Entretien avec M. Moutari Ousmane, Président du Conseil Régional de Zinder : « Zinder a toujours été une ville d'accueil et je pense qu'elle se montrera hospitalière, son identité en termes de raffinement culturel, de prédisposition à l'amitié »

M. Moutari Ousmane, Président du Conseil Régional de Zinder M. Moutari Ousmane, Président du Conseil Régional de Zinder Monsieur  le président, est-ce qu'on peut dire que votre institution a réellement pris ses marques dans le dispositif de la décentralisation au niveau de la région ?
Après pratiquement sept ans d'existence au niveau de l'échiquier institutionnel national, le conseil régional est définitivement ancré au niveau de la Région. Parce que la population a maintenant pris l'habitude de nous voir, au sens propre comme au sens figuré, c'est-à-dire de connaitre le siège du Conseil et de faire des recours auprès de lui ; de nous voir dans les médias et sur le terrain, soit en tant que Conseil Régional, soit dans le cadre du suivi-évaluation des projets et programmes qui sont en cours dans cette région. Le conseil régional n'a pas eu d'attache aisée puisque avec son institution en 2011, il est venu trouver des acteurs déjà présents au niveau de l'échiquier régional et local, des acteurs déjà présents. Bien sûr, il y a l'Etat qui est l'acteur principal à travers l'administration déconcentrée, le gouvernorat, les préfectures et également les communes qui étaient là depuis 2004 sur le terrain également. Et puis, il y a aussi la chefferie traditionnelle qui est une institution ancestrale. Donc, il y a ces institutions qui étaient là, mais aussi des projets et programmes dans nos villes et les villages. C'était des acteurs qui étaient présents avant le Conseil Régional. Le Conseil est venu, il a pris sa place et il continue à prendre sa place et montrer son utilité.

M. le président, de par la mission qui vous est assignée quelles sont les actions que vous avez pu réaliser depuis votre installation ?
La mission principale du conseil régional, définie par la loi, c'est-à-dire le Code Général des Collectivités Territoriales, est de s'occuper de tout ce qui concerne les questions du développement social, économique, culturel et sportif de la région. Mais, en dehors de cette mission générale, il y a des domaines spécifiques, au nombre de 19, dans lesquels l'Etat peut lui transférer des compétences spécifiques. Parmi ces dix-neuf (19) domaines, il y a quatre (4) qui ont été transférées, à savoir l'Education, l'Hydraulique, l'Environnement et la Santé. Pour l'Education, c'est tout ce qui concerne l'enseignement secondaire ; pour l'Hydraulique, c'est l'hydraulique pastorale ; l'environnement, c'est tout ce qui concerne la préservation de l'environnement forestier, l'environnement piscicole et en général tout ce qui concerne le maintien de l'équilibre de l'écosystème de la région. Pour la Santé, il s'agit des centres de santé mère-enfant, des centres régionaux de transfusion sanguine, des centres bucco-dentaires et des centres hospitaliers régionaux là où ils existent. Aussi, nous avons en charge la présidence du conseil régional de la santé qui se réunit régulièrement pour faire le point sur la situation et déterminer les actions à entreprendre. En plus de cela, il y a aussi la récupération des arriérés de la gratuité des soins. Vous savez que, selon les engagements de Bamako, l'Etat s'est engagé à assurer la gratuité des soins pour les femmes enceintes et pour des enfants de 0 à 5 ans. Mais au-delà de ses compétences spécifiques, le Conseil Régional s'occupe du développement de la Région.

Au mois de septembre 2017, l'Etat a effectivement consacré lors d'une cérémonie officielle le transfert de compétence aux collectivités dans un certain nombre de domaines. Quelle lecture faites-vous de cette nouvelle étape dans la décentralisation ?
Le transfert de compétence est un processus. La loi a dit, premièrement, il y a un certain nombre de pré requis pour assurer l'exécution des compétences transférées. D'abord, le transfert doit se faire de manière progressive. Deuxièmement, il doit se faire concomitamment avec le transfert des ressources, c'est-à-dire que l'Etat ne peut pas se limiter à transférer les charges ou les obligations au niveau des collectivités territoriales. Il doit accompagner ce transfert avec des ressources nécessaires pour l'exécution de ces compétences. Mais avant, les collectivités territoriales ont leur budget propre à elles, elles ont une autonomie financière. Et à ce titre, elles reçoivent de l'Etat des impôts rétrocédés et un certain nombre de fonds destinés aux investissements et des fonds destinés au fonctionnement, ce qu'on appelle le fonds d'appui à la décentralisation. Ces deux fonds passent par l'Agence Nationale de Financement des Collectivités Territoriales. Ces fonds permettent à la région d'assurer ses fonctionnements propres et d'assurer des investissements dans tous les domaines. En plus de cela, dans le cadre de la coopération décentralisée, nous cherchons des partenaires qui nous appuient à faires des réalisations ; ainsi, au niveau de la Région de Zinder, nous avons des relations avec l'Etat de Kano au Nigéria, avec lequel nous avons signé un accord de construction d'un collège bilingue. Et au-delà de cela, avec des projets partenaires de l'Etat qui travaillent avec nous sur le terrain, nous cherchons aussi à faire en sorte qu'ils tiennent compte des prioritaires régionales. C'est le cas par exemple du projet qu'on appelle Projet pour la Gestion des Flux Migratoires (PROGEM), avec lequel nous sommes en partenariat et nous essayons de l'amener à faire des réalisations dans le domaine social.
Nous avons par exemple la réalisation d'une pédiatrie à Zinder et des travaux de nature à impulser le domaine du commerce et du transport, et à ce niveau nous allons bientôt lancer un appel d'offre à la réalisation d'un parking au marché de Toudoun-Agouwa et également une autogare à Dan-Bartso.

La région de Zinder, et principalement la ville de Zinder accueille cette année les festivités de la fête tournante du 18 décembre avec en toile de fond le programme « Zinder Saboua ». Quelle est votre appréciation de la tenue de l'événement, et quelles en sont vos attentes ?
Je dirai que c'est un évènement de la plus grande importance pour le Niger en général et cette année pour Zinder en particulier. Je dois aussi rappeler que, pour ce qui concerne Zinder, le Conseil Régional de Zinder fait partie des Conseils Régionaux qui ne ratent pas cet évènement à chaque fois que ces fêtes se font. Nous on était à Dosso, à Maradi, à Agadez et à Tahoua et cette année grâce à Dieu, nous allons accueillir les Présidents des Conseils Régionaux ici à Zinder. C'est un évènement important qui permet aux villes qui l'accueille de disposer d'un certain nombre d'infrastructures, mais également de disposer de la visite de beaucoup d'invités et qui auront un impact certain sur l'économie locale. C'est un événement aussi qui permet de mobiliser les ressources locales en vue de les orienter vers le développement de la région.
Pour Zinder aussi, il y a un certain nombre d'infrastructures qui vont être réalisées. Il y aura d'abord l'aéroport qui va être réalisé et qui va avoir le plus grand impact pour la région et qui va s'inscrire dans la durée, dans la mesure où l'aéroport change de statut ; d'aéroport national, il devient un aéroport international qui va être placé sous la gestion de l'OACI. Ce qui lui permet de bénéficier de tout l'appui international dans sa gestion. Aussi, l'allongement de la piste d'atterrissage et de décollage devra permettre de recevoir des gros cargos. Ce qui nous permettra d'effectuer des transports des marchandises et des voyages à l'intérieur et à l'extérieur du pays et de relier la région au Moyen Orient et le reste du Monde. Cela peut permettre d'effectuer des vols en direction de la Mecque à partir de Zinder. Dans le programme, il y a aussi la réalisation de 17 à 18 km de routes goudronnées qui vont être réalisées. Il y aura beaucoup d'infrastructures au programme qui vont être réalisées, ce qui va permettre à la région d'attirer les investisseurs. Cela donne à la ville de Zinder et puis la région un attrait nouveau. C'est aussi des occasions de rencontres, des échanges, d'enrichissement et aussi de réseautage. Donc, à tout point de vue, il s'agira pour Zinder d'un évènement historique et qui sera bénéfique pour Zinder.

M. le président, avez-vous un message particulier à l'endroit des populations de la région de Zinder?
Le message est toujours le même, c'est-à-dire que Zinder a toujours été une Région d'accueil, une Région qui se targue, je pense, d'être hospitalière. C'est donc l'occasion pour la Région de montrer son identité en termes de raffinement culturel et en termes de raffinement dans l'accueil, mais aussi en termes de prédisposition à l'amitié et à la coopération avec tous les nationaux et étrangers qui vont venir et profiter de cette occasion pour faire le meilleur usage des contacts possibles qui seront établis. Et bien entendu de continuer à œuvrer pour que la paix et la sécurité prévalent pendant et après cet évènement. Et enfin, de faire en sorte que les réalisations qui vont être faites, les infrastructures publiques, soient maintenues de façon à ce qu'ils puissent profiter à la génération à actuelle et à venir.
Oumarou Moussa(onep) et Ali Maman(onep)

18 décembre 2018
Source : http://www.lesahel.org

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