Lettre au Président de la République : La santé du Niger en Héritage

Lettre au Président de la République : La santé du Niger en Héritage Monsieur le Président,

Un grand patriote dont je suis la fille, s’est éteint le 19 Juin à l’hôpital national de Niamey, après 8 mois de lutte active face aux conséquences d’un AVC. Par respect pour ma famille je tairais les conditions dans lesquelles il a été pris en charge durant ces 8 mois.

J’ai personnellement été témoin de cas de malades graves décédés qui n’ont pas pu être soignés sur place par faute de moyens adaptés.

Nos médecins et leurs équipes font de leur mieux pour faire face à des situations qui les dépassent, cependant leur vocation, leur amour du pays et le sentiment du devoir qui les anime, font que nous leur devons le respect.

Les chances de survie à l’hôpital national de Niamey sont faibles pour les grands malades(le taux de survie en réanimation variait entre 21 et 25% ). L’évacuation n’est pas dans ce cas un luxe mais la seule solution. Il est indéniable que des efforts ont été annoncés afin de les optimiser. Sauf que malgré les différentes alertes qui ont été lancées, les conditions pour en bénéficier restent floues. Est-il si difficile d’avoir une information transparente sur les conditions d’évacuation au Niger ?

Faut-il parler de « tabou » ? Tabou à tel point que lorsque le Docteur Issimouha Dillé signale des défaillances dans l’intérêt du Niger, et de ses patients, elle se fait licencier. Pire une campagne de discrédit, et d’accusations mensongères se met en place pour ternir son image, son intégrité et étouffer les défaillances qu’elle a soulevées ? Est-ce là l’héritage de la Santé du Niger que vous souhaitez laisser aux citoyens nigériens qui ont cru en vous et votre sens de la justice ?

Le Docteur Issimouha Dillé a été un des médecins qui a suivi mon père durant les 8 mois qu’il a passés à l’hôpital national. Cette brave femme que seul Dieu pourra récompenser, était tous les jours à son chevet. Ceux qui étaient censés faire quelque chose pour l’évacuer, racontait à qui voulait l’entendre qu’il était inutile de l’évacuer car irrécupérable. Mon père, ce patient à qui on avait donné 48h de vie, puis une semaine, puis un mois a finalement eu huit (8) mois de sursis grâce aux soins portés par ce Docteur. Au fil du temps, j’ai pu voir mon père ouvrir les yeux au simple son de sa voix puis tourner la tête pour la suivre des yeux. Il a quitté ce monde en faisant un dernier geste avec sa main, à ma mère, ma sœur et mon frère physiothérapeute revenu des USA qui lui a fait faire en quelques mois des progrès colossaux. Pendant que tout le monde le condamnait, elle était la première à avoir compris qu’il était conscient de tout ce qui se passait et qu’il fallait continuer à communiquer avec lui.

Ce sont des échanges avec des Professeurs de l’Hôpital Salpêtrière qui m’ont permis de comprendre que là où une mafia bloquait l’évacuation sous prétexte que mon père était irrécupérable, eux reconnaissaient ce qu’on appelle le Syndrome de LIS (Locked-In Syndrome, pour ceux qui ont eu l’occasion de lire le livre le scaphandre et le papillon)

Par respect pour l’affection qu’il vous portait personnellement, nous avons encaissé et souhaité qu’il repose au paradis dans la quiétude. Mais cette affaire, Monsieur le président, m’amène à sortir du silence car c’est le Niger qui perd. Nous avons deux oncologues avec une expertise reconnue et pointue dont le Docteur que j’évoque dans cette lettre. Le Dr Issimouha dispose d’une ONG Sos Cancer qui fait un travail remarquable dans les zones les plus reculées du Niger mais n’a pas de clinique privée comme cela a été honteusement répandu sur les réseaux sociaux.

La Santé du Niger c’est l’héritage de tous les patriotes qui ont consacré leur vie pour que même dans la pauvreté, l’insécurité, le Niger reste debout.
Un Niger en bonne Santé, c’est un Niger serein, c’est un Niger reconnaissant, et c’est un Niger qui croit en l’avenir.

J’en appelle donc au premier et dernier rempart que vous êtes, Monsieur le président, à votre engagement contre toute forme d’injustice surtout lorsqu’elle est sociale afin que lumière soit faite sur le dossier des évacuations au Niger. Il ne s’agit pas seulement de demander aux autorités en charge de mener une enquête, il s’agit Monsieur le président d’écouter ce que ces professionnels de la Santé ont à dire sur les défaillances évoquées plus haut.

J’ai appris avec vous que les alliés d’aujourd’hui peuvent être les opposants de demains, les opposants d’aujourd’hui des alliés de demain. Vous le savez nous n’oublions jamais les conditions dans lesquelles nos parents et proches ont quitté ce monde et les personnes présentes dans leurs derniers moments.

Ce sont ces mêmes médecins engagés qui ont pris des décisions pour garder mon père et bien d’autres en vie, le sens du devoir m’oblige à vous écrire par ce canal pour vous dire que ce traitement est injuste.

Que le tout puissant puisse vous éclairer sur ce dossier (Amine)

BIM

 

Imprimer E-mail

Idées et opinions