Mahamane Ousmane et Bazoum au second tour

Le 21 février 2021, le peuple nigérien sera, à nouveau, appelé à retourner aux urnes afin de départager les deux candidats arrivés en tête du second tour de l’élection présidentielle dont les résultats globaux provisoires ont été proclamés le samedi 2 janvier dernier. Ce sont deux fils de Zinder, la région la plus peuplée du Niger, qui vont s’affronter dans ce duel à mort qui oppose les partisans du changement et les partisans de la permanence des pillages des ressources publiques, de la corruption, d’une justice à deux vitesses, des détournements massifs des deniers publics, du trafic de drogue, etc. Deux camps qui sont, chacun, conscients des enjeux qui sont attachés à ce scrutin du 21 février et qui le préparent avec la plus grande rigueur, la plus grande minutie et une détermination de le remporter. Chaque camp réfléchit aux stratégies à mettre en place en vue de mener une campagne payante. Mais, au-delà de la campagne électorale, on réfléchit surtout à autre chose. Les scores du Pnds Tarayya aux législatives et de son candidat au premier tour de l’élection présidentielle sont époustouflants pour ne pas susciter la polémique.

Au bas dans les sondages populaires, ils ont dû user, pour de nombreux Nigériens, de méthodes frauduleuses pour se procurer les voix qu’ils ne sauraient attendre des électeurs. Bourrages et braquages d’urnes avec usage d’armes à feu, bureaux de vote clandestins, votes multiples, tout a été utilisé dans certaines zones du pays. De nombreuses vidéos dans lesquelles on voit des hommes, parfois armés, manipuler des urnes et des bulletins, circulent sur les réseaux sociaux. De nombreuses urnes clandestines ont également été saisies par la Gendarmerie dans certaines localités. Mais les responsables ne sont nullement inquiétés, ce qui fonde à dire qu’ils ont travaillé pour le compte du Pnds et de son candidat. Dans certaines vidéos, les insignes remarqués ne trompent guère sur l’appartenance politique des auteurs et les résultats, d’ailleurs, plus que tout autre chose, sont la preuve que ce sont des militants du Pnds Tarayya qui se sont adonné à ces pratiques de bourrages et de braquages à mains armées d’urnes, de bureaux de votes clandestins, etc.

Faire face aux bourrages et braquages d’urnes, telle semble être la plus grande préoccupation du camp du changement

Dans le camp du changement où se recrutent des partis comme le Mnsd Nassara de Seïni Oumarou, le Moden Fa Lumana Africa de Hama Amadou, le Mpr Jamhuriya d’Albadé Abouba, le Mpr Kishin Kassa d’Aibrahima Yacoubou ou encore le Rdr Tchandji de Mahamane Oumane, un des deux candidats, on a plutôt la tête aux stratégies pour faire face aux bourrages et braquages d’urnes, aux bureaux de vote clandestins, bref aux fraudes massives qui ont eu cours lors du premier tour et des législatives, particulièrement dans la région de Tahoua. Selon des sources concordantes proches des états-majors du camp du changement, de nombreuses mesures et stratégies vont être prises en vue de contraindre le Pnds Tarayya à un jeu électoral transparent. Si ces sources ont refusé d’en dire davantage pour le moment, elles laissent entendre toutefois qu’aucun cadeau ne sera fait aux auteurs de ces actes ignobles.

Le Mnsd Nassara et Seïni Oumarou ont réitéré leur ferme engagement à oeuvrer à une alternance démocratique

La confrontation va être nécessairement rude. Même si on ignore encore la configuration exacte des deux camps en présence, on sait toutefois que la plupart des partis politiques de poids sont comptés parmi ceux qui ont ouvertement contesté la candidature de Bazoum pour des pièces d’état-civil fausses. Ils sont d’ailleurs membres du collectif « Sauvons le Niger », un regroupement de partis politiques et d’organisations de la société civile qui se donnent la main afin de faire en sorte que celui qui sera élu à la tête de l’État soit un Nigérien répondant aux critères définis par la Constitution. Malgré tout, des supputations tendent à faire croire à un volte-face d’un, voire, de deux partis politiques ayant récusé la candidature de Bazoum. C’est pour clarifier tout de suite les choses et lever toute équivoque sur sa position de principe, que le Mnsd Nassara de Seïni Oumarou, a rendu public, le 30 décembre 2020 un communiqué de presse. Dans ce communiqué, signé de son directeur de campagne, Moussa Harouna, il a tenu à rappeler que « le président du parti, Seïni Oumarou, a contesté la légalité et la l’éligibilité de la candidature de Bazoum Mohamed devant la Cour constitutionnelle » et qu’il est « un homme de principe qui tient au respect scrupuleux des lois et règlements de la République ainsi que des dispositions de notre Constitution ». Le Mnds Nassara a d’ailleurs précisé dans ledit communiqué démentir formellement un prétendu accord électoral portant sur le second tour entre Seïni Oumarou et le candidat du Pnds Tarayya et qu’en tout état de cause, il réitère « son ferme engagement à oeuvrer à une alternance démocratique à travers des élections libres, transparentes et crédibles ».

Le Mpr Jamhuriya et Albadé Abouba ont récusé la candidature de Bazoum

Quant au Mpr Jamhuriya, un des deux partis politiques dont l’opinion nationale parle abondamment de la position à venir, son président est non seulement l’unique candidat issu de la majorité au pouvoir qui ait pris part à la déclaration de Salou Djibo sur la récusation de la candidature de Bazoum Mohamed, mais il a également signé une des requêtes, la toute dernière, adressées à la Cour constitutionnelle pour contester la candidature de Bazoum. Albadé Abouba est par ailleurs un des leaders politiques qui ne manquent pas, à chaque occasion, de dénoncer la façon dont le Niger est gouverné et qu’il faut nécessairement trouver un moyen d’arrêter les dérives actuelles.

Il s’agira de sauver le Niger

Selon toute probabilité, ce qui se dessine pour le 21 février est plus qu’un simple scrutin visant à sanctionner les responsables d’un régime qui n’a apporté aux Nigériens que des larmes et du sang. Il s’agit visiblement d’un duel entre le peuple nigérien, meurtri et révolté, et un système dont les ténors sont prêts à tout pour le maintenir dans les fers de la privation, de l’injustice, du trafic de drogue, de la corruption, des détournements massifs des ressources publiques. Pour Hama Amadou, le chef de file de l’opposition actuelle, « il s’agira de sauver une nation ». Une opinion sans doute partagée par tous les leaders qui ont contesté la candidature de Bazoum et qui, de l’avis de nombreux Nigériens, doivent se doivent la main, réfléchir et travailler de concert afin de remporter la victoire, au soir du 21 février 2021. La bataille n’est pas gagnée à l’avance. S’ils concentrent le plus grand nombre de militants et d’électeurs, les parts du changement pour le Niger ont toutefois un gros challenge à relever, celui de l’organisation et de l’engagement de ses membres à contrer les fraudes sans lesquelles le système actuel ne survivrait pas. Ils le savent et s’y préparent activement car il n’y a pas de temps à perdre.

Doudou Amadou