Dossier / Les recrutements des enseignants à la Fonction Publique : Bientôt une évaluation live des enseignants

Beaucoup de personnes ont donné de la voix pour dénoncer au moment où l’Etat avait pris la décision d’organiser l’évaluation des enseignants à travers un test écrit. Des enseignants chevronnés, des conseillers pédagogiques et des inspecteurs expérimentés avaient tenté d’expliquer que c’était une véritable gaffe que de vouloir juger des capacités d’un enseignant rien que par un test écrit. Malgré tous les cris d’alarme, les autorités de l’époque qui ne reculaient devant rien s’étaient entêtées à effectuer cette évaluation qui a produit des conséquences incalculables. En effet, des enseignants de très bonne qualité ont été liquidés au profit de piètres affabulateurs qui avaient bénéficié ou de la chance, ou des circonstances atténuantes tant de l’environnement que des évaluateurs eux-mêmes. Dans quel état d’esprit l’enseignant se trouve-t-il le jour de l’évaluation ? Quelle est son humeur ce jour-là ? L’environnement où se déroule l’évaluation répond-il au contexte ? Et le correcteur lui-même ; comment s’en est-il pris pour effectuer la correction ? Dans quel état d’esprit a-t-il fait ce travail ? Voilà des données très fluctuantes qui peuvent en un clic jouer tant sur l’’’évalué’’ que sur l’évaluateur. Et ces éléments ont monstrueusement pesé sur les premières évaluations passées.

Au fait, l’évaluation elle-même est une unité de valeur, une méthodologie qui requiert un certain nombre de principes. Des règles doivent être respectées tant dans la composition des épreuves que dans la manière de les administrer. Aucune des exigences de la taxonomie n’a été respectée dans cette évaluation. De plus, la conduite de classe est un art qui relève le plus souvent d’une vocation dûment mûrie ou par l’expérience ou par des dispositions intrinsèquement liées à un don ; l’art dit-on est un don de Dieu. Ainsi, vous pouvez être un fin connaisseur, un génie même en ce qui concerne le contenu matière ; cependant, vous pouvez être médiocre dans la transmission du savoir. Ceci dit, pour réellement attester de la qualité d’un enseignant, il faut le suivre dans sa pratique de classe, et cela à plusieurs reprises. Entre les enseignants, un adage dit que le meilleur inspecteur pour un enseignant «…ce sont ses élèves». Il suffit juste de faire un sondage sur un échantillon de la classe et l’on saura si réellement son travail est bon ou mauvais. Certes, l’Etat ne saurait engager une telle forme d’évaluation ; ce serait même une aberration d’imaginer une telle démarche.

Néanmoins, on pourrait quand même privilégier l’observation directe de l’enseignant dans l’exercice de sa fonction.

Somme toute, c’est certainement ce constat d’échec patent qui a amené les autorités scolaires à réviser et à abandonner cette méthode en ce qui concerne l’évaluation au secondaire. Ainsi, des équipes ont sillonné le pays et elles ont suivi les enseignants dans leur classe. C’est un moindre mal qui n’a pas aussi été sans conséquences. En effet, comme souligné plus haut, une ou deux heures dans une classe ne suffisent pas pour réellement attester des capacités réelles d’en enseignant. Certes, un enseignant rompu dans la pratique de classe s’en sort même au bout de quelques minutes. Néanmoins, tous les éléments que nous avons cités plus haut peuvent avoir la même influence sur un enseignant, qu’il s’agisse d’éléments psychologiques ou liés à son environnement de travail. De plus, une observation de classe est une véritable pression sur les épaules d’un enseignant. Quelle que soit son expérience, un enseignant peut flancher et tâtonner au cours d’une observation de classe. Et le cas s’est présenté car un grand nombre d’enseignants reconnus très compétents ont reçu de mauvaises notes au cours de cette évaluation.

Comme on le voit, il n’est pas très indiqué de passer par ces évaluations sommaires pour attester de la qualité d’un enseignant. Et la grande aberration qui se profile à l’horizon est cette décision de recruter les enseignants sur la base des observations de classe. Certes qu’elle fait moins mal que la précédente qui a consisté à leur administrer un test écrit. Néanmoins, il va très certainement s’agir d’une séance d’une heure ou deux heures de temps. Et, avec la pression qui pèse sur l’épaule de l’enseignant et les données fluctuantes de son environnement de travail, l’on risque de faire d’innocentes victimes. Que faire alors ? Tout d’abord il faut mentionner que l’erreur ne relève nullement des contractuels que l’on veut recruter. L’enseignement est un métier ; et comme tout autre, l’on ne saurait l’exercer avec efficacité si jamais on n’a pas appris ne serait-ce que les rudiments de ce travail. Normalement, seules les personnes ayant dûment étudié dans des écoles de formations de formateurs à option pédagogique devait être orientées dans l’enseignement.

Convenez avec moi que pour exercer la chirurgie, il faut un chirurgien. Alors, depuis un temps, plusieurs contingences ont fait que nous avons engagé dans notre système éducatif des personnes dont le cursus n’a rien à avoir avec l’enseignement. D’aucuns me diraient que l’on peut bien enseigner sans avoir fréquenté une école de pédagogie ; soit.

Mais s’il vous plait que faites-vous des données psychopédagogiques et des méthodologies de transmission des savoirs indispensables tant pour modeler le groupe classe que pour transmettre le savoir ? Le groupe classe est une population d’humeurs et de caractères épars qu’il faut savoir modeler et rendre en un groupe compact et réceptif en usant d’éléments liés à la psychopédagogie. Comment réussir cette symbiose si jamais on ne dispose pas de ces connaissances ? C’est ainsi que l’on voit des enseignants exécuter leur cours en renvoyant plus de la moitié de la classe, juste pour n’avoir pas réussi à créer ce groupe compact, solidaire dans la réception des apprentissages. On entend certains qui avancent : «ce sont des casse-pieds qui m’empêchent de conduire convenablement ma leçon». Ridicule ; c’est plutôt monsieur qui ne dispose pas des rudiments psychopédagogiques et caractérologiques pour cerner son groupe et susciter la cohésion nécessaire. Il en est ainsi de la transmission des connaissances où certains enseignants passent une ou deux heures assis à dicter le cours aux enfants ; il suffit de remplir le cahier et de le faire avaler aux enfants.

Comme on le voit, le mal vient de loin. Ainsi, comme les uns et les autres portent eux-mêmes la responsabilité de certains errements observés dans le système éducatif, faisons avec. Cependant, évitons les colmatages, les solutions erronées. Comme nous avons des personnes de tous les bords dans l’enseignement, il reste évident que nous ne pourrons prétendre avoir les résultats qu’il faut. Des solutions sont peut-être envisagées pour corriger ces erreurs ; mais il faut du temps car le mal est très grand et il a fait de grosses racines.

Pour ce qui est du recrutement des enseignants, nous voyons bien que nous allons encore rater le train en pensant qu’au bout d’une heure d’observation de classe l’on peut juger de la qualité d’un enseignant. Ce sont pour la plupart des gens qui n’ont pas fréquenté d’école de formation de formateurs. Néanmoins, certains ont passé dix, quinze ou même vingt ans à entrer dans les classes. Demandez aux enseignants et ils vous diront qu’un enseignant qui tient une classe de 6e pendant cinq années devient un excellent élève de 6e et il peut bien aider ses pairs à réussir ce niveau. Ceci dit, on aurait pu penser effectuer ce recrutement sur la base de générations. A commencer par les plus anciennes ; par exemple celui-ci doit concerner ceux qui ont vingt années de contrat. Ensuite l’année qui suit, on prend un autre intervalle, 10 à 15 ans par exemple. De cette façon on pourrait amoindrir les préjudices car, il y en a ceux qui ont tellement séjourné dans le contrat que leur âge ne leur permet plus d’être engagés à la fonction publique. Surtout que quand on recrute, il y a aussi la subjectivité des recruteurs qui influence les choix. Quoi que l’on fasse, de piètres enseignants auront l’avantage d’être recrutés au détriment de gens chevronnés et compétents qui ne disposent malheureusement pas de bras long. Eh Allah !

Mallam