. C’est encore mieux que les experts français sortis des écoles qui n’ont aucun à avoir avec les nôtres. Comment pensez-vous que notre système éducatif peut être redressé par des personnes qui n’ont jamais mis pied dans une classe pléthorique de 50 à 80 élèves ? Tout ce qu’il va proposer comme éléments de solutions s’écrouleront rien qu’avec l’influence du nombre ; que dire encore du niveau des élèves qui est totalement en déphasage avec le cours fréquenté ? Le mal est grand et il faut ouvrir les yeux ; ces Occidentaux ont juste besoin de consommateurs, des gens capables juste de lire et de comprendre les publicités et les modes d’emploi de leurs gadgets électroniques. Chercher des consommateurs a toujours été un objectif présent dans toutes les politiques des pays occidentaux. Cela était vrai en 1900, au moment où leurs productions étaient encore balbutiantes. Que devient cet objectif, selon vous, aujourd’hui où la vitesse de production a atteint la croisière ? Tous les maillons de leurs activités travaillent à la satisfaction de cet objectif. Soyons lucides et tirons-nous des griffes des partenaires au développement, surtout en ce qui concerne les orientations de notre système éducatif. Si ce dernier devient cohérent et bien structuré ; si ce système arrive à produire les experts et autres techniciens nationaux qu’il faut, que deviendront les experts occidentaux qui vivent sur le dos de nos économies ? A réfléchir.

La responsabilité de l’Etat

Pour la responsabilité de l’Etat, il y a cette duperie des institutions internationales à laquelle il a cédé de tous les temps. On a toujours fait croire que les investissements dans les secteurs sociaux de base ne constituent pas une priorité pour nos Etats. C’est comme si investir dans la santé ou l’éducation était un bradage de nos ressources car ce sont des investissements qui ne rapportaient absolument rien. Certes, on ne retire pas des dollars à la fin d’une année scolaire pour avoir investi des milliards dans l’achat des fournitures, la construction des classes ou dans la prise en charge des enseignants ; c’est une vision très simpliste des capitalistes et ils ont réussi à la faire avaler à nos dirigeants très peu averti au contexte. Cependant, on peut se demander qu’elle a été l’origine de la prospérité occidentale ? La réponse est connue de tous : c’est la Révolution Industrielle. Et quelle a été la base de la Révolution Industrielle si ce ne sont les Progrès Techniques et Scientifiques ? Ces derniers quant à eux ont quelle origine si ce ne sont les écoles, les universités, les instituts et autres laboratoires occidentaux de l’époque ? Ces structures et centres sont quant à eux animés par des gens sortis du système éducatif occidental. Tout est vraiment lié et simple à comprendre. Pourquoi alors nos dirigeants continuent-ils à avaler les idées qui viennent de ces pays, surtout en ce qui concerne notre système éducatif ?

A ce niveau, l’espoir est vraiment permis car nous avons cette fois-ci à la tête de notre Etat un homme affranchi, un fin intellectuel qui a fini de comprendre toutes les supercheries de la géopolitique. Il le sait bien le Président Bazoum, seule notre système éducatif peut nous procurer les moyens de notre émancipation. Il l’a dit sous forme de métaphore : « … construire un système éducatif, en faire quelque chose de performant, c’est la chose la plus difficile ; tout le reste est facile… ». Cette boutade représente à elle seule tous les autres discours sur les questions de l’école. En effet, c’est de l’école que sortent tous les autres acteurs et animateurs en charge de tous les secteurs de notre vie. De la moralité, l’orthodoxie dans la gestion, l’intellectualisme et la technocratie nécessaires à la conduite des affaires, tout relève d’une école assainie, bien orientée et bien encadrée. C’est dire que l’école prend tout en charge. Une fois qu’elle le fait de manière conséquente, le reste devient très facile. Des acteurs moralisés à l’école et outillés de savoir nécessaires pour la conduite des affaires, nous n’avons besoin que de cela pour assurer le développement de nos sociétés. Comme le souligne le Président Bazoum ; « … tout le reste est facile. » une fois que l’école aurait tout pris en charge de façon performante.

C’est dire que pour cette fois-ci, nous entretenons un espoir très solide quant à l’épanouissement de notre système éducatif. En tout cas, l’Homme au sommet y adhère fortement. Cependant, pour que cela soit une réussite effective, il a besoin du soutien de tous les acteurs. Comme d’habitude, nous savons que les uns et les autres ne le laisseraient pas mener tranquillement la révolution nécessaire dans ce contexte. Eux et leurs valets locaux feront des pieds et des mains pour nous maintenir dans ce système de dépendance vis-à-vis de l’Occident. Cependant, rien ne peut s’opposer à une volonté inébranlable de changer les choses ; accompagnons juste les réformes salutaires qui seront issues des réflexions dans ce sens.

Pour les enseignants, leur niveau de responsabilité dans la dégénérescence de notre système éducatif est aussi indéniable. Quoique l’on dise, l’enseignant est le seul et premier responsable des élèves dont il a la charge. Il est vrai que la fuite en avant de l’Etat a obligé plusieurs acteurs à se réfugier dans l’enseignement. En effet, le niveau de précarité que vivent certains jeunes en formation les a poussés à se verser systématiquement dans l’enseignement sans aucune vocation préalable. En fin de cycle ou même en pleine formation, certains jeunes entrevoyant les affres du chômage ou la difficulté à conduire à bon port leurs études, ont court-circuité leur parcours pour se retrouver comme enseignants contractuels. Etait-ce un choix ou une faute de leur part ? Ambiguë comme question. Pour l’homme, les questions de survie prennent le plus souvent le pas sur toutes autres. Ayant un niveau qui permet d’être coopté comme enseignant dans une classe, le jeune dans cette situation semble avoir trouvé une issue pour sa vie. Et, malgré les insuffisances criardes dont il entretient, le voilà investi pour conduire à la destinée des élèves déjà minés par une baisse de niveau criarde. Rappelons que ces enseignants eux-mêmes sont issus d’une période d’instabilité qui a érigé la tricherie en mode de conduite. Depuis les années 1990, le multipartisme mal appréhendé a donné des prérogatives à des individus sans aucune moralité qui ont introduit et légalisé la fraude scolaire. Du CFEPD au Master, tout s’achetait ; ou ce sont les épreuves qui sont étalées au marché ou c’est le diplôme lui-même qui est acheté en espèces sonnantes et trébuchantes. Dans ce contexte, les enseignants ont joué un très grand rôle car ils représentaient le relais des parents et des élèves auprès des membres du jury des examens.

Ici, nous glissons déjà sur les trois derniers niveaux de responsabilités ; aux côtés des enseignants qui prennent tous les risques pour faire admettre ou passer les élèves en classe supérieure, il y a les élèves eux-mêmes et leurs parents, tous désemparés par la réalité de la défaillance et des insuffisances de leur progéniture. C’est ainsi que les enseignants, les élèves et leurs parents, tous sont devenus de fins fraudeurs. Du jour au lendemain, les fruits pourris de ces magouilles se sont incrustés dans le système éducatif comme enseignants. Ne pouvant absolument pas réussir au niveau universitaire où les choses sont restées encore orthodoxes, beaucoup ont fait le choix de se rabattre dans l’enseignement. Ceux qui réussissent à glaner une licence ou une maitrise au bout de plusieurs années de gesticulations rejoignent aussi ce lot. C’est ainsi qu’on retrouve des maitres et des professeurs avec d’énormes insuffisances dans la langue même d’enseignement. Pour certains même le contenu matière n’est pas maitrisé. Que dire des rudiments pédagogiques d’approches et d’encadrement des élèves qu’ils n’ont jamais affrontés dans leur cursus ? Ce que nous disons relève des conclusions des deux évaluations faites au niveau primaire et secondaire. Plus que tout autre acteur, les enseignants portent une responsabilité énorme dans la déstabilisation de notre système éducatif. Pour ceux rares qui ont la vocation et qui ont véritablement la capacité de bien accomplir leur tâche, le problème s’est toujours posé au niveau de leur prise en charge. De tous les temps, ils ont été confrontés à la question de leur statut particulier. Revendication normale et logique ; cependant, en adoptant ce statut, a-t-on réellement conscience de la pléthore des gens sans capacités réelles qui allaient en profiter ? Si au moins ces améliorations pourraient contribuer à sécuriser tout ce monde et à l’amener à une prise de conscience réelle pour qu’il dispense le meilleur de lui-même. Le hic est que certains sont foncièrement insuffisants et pratiquement ils ne pourront rien donner de plausible. Quand on est insuffisant dans la langue d’enseignement et dans la maitrise du contenu, à cela ajouter les défaillances pédagogiques, que peuton servir même si la volonté y est ? La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

Somme toute, le combat engagé par le Président de la République Bazoum Mohamed pour le redressement de notre système éducatif est grand. L’atout majeur reste ici sa connaissance poussée du système et de ses tenants et aboutissants. Le Président est hautement conscient des préoccupations et à tous les niveaux. De plus sa volonté pour agir ne fait l’ombre d’aucun doute. Tout y est de ce côté. La seule question est savoir s’il va arriver à convaincre et les bailleurs et les valets locaux pour investir de manière conséquente dans ce secteur qui fait partie de ceux ciblés par la Banque Mondiale pour un allègement des subventions. A ce premier niveau de préoccupation, il faut ajouter la nécessité de réformer qui passe par une mise en branle de tout l’artifice de propositions qui ont été longtemps imposées par les pédagogues français et ceux à leur solde. L’un dans l’autre, notre Président a besoin du soutien de tous ; car, il s’agit d’une véritable révolution à mener dans ce sens.

Kailo.