Lettre au “président de la République” : Le «dambou», selon toute vraisemblance, risque de prendre plutôt de l’eau que de l’huile, et avec de l’eau, la fête va tourner au vinaigre

Et avec de l’eau, la fête va tourner au vinaigre. Vous avez sans doute écho de toutes les interpellations qui vous sont faites par rapport à l’impasse politico-électorale dans laquelle, par ce qu’on peut, à tout le moins qualifier de laxisme de votre part, notre Niger est plongé. L’impasse politico-électorale est visible pour tout celui qui sait ouvrir les yeux, regarder et voir. L’impasse politico-électorale, c’est ce cocktail explosif que vous avez préparé sans y mettre la main, méthodiquement, astucieusement, sans rien laisser paraître car protégé par l’obscurité qui couvre de son voile noir les actes d’un président de la République qui ne s’est pas pourtant gêné d’afficher son parti pris à la tête de l’État. C’est paradoxal, mais c’est comme ça. Ce cocktail politicoélectoral que vous avez cultivé et entretenu, je dois vous informer, est arrivé presque à maturation. J’ignore comment vous accueillez cela. En vous frottant les mains ou en vous demandant ce que tout cela va générer en fin de compte ? Moi, je m’interroge surtout sur ce que vous avez en tête pour avoir laissé pourrir une situation qui ne peut être que préjudiciable au Niger. Je m’interroge sur votre silence troublant face à tous ces périls que tout le monde voit venir et qui vous laisse de marbre. Je m’interroge sur vos desseins, vos motivations, pour rester si stoïque face à cette situation qui peut faire imploser le Niger et le conduire dans une crise sociopolitique profonde aux conséquences imprévisibles.

Monsieur le ‘’Président’’

Peut-être que vous auriez du mal à supporter de voir les images et les films des visites de proximité du leader du Moden Fa Lumana Africa et chef de file de l’opposition, Hama Amadou. C’est pourquoi, j’ai décidé de vous rapporter ce dont le Niger entier a été témoin à Téra et à Maradi. L’homme, il faut le reconnaître et le clamer, quitte à fâcher, est extrêmement populaire. Le monde gigantesque que ses visites dans ces deux localités ont mobilisé, sans un franc distribué, est un message aussi clair que catégorique. Vos compatriotes donneraient tout pour qu’il y ait alternance à la tête de l’Etat. Ils donneraient leurs biens, ils donneraient leurs libertés, ils donneraient bien que ce qui s’est passé en 2016 n’a rien d’élections démocratiques. C’est cette forfaiture, que j’a personnellement appelée hold-up électoral, qu’ils sont décidés à refuser, à combattre et à vaincre. Je ne vous vois aucune possibilité de victoires démocratiques au bout d’élections transparentes. Je vous apprends rien, vous le savez. Or, les voies projetées et que tout le monde entrevoit, entre autres, dans cet accord secret avec Gemalto, l’opérateur technique, que vous ne voulez pas faire connaître de vos compatriotes, dans cette commission électorale partisane et dans cette Cour constitutionnelle dont les membres inspirent légitimement la méfiance, sont dangereuses à suivre jusqu’au bout. Si vous persistez à aller jusqu’au bout de la logique dans laquelle on vous suppliait depuis de longs mois de sortir le Niger, ne vous dites pas surpris de l’abîme dans lequel vous conduisez notre pays.

Monsieur le ‘’Président’’

À moins que vous prêchiez le chaos politicoélectoral, ce qui n’est pas souhaitable, je plains votre situation. Je ne vous vois pas sortir grandi de ce cocktail explosif à plus d’un titre. Vous êtes pris en tenailles entre trois forces politiques qui s’excluent et vous n’avez pas beaucoup de temps pour régler l’équation qui se pose à vous. Entre Mohamed Bazoum du Pnds Tarayya et Djibo Salou de Pjd Doubara, on ne sait pas encore lequel obtiendra réellement votre soutien et lequel sera sacrifié. Il ne reste que deux mois pour que les choses soient claires pour les deux. Je constate que vous n’avez pas encore fini de trouver le bout de cette équation insoluble qu’un troisième «inconnu », Hama Amadou, s’y met, vous compliquant davantage l’équation. Hama Amadou, c’est certain, est là et il faut bien compter avec lui. Djibo Salou ne compte pas se laisser conter et Mohamed Bazoum estime tenir le bon bout pour vous donner la moindre occasion de vous défaire de son étreinte. J’espère que cette histoire de deal avec Djibo Salou n’est pas fondée et que l’histoire ne donnera pas raison à Hama Amadou.

Monsieur le ‘’Président’’

La fin de vos deux mandats s’annonce avec fracas. Je ne sais pas, mais que les élections que vous avez tant chantées aux quatre vents ne se dérouleront pas comme vous l’avez pensé et tracé. Avec des organes partisans pour les organiser, vous pouvez être certain que vos compatriotes, pour une fois, vont se révolter contre la volonté d’usurper, à nouveau, leurs suffrages. Nombre de vos compatriotes se demandent ce que vous nourrissez comme dessein. Ils s’interrogent surtout sur ce que vous voulez réellement. Vous ne semblez vouloir poser des actes lourds qui confirmeront ce fameux deal dont Hama Amadou a parlé. Vous n’êtes pas non plus engagé aux côtés de Mohamed Bazoum comme il faut s’y attendre et vous ne voulez pas de Hama Amadou, c’est connu. Je me dis que pour Bazoum, vous cherchez à gagner du temps, histoire de ne pas effaroucher Djibo Salou. De toute façon, à mon avis, le piège se referme sur vous, lentement mais sûrement. Ce piège ne vous laisse, de mon point de vue, aucune chance. L’équation que vous avez, par manoeuvres politiciennes, élaborée, est sans solution pour vous.

Monsieur le ‘’Président’’

Je vous ai suivi dans un discours abracadabrant adressé aux Nations Unies dans une visioconférence. Je vous ai entendu dire que le Niger, après dix ans de la gouvernance que vous lui avez fait subir, est un havre de paix dans lequel le pain ne serait plus un souci. Sauf votre respect, je dois vous dire que personne ne vous croit. Ceux à qui vous vous étiez adressé connaissent parfaitement l’état dans lequel vous avez plongé votre pays. Insécurité alimentaire, trafics de drogue, de devises et d’armes, corruption, népotisme, détournements des deniers et biens publics, instrumentalisation de la justice à des fins de règlement de comptes politiques, parti pris du président de la République, primauté du parti sur le Niger, violations de la Constitution par le président de la République…Jamais, le Niger ‘a connu une gouvernance aussi sale, aussi peu recommandable. Votre unique chance, si je puis l’appeler ainsi, c’est que vous avez pu bénéficier de complicités extérieures en vue de camoufler au maximum les tares de votre gouvernance.

Monsieur le ‘’Président’’

Les Nigériens n’ont jamais été autant confrontés à l’insécurité alimentaire que votre gouvernance. Pire, sous votre gouvernance, une aide alimentaire quémandée au près du Pakistan et destinée aux populations éprouvées de Diffa a été détournée et vendue par certains de vos proches. Tous ces crimes que j’ai énumérés et qui sont loin d’être exhaustifs, ont été commis, sinon avec votre plein soutien, du moins avec votre bénédiction puisque les auteurs, connus de vous et parfois sous votre parapluie, bénéficient d’une totale impunité.

C’est à cause de ce que vous avez fait de notre pays en si peu de temps que vos compatriotes, à Niamey, à Diffa, à Tahoua, à Zinder, à Maradi, à Dosso, à Agadez et à Tillabéry, ont hâte de tourner votre page. C’est dans votre départ et l’impossibilité pour vous de continuer par personnes interposées, qu’ils fondent leur espoir pour leur pays de se recréer, de se réinventer et de se construire enfin. Je suis gêné de le dire, mais celui que j’ai servi durant des années, avec abnégation et amour pour mon pays, a échoué. Vous avez échoué et ce n’est pas, il faut l’admettre, manquer de respect à la haute fonction que vous exercez que de l’admettre et de le dire.

Monsieur le ‘’Président’’

Un pays, une nation, se construit dans la vérité, le travail, l’unité et les valeurs du peuple. Or, dès que vous avez pris les rênes de l’État, vous avez tout de suite pris le contrepied de tout ceci. Vous avez tourné le dos à la vérité, détruit les vertus du mérite par le travail, mis à rudes épreuves l’unité nationale, privilégié le Pnds Tarayya au détriment des questions de portée nationale. Vous avez, à vrai dire, construit votre échec en pensant que vous édifiez les fondements d’une gouvernance sans fin. Mohamed Bazoum, la réminiscence de cette gouvernance sans fin, a déjà échoué puisqu’il revendique tout ce qui a caractérisé votre gouvernance, c’est-à-dire l’insécurité alimentaire et le détournement de l’aide alimentaire, les trafics de drogue, de devises et d’armes, la corruption, le népotisme, les détournements des deniers et biens publics, l’instrumentalisation de la justice à des fins de règlement de comptes politiques, le parti pris du président de la République, la primauté du parti sur le Niger, les violations de la Constitution par le président de la République, absolument tout.

Monsieur le ‘’Président’’

Le «dambou», selon toute vraisemblance, risque de prendre plutôt de l’eau que de l’huile : Et avec de l’eau, la fête va tourner au vinaigre.

Mallami Boucar