Crise post-électorale : Hama Amadou, encore et toujours la cible du régime

Hama Amadou

Hama Amadou, tous les Nigériens en sont désormais convaincus, est la bête noire de ses soi-disant socialistes nigériens qui ne peuvent dire, pourquoi ils détestent tant l’homme, lui vouent une animosité incompréhensible. Une pluie aura tombé alors qu’on ne l’attendait pas en plein février, le responsable est tout de suite tout trouvé par cet antonomase ridicule : «ce sont les Hama Amadou qui sont responsables de ça comme peut s’écrier, le ministre de l’Intérieur qui, pour apprécier la situation née de la proclamation des résultats contestés par l’Opposition, ne peut trouver qu’à accuser Hama Amadou, incapable pour l’intellectuel qu’il est, au moins de se prémunir de la précaution du conditionnel pour dire qu’il serait responsable de ceci ou de cela. Le ministre de l’Intérieur se fait déjà procureur et désigne un coupable. Ça n’étonne pas les Nigériens. Depuis que le Pnds- Tarayya est au pouvoir, partout, quand il est incapable de faire face aux défis qui se posent à lui, il ne lui est que trop facile d’indexer Hama Amadou et son parti. Et ça n’a pas commencé aujourd’hui. La fixation sur l’homme est sans doute de trop et personne ne peut pour cela prendre au sérieux ses incriminations fantaisistes, faite d’animosité et de rancune tenace. Pourtant, depuis longtemps, l’Opposition dans son ensemble et à travers des déclarations publiques, avait fait entendre qu’elle n’acceptera jamais une confiscation de sa victoire et son candidat, Mahamane Ousmane, après s’être acquitté de son droit civique le dimanche 21 février, avait prévenu que toute tentative à trafiquer les suffrages pourrait conduire à des situations désagréables.

Ne sachant pas si Hama Amadou a voyagé, les Guristes ont cru que le moment est venu, à l’occasion de ces manifestations, de présenter Hama Amadou comme cet homme qui n’est jamais là quand il y a certaines tensions. Et le ministre de l’Intérieur pouvait jubiler, à jouer à la vedette pour dire qu’il aurait fui, sans doute par méchanceté pour lui nuire. Du reste, ça aussi, les Guristes savent le faire. Pourquoi on en veut tant à l’homme ? Son choix en faveur de Mahamane Ousmane agace, on le sait, car il a su si intelligemment déjouer le coup K.O. prémédité que Bazoum promettait de réaliser et pour lequel, il se donnait aux législatives la part du lion, avec 80 députés réduits stratégiquement à 79 pour faire semblant de sérieux et peut-être pour remettre en cause le poste juteux» promis à Seyni Oumarou qui ne devrait plus être le troisième grand parti du pays. On a compris. Seyni aussi peut-être.

Aussi, depuis quelques jours, par ses communications maladroites, le régime tente de présenter Hama Amadou et son parti comme l’incarnation d’un certain extrémisme politique, d’un certain radicalisme militant. Cette présentation des choses participe d’une logique de division de l’Opposition car ainsi, on l’a aussi compris, on tente d’isoler Hama Amadou qu’on veut présenter comme d’une espèce infréquentable, oubliant qu’en 2011, pour leurs intérêts, les camarades pouvaient s’approcher de lui pour se servir de son poids politique et prendre le pouvoir. Hama Amadou donnait alors au Pnds et à son président de l’époque une leçon de détribalisation car à l’époque Hama Amadou et le Moden-FA/ Lumana avaient à choisir entre Issoufou et Seyni Oumarou. Mais le Pnds oublie vite.

Peut-être aussi par ingratitude.

Comme dirait l’autre, c’est sur un crâne rasé que le ministre de l’Intérieur, comme l’avait tenté en d’autres temps le ministre de la Défense, cherche à trouver des poux. On sait d’ailleurs pourquoi cette fixation : perdre le pouvoir équivaudrait à faire face à sa gestion et à répondre de ses actes ; or les Renaissants savent qu’ils ont mal géré et qu’ils ont fait trop de mal. Sachant à quoi s’attendre par rapport à la gestion des fonds de l’armée, du pétrole, et d’autres dossiers tout aussi sensibles et croustillants, on veut imposer un protecteur sûr qui ne l’est pourtant pas. En tout cas, pour avoir tenu certains propos pour lesquels certains tentent aujourd’hui de l’incriminer, tous les Nigériens savent que Bazoum aura dit pire. Qui ne se rappelle pas de ses propos fétiches «d’officiers ethnicistes» pour lesquels sur un média, il avait l’audace de prononcer déjà, la première syllabe de ceux qu’il pouvait indexer dans la nation. N’est-ce pas lui, le premier à Zinder, qui pouvait en 2016, appeler à ne pas voter pour Hama Amadou pour des raisons qui lui sont propres ? Comme quoi, sur de tels sujets, ce Pnds ne peut pas faire la leçon aux Nigériens. Et le cas Bazoum est d’autant inquiétant qu’on se demande, le sachant alors, pourquoi, Issoufou pouvait, dans le Pnds, le préférer à tous. A Téra, Hama avait été plus clair pour répondre à ceux qui voulaient à des fins manipulatoires se servir de ses propos pour les présenter autrement : il avait bien dit qu’ils ne sont pas contre un Arabe mais qu’ils sont contre l’Arabe qu’Issoufou veut leur imposer, non parce qu’il serait arabe mais parce qu’il ne peut justifier de sa nationalité d’origine ainsi que l’exige la loi fondamentale. C’est tout. Et ce n’est pas un crime que de le dire car ils sont nombreux et notamment dans le camp de Bazoum à l’avoir dit et à avoir contesté sa candidature.

Pourquoi donc Hama Amadou gêne-t-il tant ?

Les propos du ministre de l’Intérieur n’ont convaincu personne et ils restent dans la logique des mêmes récriminations qui ne visent qu’un homme que le système a combattu sans relâche, décidé à l’anéantir politiquement alors que par son génie politique, il resurgit, pour faire mal à des adversaires qui ont cru que la méchanceté pouvait être en politique une arme pour blesser. Tout le monde a compris que le choix que Hama avait fait à la suite de l’invalidation calculée de sa candidature et qui a faussé les calculs du Pnds-Tarayya qui pouvait voir resurgir en face de lui des personnalités politiques –Hama Amadou et Mahamane Ousmane – qu’ils croyaient avoir définitivement éteints, avait surpris et irrité. On avait d’ailleurs compris que, sachant l’adversité inique que le Pnds et Issoufou Mahamadou en premier, pouvaient vouer pour ces deux hommes, le système ne peut accepter le verdict des urnes, et les Nigériens ont compris que la vérité des urnes ne peut être valisée que dans le rapport de force, ce que Bazoum, justement, demandait il y a quelques mois à l’Opposition d’imposer pour se faire entendre. C’est pourquoi aussi, ce qui se passe aujourd’hui dans le pays, ne surprend guère. Quand Alkache dit, «Nous ne n’accepterons pas que ce pays soit un pays de dictature», les Nigériens ne peuvent que sourire. N’est-ce faire preuve de raidissement et de relents dictatoriaux que d’arrêter sur le coup 483 personnes et des leaders politiques qui n’ont tort que d’avoir parlé ? On n’a jamais vu cela dans le pays, une aussi vaste chasse aux sorcières. En se servant de ces paroles pour faire les déductions faciles que l’on a entendues, il faut croire que nous ne sommes plus en démocratie. On aura compris qu’il s’agit par cette précaution «fassiste» de décapiter l’opposition qui dit avoir gagné les élections et espérer éteindre la contestation sous-tendue par des colères profondes. Et ce n’est pas tout. Comment comprendre si ce n’est dans une dictature, que l’on prive les citoyens d’Internet, une mesure trop grave que personne ne peut comprendre dans le monde. On aura compris par une telle mesure extrême que le régime ne se fait pas confiance et sait bien s’il s’est débrouillé à se donner des résultats, une victoire que tout le monde sait contestables dans certaines régions, fussent- elles celles du président sortant ou de celles de certains lobbys qui se cachent derrière le candidat imposé par Issoufou pour fructifier par ses complicités leur business.

Comment le ministre de l’Intérieur, peut-il parler de dictature qu’on voudrait leur imposer quand c’est leur régime qui porte aujourd’hui toutes les caractéristiques, toutes les allures d’une dictature, confisquant tout pour imposer ses choix et ses volontés ? Comment ne pas croire que le Niger est sous une dictature rampante quand on sait que dans les limites balisées par les textes de la Républiques aucune liberté n’est possible, notamment lorsque toute demande de manifestation depuis des années, est systématiquement rejetée ? Qui fait de la dictature alors dans le pays ? Il faut avoir du respect pour les Nigériens !

Aujourd’hui, le sentiment général est le ras-le-bol. Les Nigériens sont pacifiques et ils l’ont montré et démontré encore une fois lors des dernières élections. Mais peut-on croire qu’en ayant ce comportement, ils font preuve de couardise, de lâcheté, de peur, de quelque faiblesse pour croire qu’on peut indéfiniment leur faire avaler tout ? Il faut pourtant, c’est connu, se méfier des peuples pacifiques car leur violence peut être fatale. Il faut craindre que ce ne soit pas ce qui arrive dans le cas du Niger où, aujourd’hui, la volonté de ne pas reculer, est une constance, une réalité. La tension est vive et cela est perceptible. Elle n’est d’ailleurs pas prête de s’estomper. C’est pourquoi lorsque le ministre dit, «nous n’accepterons plus…», ce dernier doit comprendre que l’Opposition peut être aussi dans le même état d’esprit et ces attitudes tranchées ne présagent rien de bon pour un pays qui a des défis énormes à relever.

Alors que la CENI annonçait qu’elle allait proclamer les résultats le mercredi 24 févier, quelle ne fut la surprise des Nigériens de la voir se précipiter pour les annoncer un jour plus tôt, le mardi après-midi. Qu’est-ce qui peut expliquer cette précipitation ? Quel danger avait-elle pressentie pour agir ainsi ? L’a-t-on obligé à faire ainsi ? Suivez mon regard …

AI