Réouverture des écoles le 1er juin 2020 : Avec quelles garanties de sécurité sanitaire pour les enfants ?

Réouverture des écoles le 1er juin 2020 : Avec quelles garanties de sécurité sanitaire pour les enfants ? Contre toute attente, le gouvernement nigérien a finalement fait comme les autres de la sous-région en décidant de la reprise des activités académiques pour les établissements publics et privés, le 1er juin 2020 ; puis de la réouverture des lieux de culte à partir d'hier, 13 mai 2020. Des décisions surprenantes, rien dans le cours des choses ne présageant une reprise des activités académiques, surtout en ce qui concerne le primaire et le secondaire. A l'issue de son conseil du 1er mai, le gouvernement a déclaré qu'il envisagerait éventuellement une réouverture des écoles à parti du 1er juin prochain si les tendances de baisse actuelle se maintenaient. Deux semaines après, il tourne casaque, comme si, brutalement il a acquis des résultats époustouflants et des garanties sérieuses, au-delà de tout ce qu'il peut espérer. Or, régulièrement, le ministère de la Santé déclare de nouveaux cas un peu partout au Niger, notamment à Zinder, pointé du doigt par des communicants proches du régime, comme étant le nouvel épicentre de la pandémie dans notre pays. Il y a même un qui a osé écrire que, selon des recoupements (sic !), la moitié de la ville de Zinder pourrait être infectée. Il n'est d'ailleurs pas en porte-à-faux avec la position et le discours officiel du gouvernement puisque, une semaine, à peine, après sa fracassante annonce, le ministre de la Santé a effectué une mission à Zinder, en compagnie des représentants de l'Organisation mondiale de la santé (Oms) et de l'Unicef. Le gouvernement peut-il justifier et expliquer cette pirouette ?

Le gouvernement n'a fait cas d'aucune mesure prise en vue de prémunir les enfants contre une éventuelle contamination

La contradiction entre le discours officiel et cette décision de réouverture des écoles, le 1er juin, a dérouté plein de gens. Les Nigériens ne comprennent pas de plus en plus. À la limite, ils soupçonnent le gouvernement d'un jeu pas clean qui l'oblige à un copier-coller sans lendemain. Le cafouillage relevé dans le discours officiel, notamment celui du ministre de la Santé, est assez illustratif pour créer et entretenir le doute dans l'esprit des Nigériens. Soupçonné d'être positif au COVID 19, il a déclaré, de façon pathétique et absolument fataliste, que si Dieu a décidé qu'il contracte le virus, il va la contracter et que " même s'il contractait la maladie, il lui suffirait de prendre le protocole et le virus disparaît aussitôt. Ce cafouillage a de quoi déstabiliser et enlever tout crédit au discours officiel. Mais le plus important est sans doute ailleurs. Le plus important, c'est la reprise des cours, le 1er juin. Cette décision remet en cause tout ce qui a été édicté en termes de mesures barrières. Les classes nigériennes sont surpeuplées, aussi bien dans le public que dans le privé où le phénomène prend de plus en plus pied. Alors, qu'en sera-t-il de la distanciation d'un mètre entre les individus ? À ce jour, en dehors de la déclaration que les cours reprendront à partir du 1er juin et se poursuivront jusqu'au 15 juillet 2020, le gouvernement n'a fait cas d'aucune mesure prise en vue de prémunir les enfants contre une éventuelle contamination.

Que feront les parents d'élèves ? En réalité, des sources crédibles du ministère de l'Enseignement primaire indiquent que la mesure gouvernementale pourrait être un simple saupoudrage en vue de donner l'impression qu'il a décrété une rallonge de l'année pour sauver ce qu'il y a à sauver. Dans la réalité, indiquent-elles, le sort de l'année est déjà scellé, les inspections ayant procédé au classement des élèves en trois tranches de moyennes : ceux qui ont entre 0 et 2,49 points ; ceux qui ont entre 2,50 point et 4,99 points et enfin ceux qui ont 5 et plus. Renvoyer les enfants à l'école, sans autre garantie de sécurité sanitaire que les masques et le lavage des mains est risqué pour les parents d'élèves qui pourraient s'opposer à la mesure gouvernementale.

Laboukoye

17 mai 2020
Source : Le Courrier