Rentrée scolaire : Quelles perspectives pour les enseignants ?

Selon le Secrétaire Général du Ministère de l’Education Nationale, Mohamed Zeidane, la redynamisation de l’école passe inéluctablement par la garantie pour les enseignants d’une perspective réelle de carrière! Point d’atermoiements ! Il y a des vérités qu’il faut se dire et, il n’y a pas mieux pour les exprimer que des personnes relevant du secteur, des individus ayant acquis leurs compétences à l’épreuve des faits. Cette réflexion reste la clé de voûte, le sésame ouvre-toi qui doit apporter des éléments de solutions plausibles aux maux qui assaillent notre système éducatif. Dans toute entreprise, le travail des hommes, bon ou mauvais, représente l’alternative qui conditionne le résultat des actes qu’ils posent. Ainsi, dans le domaine, les enseignants sont le plus souvent cités. Pour l’heure on se délecte à annoncer de façon péremptoire qu’ils ne disposent pas de compétences réelles pour exercer à bien leur travail. Soit.

Pour le premier groupe constitué de ceux qui sont passés par des écoles de formations pédagogiques, leur faible niveau relève d’un certain nombre de dérèglements structurels occasionnés par des pratiques malveillantes auxquelles tous les acteurs se sont adonnés depuis quelques temps. En effet ces cas, d’enseignants sans compétences réelles, ne sont autres que le résultat des fraudes enregistrées à tous les niveaux : parents d’élèves, élèves et enseignants, y compris le politique. Tout le monde en porte la responsabilité. Ces gens ont acquis des diplômes truqués en passant par des relations ou moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. C’est ainsi qu’ils atterrissent dans les écoles normales avec un BEPC ou un BAC qui ne porte que le nom. Alors que peuventils réellement comprendre des rudiments des contenus des matières ou des données liées à la psychopédagogie qui leur sont enseignés ? Que peuvent-ils réellement saisir et assimiler du discours pédagogiques qui va de l’élaboration des objectifs spécifiques à la taxinomie ? La plupart d’entre eux quittent le collège ou le lycée sans maîtriser les plus petites règles d’accord (Orthographe) et de conjugaison. Il leur est donc difficile de comprendre et d’assimiler le contenu qui leur est enseigné dans les écoles normales. Pourtant, ils passent toujours haut la main, avec 100% de réussite ! Quelle serait donc le lien entre ce genre d’enseignants et la perspective de faire carrière dont par le secrétaire du ministère de l’Education Nationale ? Autrement dit, ces gens seraient-ils réellement efficaces si jamais on leur offre une réelle perspective de carrière ? Par comment ?

Comme le dit l’adage, « L’argent est le nerf de la guerre ». Il représente le centre d’intérêt même pour une personne couchée sur un lit d’hôpital. La perspective de mise en oeuvre des clauses arrêtées dans le statut particulier des enseignants reste une des possibilités qui offrent de réelles perspectives de carrière pour les enseignants, notamment pour ceux dans le cas que nous évoquons tantôt. En effet, en fréquentant une école normale, ces gens sont certainement convaincus de faire carrière dans l’enseignement. Ils auraient choisi d’aller ailleurs si ce n’était pas le cas. Ceci dit, cette perspective qui leur est offerte de faire une véritable carrière à travers la mise en oeuvre du statut particulier des enseignants peut un tant soit peu représenter un fort facteur de motivation qui les pousserait à non seulement corriger certaines de leurs insuffisances mais aussi les amener à entretenir une sincère vocation pour le choix qu’ils ont fait ; c’est surtout le manque de vocation et de perspectives qui les amène à ne rien entreprendre pour consentir le sacrifice nécessaire afin de se corriger. Car, l’enseignement est à la fois un métier simple mais aussi très compliqué. La simplicité du travail de l’enseignant réside dans le fait que l’occasion lui est donnée de préparer, de concevoir, d’élaguer et de peaufiner ses pratiques et ses contenus avant d’aller à la transmission du savoir dans les classes. Et, au niveau du primaire, les préparations sont même soumises au directeur d’école qui les valide avant que l’enseignant ne les exécute. Il y a réellement nécessité pour un enseignant de soigner son intervention avant de se présenter aux élèves. Et toujours dans le cas de ces enseignants ayant fréquenté les écoles normales, il y a possibilité de renforcer leurs connaissances et leurs pratiques à travers notamment la consultation des livres pédagogiques, de leurs anciens cahiers, de leurs pairs et de leurs encadreurs. Plusieurs possibilités existent pour un enseignant de peaufiner son travail. Pourquoi alors ne le font-ils pas ? Tout simplement parce qu’il n’existe pas pour eux cette perspective réelle de faire carrière dont parle tantôt le secrétaire général Zeidane Mohamed. La clé de sortie pour ce cas serait donc de corriger cette erreur et on verra bien le résultat. Certes cela ne se passera pas de façon systématique pour plusieurs raison. La toute première réside dans le fait que le ministère lui-même ne dispose pas de moyens réels pour offrir cette perspective à tous les enseignants. Une autre raison réside dans le fait que les enseignants désormais éparpillés dans plusieurs activités secondaires auront du mal à s’en débarrasser pour se concentrer uniquement sur leur travail. Eh oui ! Il y en a qui sont même dans le commerce et l’agriculture pour pouvoir joindre les deux bouts. L’un dans l’autre, le secrétaire général du ministère de l’éducation nationale est certainement conscient de ces deux premières réalités. Espérons juste qu’il ferait le nécessaire pour arriver là où sa vision salvatrice veut conduire les enseignants du Niger.

Revenons cette fois-ci à ceux qui sont arrivés sur le tas et dans le tas. Nous faisons ici allusion à tous ceux qui ont atterri dans l’enseignement par hasard, ceux qui n’ont pas pu faire long feu dans leur domaine d’études et qui se sont rabattus sur l’enseignement, comme une sorte d’échappatoire. En effet, ils sont nombreux ceux qui ne disposent d’aucune formation pédagogique et qui sont engagés dans l’enseignement comme contractuels. Là aussi, pour la plupart ils appartiennent à la vague des élèves ayant obtenu leur diplôme par le truchement de ces mauvaises pratiques dont nous déplorons tous. Pour cette raison, beaucoup d’entre eux ne sont pas arrivés à continuer leurs études au niveau supérieur. Ainsi, il y en a qui sont absorbés par les concours divers, notamment à la police, la gendarmerie, la garde républicaine, la santé et les instituts où ils perpétuent la tricherie. Ceux qui arrivent à s’en sortir avec une licence colmatée après des années de chevauchement à l’université sautent très vite dans le contrat. Peut-être la seule issue ? De plus, l’Etat en manque d’enseignants s’est constitué avec des gens dans ce cas un réservoir inestimable d’une main-d’oeuvre bon marché. Aujourd’hui, plus de 80% du corps enseignant appartient à cette catégorie de contractuels. Nonobstant leur déficit en formation pédagogique et même en maîtrise de contenu, ces contractuels se débrouillent comme ils peuvent, dispensant pour certains un enseignement très au rabais et même défectueux. Par exemple l’évaluation récente à dénicher des cas d’enseignantes d’Economie Familiale qui dispensent leur cour en langue à défaut de parler français ! Comment des gens dans ce cas peuvent-ils s’améliorer ne sachant ni lire, ni comprendre des textes à portée pédagogique ? Certes ils rendent un véritable service à l’Etat et au pays en occupant les classes qui auraient dû être vides s’ils n’étaient pas là. Néanmoins, à quoi cela sert d’enseigner des erreurs et des fautes de grammaire et d’orthographe flagrantes aux enfants ? Pour ce cas, quelle perspective de carrière saurait corriger leurs insuffisances ? Certains sont arrivés juste pour un petit séjour, le temps de trouver un travail conforme à leur parchemin. Enseignant en attendant ! Le secrétaire général du ministère de l’Éducation Nationale doit très certainement être imprégné de cette sulfureuse réalité. Même en cas de formation de renforcement de capacités, on aurait du mal à y arriver du moment où l’on ne sait plus dans quel langage il faut exécuter les modules. Surtout qu’à chaque fois, ces derniers sont conçus par des pédagogues chevronnés enfermés dans leur bureau, malheureusement coupés de la réalité ambiante. Lors des formations, l’on s’aperçoit très vite du déficit : des regards perdus au plafond, des murmures interrogatifs si ce ne sont pas petites causeries engagés à huis clos. Certains choisissent carrément de se réfugier sur leur Android pour errer de site en site.

L’un dans l’autre, il faut reconnaître que par la force des choses et même du temps, il y a parmi ces contractuels des gens de très bonne foi qui se donnent avec volonté à leur travail. Ce sont des gens qui, à l’épreuve des faits, se sont rendu compte qu’il leur est difficile de quitter ce corps pour trouver un travail ailleurs. Il y en a aussi qui se sont découverts une réelle vocation dans ce travail. Il y en a aussi qui, après plusieurs humiliations subies (Corrigés souvent par des élèves ou des collègues plus édifiés), ont décidé de s’auto-former. Avec l’aide des livres et des collègues qu’ils sollicitent, ils sont arrivés à s’adapter.

Pour ce cas dans le cas, une perspective de carrière peut réellement leur faire changer et de vision et de niveau. D’ailleurs, à bien y fouiller, on s’apercevrait que pour la plupart, ce sont des étudiants qui avaient été bloqués dans leur parcours ou par la méchanceté des enseignants chercheurs ou par les avatars de mauvais choix imposés par l’État et ses partenaires financiers. Il est facile de repérer les contractuels dans ce cas. Il suffit de se rabattre tant sur les dires des élèves, des collègues que de l’administration scolaire. Ceux dans ce cas peuvent très bien être motivés par une perspective de carrière. Malheureusement, leur nombre est très réduit. L’essentiel reste gonflé par ceux qui sont là « en attendant » et qui rêvent toujours de s’en extirper un beau jour. Il faut le reconnaître, il y a parmi eux des gens d’une mauvaise foi manifeste qui ne font rien pour s’améliorer. Ils sont toujours à la recherche du mieux et on les voit signer des engagements dans deux ou même trois établissements. Ils sont présents et absents dans les classes, toujours à l’attente du son de la cloche pour courir vers un autre établissement. Ces pratiques amoindrissent davantage l’efficacité de leur travail ; c’est la génération « d’enseignants commerçants » que l’on retrouve aussi dans des foyers pour dispenser des cours à domicile. Pour ce groupe, aucune perspective de carrière ne saurait les motiver ; il n’y a rien à faire monsieur le secrétaire général ; il faut juste les renvoyer dans leur domaine d’activités.

Kaillo