Adoption de la loi sur l’interception de certaines communications électroniques : Les Guristes ont-ils pensé à leur vie après le pouvoir ?

Adoption de la loi sur l’interception de certaines communications électroniques : Les Guristes ont-ils pensé à leur vie après le pouvoir ? La semaine dernière, 104 députés de la mouvance présidentielle ont massivement adopté le projet de loi gouvernemental sur l’interception de certaines communications électroniques. Malgré les protestations de leurs collègues de l’opposition et les appels de certains défenseurs des droits de l’homme, ces députés ont préféré donner satisfaction à leur gouvernement qui dispose désormais d’un instrument légal pour suivre les communications privées des citoyens. C’est vrai que devant les députés et devant les caméras des télévisions, le ministre de la justice Marou Amadou a, sans gêne, indiqué que bien avant l’adoption de la nouvelle loi la pratique d’écoute des communications s’opérait. Mais c’est certainement avec cette loi adoptée par les députés de la mouvance présidentielle que la pratique va s’accentuer, parce que désormais couverte du vernis de la légalité. Ceux qui ont subi les comptesrendus des médias ayant couvert la séance du vote du projet de loi gouvernemental ont vu avec quelle énergie le ministre Marou Amadou s’est investi à défendre ce projet de loi. Et c’est tout naturellement que les 104 députés l’ont adopté, il l’a brandi comme un trophée de guerre. On a même entendu des députés se féliciter du vote et se moquer de leurs collègues de l’opposition qui ont boycotté le vote en guise de protestation. Seulement, la question que beaucoup d’analystes se posent est celle de savoir si les membres du gouvernement et les députés qui se sont empressés à voter le projet de loi sur l’interception de certaines communications électroniques ont pensé à leur vie après le pouvoir. Ces analystes se demandent si les initiateurs et les votants de ce projet de loi ont conscience que dans quelques mois ils peuvent être les victimes de leur loi, quand ils ne seront plus au pouvoir. Le ministre Marou Amadou, ses collègues et les députés de leur mouvance seront-ils contents que le pouvoir qui viendra après le leur se mette à suivre toutes leurs communications, même les plus intimes peut-être ? Aurontils la bouche pour reprocher à ce pouvoir de violer leur droit à la communication privée, étant donné que ce sont eux qui ont initié une loi pour rendre cela légal ? Aujourd’hui qu’ils sont aux affaires, les Guristes au pouvoir ne se rendent sans doute pas compte que cette loi qu’ils défendent à cor et à cri peut être une arme que d’autres pourront un jour utiliser contre eux. C’est malheureusement cela la gestion du pouvoir en Afrique et plus précisément au Niger. En voulant nuire à des opposants ou à des citoyens malpensants, on initie très souvent des lois scélérates dont on devient un jour les principales victimes. Le pouvoir actuel a-t-il besoin d’une loi pour intercepter les communications de certains citoyens, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, étant donné qu’avec les mesures exceptionnelles prises dans les zones touchées par le phénomène cela est possible et que le ministre de la justice lui-même a déclaré que la pratique était en cours bien avant l’adoption de la loi ?

I.B.

06 juin 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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