Inondations et populations sinistrées, laissées à elles-mêmes Des députés de l’opposition accusent le gouvernement de Brigi Rafini d’avoir violé l’article 11 de la Constitution

Inondations et populations sinistrées, laissées à elles-mêmes Des députés de l’opposition accusent le gouvernement de Brigi Rafini d’avoir violé l’article 11 de la Constitution

Les pluies diluviennes enregis trées, cette année, ont occa sionné des inondations jusqu’ici jamais connues au Niger. Tout le Niger en est ébranlé. À Niamey, à Ayerou, à Agadez, à Diffa, à Tillabéry, partout, les eaux ont fait des ravages, obligeant de nombreuses populations à évacuer leurs sites d’habitation pour se mettre à l’abri dans des écoles situées dans les secteurs encore épargnés. Dans les régions du fleuve en particulier, la situation se passe de tout commentaire. Des pertes en vie animales et matérielles, mais aussi humaines, les inondations, agrégation des pluies diluviennes et d’un débordement du fleuve de son lit, ont pratiquement tout emporté. Mais on a très peu senti la présence du gouvernement. L’essentiel des secours est à mettre à l’actif d’organisations non gouvernementales (Ong), d’associations et de bonnes volontés qui se sont mobilisées pour capter des dons et les mettre à la disposition des populations sinistrées. Parquées à plusieurs familles dans des classes, sans des coins décents pour les petits besoins, exposées aux moustiques et aux voleurs, les populations sinistrées ont, à plusieurs reprises, démenti les propos et discours des gouvernants sur leurs conditions et les concours reçus de la part de l’État.

Un tableau apocalyptique, mais qui n’a suscité de la part du gouvernement aucune réaction à la hauteur de la situation

Cette situation a conduit les députés de l’opposition des régions de Niamey et de Tillabéry, les plus affectées, à saisir le Premier ministre par une lettre datée du 1er octobre 2020 ; Dans cette lettre dont le Monde d’Aujourd’hui a reçu copie, les députés, au nombre de 13, ont brossé à Brigi Rafini ce dont ils ont été témoins et/ou qu’ils ont reçu comme témoignages des populations sinistrées. Un tableau apocalyptique, mais qui n’a suscité de la part du gouvernement aucune réaction à la hauteur de la situation. Pourtant, il y a bien dans le gouvernement de Brigi Rafini un ministre chargé des catastrophes humanitaires. « Les visites de terrain que nous avons effectuées nous ont permis de toucher du doigt l’ampleur réelle des dégâts caractérisés par des pertes en vies humaines, des destructions généralisées des aménagements hydro-agricoles, des ouvrages et des cultures, l’effondrement des habitations, des villages entiers engloutis, des milliers d’animaux emportés, des réserves pour la période de soudure entièrement détruites, bref, partout, ce sont des scènes effroyables de désolation et de désespoir », ont écrit les députés de l’opposition.

Un manque total d’anticipation du gouvernement en dépit des alertes répétées des services compétents sur l’exceptionnelle pluviométrie de cette année.

Un tel bilan ne peut laisser un gouvernement indifférent. Surtout qu’en termes de conséquences sur les ménages, les inondations ont jeté « plusieurs milliers de ménages regroupant plus de 150 000 personnes, dans une précarité indescriptible qui tranche, notent les députés de l’opposition, d’avec les valeurs de dignité que notre loi fondamentale reconnaît aux citoyens nigériens ».La situation est alarmante. Des familles entières dans les eaux qui ont englouti tout ce qu’elles ont de cher. Des mères désemparées, des pères consternés, affaiblis par le combat contre les eaux et sans ressources, des enfants effarés, les scènes qui ont eu cours dans les régions du fleuve ont de quoi faire bouger des montagnes. Pour les députés de l’opposition qui se sont dit « consternés et atterrés », le manque total d’anticipation du gouvernement en dépit des alertes répétées des services compétents sur l’exceptionnelle pluviométrie de cette année et les risques y afférents » est à la base de l’occupation des classes, vues comme l’unique mesure alternative. D’ailleurs, relèvent les députés de l’opposition, même l’utilisation des salles de classe épargnées par la calamité pour servir de refuges à des familles en détresse, entassées comme du bétail dans une promiscuité qui vole leur intimité, leur intégrité et leur dignité » s’est faite dans un cafouillage total.

L’enfer vécu par les populations sinistrées est indescriptible

Les populations sinistrées ont vécu un calvaire, plutôt un enfer. Voir son enfant mourir par noyade, non pas dans le fleuve mais dans la maison ou dans une rue du quartier, assister, impuissant à la destruction de tous ses biens, ériger des abris de fortune pour échapper à la furie des eaux en sachant qu’ils ne tiendraient pas longtemps, se savoir subitement dans le dénuement total, sont des évènements qui marquent à vie. Toutes ces scènes insoutenables, qui ont été le lot des populations sinistrées, ont été si bien évoquées dans la lettre des députés de l’opposition que le Premier ministre n’aurait pas besoin de photographies ou de films pour comprendre l’ampleur et la gravité de la calamité. L’usage de pirogues pour évacuer ce qui peut être sauvé, ne s’est pas fait sans conséquences. Des cas de décès par noyade ont été dénombrés. L’impression d’un refus délibéré de porter assistance à toutes ces populations laissées à elles-mêmes, sevrées de tout soutient de l’État dans des moments extrêmement difficiles.

Les députés de l’opposition ont tenu, par cette lettre, à informer objectivement Brigi Rafini sur la défaillance de son gouvernement. Mais, ils ont surtout accusé le pouvoir en place d’une faute politique et morale condamnable et impardonnable. Certes, ont-ils souligné, l’absence d’anticipation et de prise en charge de ces évènements douloureux n’est pas la pire chose qu’ils ont eu à dénoncer. Cependant, ce qui est choquant, c’est « l’impression d’un refus délibéré de porter assistance à toutes ces populations laissées à elles-mêmes, sevrées de tout soutient de l’État dans des moments extrêmement difficiles ». En fait, les députés de l’opposition n’ont fait que relayer ce qui se dit ici et là. Ils l’ont fait savoir à Brigi Rafini sans ambages. « De manière unanime, ont-ils écrit, le constat est la démission totale des pouvoirs publics face au drame vécu par des Nigériens durant de longs mois ». Ce n’est un fait inhabituel. Depuis presque 10 ans, des Nigériens ont été confrontés ici et là à des situations catastrophiques, sans un concours conséquent de l’État. En 2015, ce sont 15 000 tonnes d’aide alimentaire destinées aux populations éprouvées de Diffa qui ont été détournées et vendues au port de Cotonou. Sans état d’âme.

Avoir violé l’article 11 de la Constitution ne fait ni chaud ni froid au gouvernement de Brigi Rafini.

Portant l’accusation à son pinacle, les députés de l’opposition ont clairement indiqué à Brigi Rafini que son gouvernement a violé l’article 11 de la Constitution qui dit que « la personne humaine est sacrée. L’État a l’obligation absolue de la respecter et de la protéger ». Seulement, là encore, les députés de l’opposition semblent ignorer que la violation de la Constitution est la tasse de thé de ce gouvernement et que le dénoncer ne leur fait ni chaud, ni froid. Que dire de la fuite de responsabilité, du manque de compassion et l’insouciance opposés à un gouvernement qui n’a jamais fait du respect des lois, un sacerdoce ? Assurément, les députés ont marqué l’histoire, mais ils se sont adressés à des autistes. Quant aux populations sinistrées, elles feraient mieux de prier pour une alternance à la tête de l’État.

YAOU