Crise post-électorale : Bazoum n’est-il pas celui qui a joué à jeter de l’huile sur le feu?

L’enseignant de philosophie du lycée qui n’a pas de statut précaire et qui peut aujourd’hui jouer dans sa campagne avec une fortune immense, douteuse qui étonne pour l’homme que l’on sait sorti comme la plupart de ses camarades de milieux modestes, était pourtant, celui qui, dans cette complexification de la crise, aura par sa parole peu maîtrisée, joué un rôle déterminant. On veut manipuler, et présenter autrement les choses pour tromper sur les responsabilités des uns et des autres et vouloir mettre tout sur le dos large de Hama Amadou. Si cette situation est arrivée, n’est-ce pas Bazoum luimême qui l’aura provoqué, lui qui pouvait, avant même que les résultats ne soient proclamés et ce pendant la campagne, menacer quiconque sortira lorsqu’on annoncera sa victoire comme s’il la savait pré-positionnée ? N’a-t-il pas dit que si jamais un seul Nigérien ose sortir, il lui fera voir ce qu’il verra ? Et voilà que les Nigériens sont sortis. Et ce n’est pas pour la première fois qu’il mettait les Nigériens au défi, leur demandant, peut-on s’en souvenir, de s’inspirer de l’exemple togolais pour imposer le rapport de force à son système. D’une certaine manière, lorsqu’on considère de tels propos peu sages finalement, c’est celui-là même qui aspire à gouverner les Nigériens qui aura, par ses démesures, jeté de l’huile sur le feu.

Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs se demandent si le Niger peut compter sur un tel homme pour faire et consolider la paix dans le pays. Son camp en est d’ailleurs conscient. La dernière fois, alors que l’homme ne s’est jamais, en bon enseignant – faut-il lui reconnaitre ce mérite – encombré de discours à lire sur papier, l’on l’a vu lors de son intervention pour saluer «sa victoire» annoncée par la CENI, tenant entre les mains, un papier qu’il lisait. Pourquoi donc avoir imposé à l’homme un texte écrit pour parler ? On peut bien voir qu’il n’en est que peu habitué. Faut-il croire, comme le dit l’acteur de la société civile, Nouhou Arzika, qu’il ne peut parler pendant cinq minutes sans déraper, sans gaffer ? Sans doute que son sérail l’avait compris pour décider de le cadrer avec un texte écrit pour l’empêcher de déborder. S’il devrait devenir président, peut-on croire qu’on pourrait continuer à surveiller ses paroles pour lui faire éviter de dire ce qui peut heurter et renforcer les malaises ?

Les Nigériens ont donc raison, au regard de ces considérations, de s’effrayer d’un tel candidat et surtout quand, son élection bancale, controversée, légitime ces réactions par lesquelles l’Opposition rejette la victoire annoncée. Et depuis des jours, pour gérer la situation ainsi créée, le gouvernement tâtonne, usant d’intimidation et d’invite d’acteurs nationaux dans le malaise nigérien. En effet, depuis des jours, l’on peut entendre sur les médias, des acteurs politiques et des associations qui sont poussés à faire des déclarations étonnantes qui prétendent que tout, dans ces élections se seraient bien passé, sachant bien que ce qu’ils disent est faux et archi-faux ! Mahamane Hamissou qui avait pourtant eu un tout autre discours, à l’entre- deux tours, est encore sorti, dans le mépris de sa propre image, de sa propre parole et de la probité dont il peut se prévaloir, pour se faire l’avocat du diable. C’est triste. Comment peut-il d’ailleurs oser ce mensonge quand il prétend que dans ces élections le président ne serait pas descendu dans l’arène, le lavant de toute ingérence dans ces élections ? Pourtant, qui ne l’a pas vu, les derniers jours de la campagne électorale courir d’un point du pays à l’autre, inaugurant route, pont et marché, pour certainement battre campagne pour un candidat qui était en panne dans l’opinion depuis que face à Mahamane Ousmane, il ne pouvait avoir que très peu de chance de convaincre. Ces inaugurations n’étaient pourtant pas une urgence pour ne pas attendre un autre moment pour s’y employer. Certains hommes politiques par leur inconstance n’ont que faire de leur réputation qu’ils doivent se donner. S’il est vrai que les Nigériens ont voté dans le calme et la discipline, comportement qui leur est du reste bien reconnu, il reste que d’autres comportements dans certaines régions et dans le traitement des résultats ne rassurent pas et les Nigériens ont le droit de remettre en cause la sincérité de ces résultats et de s’y opposer. L’on a pu voir les incohérences des chiffres souvent avancés et cela peut en partie expliquer l’interruption d’Internet qui permettait de partager ces incongruités. C’est cela aussi la démocratie. C’est pourquoi, les Nigériens ont été surpris par la déclaration d’une certaine CNDH qui ne peut prendre en compte les bourrages d’urnes, les circonscriptions dans lesquelles des délégués avaient été interdits d’accès aux bureaux de vote, menacés avec des armes à feu, des cas où, sous la menace d’armes à feu encore, des résultats avaient été fabriqués pour le sacre de qui l’on sait. Les Nigériens peuvent-ils accepter qu’on leur impose un président ?

La peur a changé de camp. L’Opposition, elle, n’a rien à perdre et elle a conscience d’être condamnée à mener ce combat. Depuis des jours, le pouvoir pris au dépourvu se bat à imposer sa vision de la crise, feignant d’ignorer qu’il en est entièrement responsable. Le Niger n’est pas la propriété exclusive, privée d’un groupe d’individus qui aurait une licence à tout se permettre et à dénier aux autres tout droit. L’heure est aujourd’hui de tirer tout au clair. Ce pays, ne peut pas être le territoire hérité d’un président a fortiori d’un parti – le Pnds – pour vouloir le régenter, placer l’homme qu’il veut à sa tête, écartant qui il veut sans que personne ne bronche.

Chaque Nigérien doit avoir sa place dans la nation et la démocratie et personne ne peut le lui dénier. Ces malaises sont aujourd’hui profonds et complexes. Le Pnds est allé trop loin dans sa manière de gouverner. Aujourd’hui, le peuple, et l’opposition surtout, acculés et mis dos au mur ne peuvent que faire face à leur destin. Il est dommage que la Renaissance ne se rende pas compte à quel point la situation aujourd’hui dans le pays est délicate, gravement explosive. On a même vu le Premier ministre réunir les responsables des missions diplomatiques dans le pays pour leur parler de la situation du pays, défendre une victoire en panne et leur donner sa version, dans l’espoir, il va sans dire, de leur archer un soutien pour leurs élections bancales. C’est oublier que ces hommes et ces femmes vivent avec nous dans le pays et savent tout de ses anormalités, de ses dérives, de ses injustices. On ne leur apprendra rien et souvent, ils ont des informations plus précises sur ce que les Nigériens reprochent à ces élections. Sans doute qu’à certains niveaux de ces représentations nationales aussi, trop c’est trop, et ulcérées, elles ne peuvent pas continuer à défendre le faux qui crève les yeux. On sait d’ailleurs que chaque fois que ça va mal, c’est Brigi Rafini qu’on envoie au charbon, en sapeur-pompier, pour calmer le jeu. Mais depuis quelques temps, ça ne lui réussit plus car l’homme s’est d’autant plus discrédité que les Nigériens et certains partenaires ne croient plus en lui.

AI