Élections générales de fin de mandat : S'achemine-t-on vers le report des élections ?

Élections générales de fin de mandat : S'achemine-t-on vers le report des élections ?

La tenue des élections est-elle encore possible à date ? Rien n'est moins sûr. Selon des sources crédibles proches du Cabinet du Premier ministre, un comité de réflexion serait à l'oeuvre en vue de réfléchir rapidement sur le report éventuel des élections. Des aveux quant à l'impossibilité de respecter les dates retenues auraient été faites. Le 13 décembre 2020, soit, dans 38 jours, doivent se tenir les élections locales, suivies, deux semaines après, des législatives couplées au premier tour de l'élection présidentielle. La date des élections municipales et régionales avait, on s'en souvient, fait l'objet d'une rude bataille politique, la plupart des acteurs préférant que le processus électoral s'ouvre d'abord avec les élections locales alors que le Pnds Tarayya et trois autres partis étaient formellement contre. En dépit de la position ferme de la Ceni, alignée sur la position du Pnds Tarraya, le Président Issoufou Mahamadou va trancher la querelle en décidant de la tenue de ces élections dites de vérité, pour le 13 décembre prochain.

Le matériel électoral, selon toute vraisemblance, ne pourra pas être mis en place dans tous les Centres d'enrôlement et de vote (Cev) avant la date du 13 décembre prochain

La Ceni, qui n'a pas eu le courage de son affaire, s'est pliée à la volonté du Président Issoufou. Pourtant, le retard accusé dans le pilotage du processus électoral était déjà énorme. Issaka Souna et son équipe sont pris dans l'engrenage. Comment faire pour respecter cette date imposée dans un contexte politique tendu où les acteurs sont prêts à en découdre si les élections ne se déroulent pas dans les règles ? Si la Commission électorale s'échine à rassurer par rapport au respect du calendrier électoral et des dates de tenue des différents scrutins, elle baigne toutefois, selon des sources crédibles, dans une incertitude totale. Le matériel électoral, selon toute vraisemblance, ne pourra pas être mis en place dans tous les Centres d'enrôlement et de vote (Cev) avant la date du 13 décembre prochain. Selon nos sources, la production des cartes d'électeurs est terminée et le colisage, réalisé. Cependant, l'acheminement dans les 266 communes du pays, puis la mise en place dans les Centres de distribution, reste un défi majeur dans un pays aussi vaste que le Niger, avec 1 267 000 km2. Jusqu'à hier, les véhicules réquisitionnés pour cette mission sont encore stationnés à Niamey, en attendant leur mise en route. Qu'est-ce qui bloque l'acheminement alors que le retard est déjà immense.


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Un véritable parcours de combattant

Outre l'acheminement des cartes d'électeurs à l'intérieur du pays et la distribution subséquente qui risque de prendre un sacré coup, il y a un sérieux doute sur la tenue, à date, de ces élections locales, et conséquemment sur les dates des élections législatives et présidentielle. Si, la date des élections locales est repoussée, cela impacte du coup sur les dates des autres scrutins. Or, les délais légaux d'examen et de validation des listes de candidatures n'autorisent pas d'entrevoir autre chose qu'un report. Selon l'article 168 du Code électoral, les préfets disposent d'un délai de sept (07) jours calendaires pour examiner et transmettre les dossiers de candidatures ". À leur suite, les gouverneurs disposent d'un délai de dix (10) jours calendaires pour réceptionner, traiter et transmettre les dossiers de candidatures des élections locales aux Tribunaux de grande instance. Quant aux Tribunaux de grande instance, ils doivent se prononcer sur l'éligibilité des candidats, dans un délai de trente (30) jours calendaires avant de les transmettre aux gouverneurs qui ont un délai de quarante-huit (48) heures pour publier la liste des candidats déclarés éligibles.

À 38 jours calendaires de la date de tenue des élections locales, le pari est presque perdu pour Issaka Souna et son équipe

Telles sont les dispositions de l'article 168 du Code électoral. Au total, il faut observer 49 jours avant la fin du processus de contrôle, de validation et de publication des listes des candidats que les tribunaux de grande instance auront déclarés éligibles. Or, il faut bien que les tribunaux de grande instance statuent sur l'éligibilité des candidats et que les gouverneurs publient les listes conséquentes pour que la Commission électorale procède à la production des bulletins de vote. À 38 jours calendaires de la date de tenue des élections locales, fixée pour le 13 décembre prochain, il y a peu de chances que Souna Issaka et son équipe réussissent le pari de tenir les élections municipales et régionales à date. Ils ont bien réussi à produire les 7,4 millions de cartes d'électeurs. Ces cartes ne seraient pas d'ailleurs conformées aux spécificités définies dans la loi électorale. Ce qui fonde légitimement les acteurs politiques à les rejeter. Il y a plus gros. La production, le colisage et la mise en place des bulletins de vote est un autre challenge de poids à relever. Avec le nombre particulièrement élevé de candidats, cette année, il faut se lever tôt pour l'impression desdits bulletins. Rien que pour l'élection présidentielle, on compte un peu moins de 30 candidats investis à ce jour.


Laboukoye