Amères vérités / Hama Zada : la transhumance politique, la clé de l’impunité?

images/Hama-Zada-Sopamin.jpgNotre confrère, L’Enquêteur, a titré à sa Une « Rapport de l’inspection générale d’Etat sur la Sopamin —Les casseroles de Hama Zada ». Dans le corps de l’article, il est écrit que »dans le registre des anomalies de gestion constatées à la Sopamin, la Cour des comptes a mis en exergue l’engagement massif des dépenses n’entrant pas dans le cadre des activités de la société. Des sorties de fonds injustifiées qui ont continué en dépit de l’interdiction faite par la cour des comptes dans son rapport de 2013 déjà ». Mais Hama Zada n’est pas épinglé par l’Enquêteur uniquement pour sa gestion opaque et irrégulière des ressources publiques. Il est présenté aussi sous un jour dont on parle peu mais qui caractérise le parcours politique et professionnel de l’intéressé. Hama Zada est en fait ce que l’on appelle dans le jargon politique nigérien un as du nomadisme politique, un transhumant politique que rien n’arrête lorsqu’il s’agit de changer de camp politique à la faveur d’un changement de camp du pouvoir. Il est de ceux dont Sanoussi Tambari Jackou dit « Qu’ils changent de camp dès que le pouvoir change de camp ». Rien ne semble l’arrêter. Aucune des valeurs propres à notre société et dont il doit, en principe, être porteur pour des raisons indiscutables, n’a voix au chapitre lorsque Hama Zada doit migrer vers de nouveaux pâturages. Si, du Mnsd Massara, l’on ne peut formellement dire qu’il a milité au Rdp djama’a, il reste qu’il a bénéficié, sous Ibrahim Maïnassara Baré, d’une nomination en qualité de directeur commercial de la société nigérienne de produits pétroliers (Sonidep). Une ois Baré parti, il retrouve apparemment ses anciennes amours, en retournant au Mnsd, venu au pouvoir à la faveur des élections consécutives à la transition militaire de Daouda Malam Wanké. Un premier va-et-vient sans vergogne qui l’a discrédité et présenté comme un homme sans valeur. Mais si, il en au moins une, son désir tenace de rester en permanence dans les ors de la République, accroché aux grands boubous des hommes qui décident.

L’engagement politique, Hama Zada n’en connaît qu’un seul : se mettre au service de celui qui gouverne, le temps qu’il débarrasse le plancher pour se trouver rapidement une épaule sur laquelle s’adosser. Coordinateur régional de Dosso et député du Mnsd sous Mamadou Tanja, Hama Zada fait partie de ceux qui ont décidé, avec un certain Albadé Abouba, de soutenir le Président Issoufou, au détriment de leur parti politique le Mnsd, à l’époque à l’opposition. Il devient, donc, militant du Mpr Jamhuriya mais très vite, les affaires, dit-on, se gâtent entre lui et Albadé Abouba qui aurait cherché, en vain, à le faire partir pour un autre militant plus sûr. Lorsqu’il est question d’affirmer ou même de prouver son engagement aux côtés de celui qui gouverne, Hama Zada ne sait pas tergiverser. Il fonce, cogne et défonce la victime désignée. Hama Amadou et Seïni Oumarou ne diront pas le contraire.

Mais, puisqu’il s’agit de dire la vérité, il faut savoir que Hama Zada est d’une générosité à faire pâlir mère Theresa. Il a un coeur plein de noblesse et c’est ça qui l’a amené, sous Mamadou Tanja, à céder ses émoluments de député à l’hôpital de Dosso. Un acte salué des Nigériens et qui l’a grandi. Cependant, le revers de la médaille est là, hideux. Hama Zada est un transhumant politique. Un manège qui lui a permis, il faut s’en rendre compte, de continuer à se maintenir sur les branches juteuses qu’il convoite et pour lesquelles il est prêt à enfourcher n’importe quel cheval. Dans l’affaire de l’uraniumgate, il n’était nullement en cause puisqu’ayant atterri à la Sopamin longtemps après. Malgré tout, il est monté sur ses grands chevaux pour se livrer à une plaidoirie à la fois légère et totalement ridicule. Hamma Hamadou, le directeur général de la Sopamin à l’époque de l’uraniumgate, qui a signé l’autorisation d’ouverture du compte BNP Paribas au nom de la société, n’a claqué la langue à ce propos que devant la commission d’enquête parlementaire. Pour dire l’essentiel. Mais Hama Zada, qui n’était nullement comptable de la gestion de son prédécesseur, a cru devoir, probablement pour plaire en haut lieu, défendre l’indéfendable.

Tel est Hama Zada, un homme qui n’a pas probablement fini de changer de parti politique. Lequel est dans sa ligne de mire ? La Cour des comptes l’a épinglé pour sa gestion. Mais il faut remarquer que le Parquet n’a ouvert aucune information judiciaire pour les graves manquements qui lui sont reprochés. Pas plus contre lui que tous ceux qui, de même acabit, font de la transhumance politique la clé de leur impunité.

BONKANO.

19 septembre 2019
Publié le 09 septembre
Source : Le Canard En Furie

 

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