Réunion du comité interministériel sur la lutte contre la Covid-19 : Vers une nouvelle approche dans la prise en charge de la pandémie

Le Premier ministre, Chef du gouvernement, SE. Brigi Rafini, a présidé hier matin à Niamey, la réunion du comité interministériel sur la lutte contre la Covid-19. Il ressort de cette réunion la réactivation de la chaine de prévention, de lutte et de prise en charge, la décentralisation de la prise en charge de cette pandémie. Il a été aussi question du besoin en structures de confinement notamment le village chinois, la nécessité d’accroitre la capacité des différents centres sanitaires pour répondre au besoin de confinement. Cette réunion s’est déroulée en présence des membres dudit comité et des partenaires soutenant le Niger.

A l’issue de cette importante réunion, le Premier ministre a fait remarquer qu’il y a un changement qui est en train de s’opérer en ce moment avec l’arrivée de la saison fraiche et avec les cas qui sont de plus en plus enregistrés aussi bien à Niamey qu’en région. Selon le Chef du gouvernement, on a l’impression qu’il y a un certain regain de cette pandémie ; et qu’il y a lieu de s’inscrire dans une perspective à long terme pour envisager le traitement de cette maladie. Pour le Premier ministre, il faut désormais la considérer comme quelque chose qui relève de notre quotidien et l’intégrer dans notre répertoire de maladies que «nous connaissons et que nous devons prendre en charge au même titre que les autres maladies». Il a ajouté que cette nouvelle perspective «nous demande de revisiter notre stratégie de lutte contre la pandémie».

SE. Brigi Rafini a reconnu qu’à la première phase à partir du début de l’année 2020 beaucoup d’efforts ont été mis dans la prévention pour éviter la propagation. Il a estimé qu’il y a eu du succès mais le virus peut évoluer. «Nous devons de nous inscrire dans une logique un peu différente», a-t-il préconisé. Dans cette optique, le Premier ministre a souligné aussi la nécessité d’envisager une stratégie rapidement, concertée avec les autres pays de la CEDEAO, l’UEMOA voire du monde entier pour avoir une nouvelle perception de cette maladie. Pour le Chef du gouvernement, on ne doit pas voir cette maladie comme un petit évènement qui va disparaitre du jour au lendemain. «Cela nous demande  d’adapter nos moyens de lutte pour les inscrire dans une perspective à long terme», a-t-il ajouté.

Une des mesures qui a été conséquemment envisagée au cours de cette réunion, «c’est de décentraliser totalement la prise en charge». Le Premier ministre a  dit que dans toutes les formations sanitaires doivent aller vers la prise en charge de tous les cas de Covid à tous les niveaux, en région ou au niveau central. «Il faut que toutes nos formations sanitaires soient désormais équipées pour diagnostiquer et traiter les cas Covid», a-t-il  dit.

«Nous ne sous-estimons pas ce regain avec les nouveaux cas enregistrés qui font monter notre R0. Il est bon qu’on fasse une évaluation pour voir en urgence ce dont nous avons besoin, qui s’avère impérieux pour prévoir les moyens nécessaires afin de faire face à ce que certains ont qualifié une deuxième vague», a précisé le Chef du gouvernement. Mais, SE. Brigi Rafini a estimé qu’on n’en est pas encore là. «Nous devons attendre les spécialistes de la question le temps de suivre et de conclure sur ce qu’il y a lieu de retenir», a-t-il ajouté. Le Premier ministre a aussi indiqué qu’il y a nécessité de revoir «notre plan global de lutte contre la Covid». «Il faut le réactualiser en fonction des évolutions que nous avons enregistrées de notre expérience, capitalisée au cours de ces derniers mois», a-t-il estimé.

Le Chef du gouvernement a également dit qu’il y a aussi nécessité de retourner chez les partenaires pour mobiliser le financement. Il a rappelé que beaucoup d’annonces ont été faites dont certaines sont concrétisées et d’autres pas. Relativement à l’aspect communication, le Premier ministre a estimé qu’on doit avoir une communication plus adaptée et permanente pour que «nous soyons en phase avec les évolutions de cette maladie». SE. Brigi Rafini a indiqué que les mesures barrières restent en vigueur, il ne s’agit de serrer ou de desserrer. «Il y a encore un temps d’observation qui reste pour voir s’il y a véritablement des nouvelles mesures y compris pour le confinement pour statuer là-dessus. Je pense qu’il y a une prudence à observer», a-t-il déclaré.

A propos du confinement et l’auto confinement, le Premier ministre a aussi fait remarquer des difficultés en matière de prise en charge. «Nous allons persévérer dans la prévention. Il faudrait que tous les acteurs redoublent d’efforts pour qu’on puisse remobiliser l’ensemble de la chaine pour continuer à exiger la mise en œuvre des mesures barrières. Nous devons nous acheminer vers l’application stricte de l’obligation du port du masque notamment au niveau des services publics, des écoles particulièrement au niveau des services de santé», a-t-il insisté. Relativement à l’impact socioéconomique de cette pandémie, le Chef du gouvernement a dit que les mesures prises ont eu des effets négatifs perceptibles et très avérés sur «nos recettes fiscales et non fiscales sur l’économie en général». Selon lui, nous devons continuer à prendre des mesures pour la sauvegarde de nos intérêts économiques.

Auparavant, le ministre de la Santé Publique, Dr Idi Illiassou Maïnassara a dans son exposé apporté des précisions sur la situation de la Pandémie de la Covid-19. Il ressort qu’à la date du 18 novembre au Niger, la situation de recrudescence des cas se présente comme suit. Le R0=0,182 est à actualiser. Relativement aux stratégies de la riposte, l’on peut noter que le nombre total de confinés est de 15.829, le nombre total cas sortis est 15.512 et le total cas en cours d’auto-confinement est de 317. Pour ce qui est du traçage des cas contacts, l’on remarque du 1er au 16 novembre 2020, sur un total de 20 cas positifs, 185 contacts identifiés dont 13 cas sont positifs parmi lesquels un agent de santé. En termes de stratégie de prise en charge, l’on note au total 40.796 tests réalisés au 17 novembre 2020, l’on a enregistré 1.327 cas confirmés, 1.150 guéries, 70 décès, 107 patients actifs sous traitement, 10 hospitalisés à l’Hôpital Général de Référence (HGR) et 21 au centre de prise en charge d’Agadez. Toutefois, il n’ya aucun cas en réanimation.

En ce qui concerne les défis et les difficultés notamment pour tester-tracer et confirmer, le ministre de la Santé publique a évoqué le dépistage de tous les cas contacts et groupes à risques principalement les voyageurs (en cours), les migrants de tous les centres de l'OIM (à Niamey et à Agadez ainsi que les retournés des pays voisins du nord avec le GeneXpert et ou PCR et ou TDR antigénique, la création de centres de prélèvement accessibles au niveau des communes (réflexions en cours avant le 20/11/2020), l’ouverture des centres de confinement hôtelier, l’isolement pour traitement des cas asymptomatiques, l’ouverture de tous les centres de traitement et la relance des activités des centres des régions, la mobilisation des ressources humaines et matérielles au niveau des comités et de toutes les commissions.

Au sujet de la situation des voyageurs, il faut noter que du 1er août au 16 novembre 2020, il y a eu 134 cas positifs voyageurs demandeurs de PCR départ, une recrudescence des cas depuis la semaine passée avec la notification des cas de l'OIM), une contamination au niveau communautaire en novembre, 13 cas positifs sur 185 contacts des voyageurs, la recrudescence des cas positifs parmi les demandeurs de PCR principalement à Niamey depuis début novembre 2020 et des foyers de cas positifs au niveau des centres de OIM (Niamey et Agadez).

Mamane Abdoulaye

19 novembre 2020

Source : http://www.lesahel.org/