Au Niger - La démocratie mutilée : Par Amadou Bounty Louindou Diallo

Dimanche 21 Mars 2021 restera une date noire dans l’histoire de notre pays. En effet, alors que la cour constitutionnelle a donné rendezvous à la presse pour la proclamation des résultats présidentielles 2020 2021 second tour, a la dernière minute, la même cour dit avoir reporté la dite proclamation a une date ultérieure. Entre temps, les avocats du président Ousmane ont donné une conférence de presse pour marquer leur étonnement face aux atermoiements et hésitations d’une cour qui est censée ne dire que le droit. Des recours ont été déposés auprès de l’institution et , il semble que ceux-ci n’ayant pas été épuisés, voila que la cour a tenté de donner des résultats, on ne sait sur quelle base.

Le même soir, en catimini, la même cour qui, le matin, a reporté la proclamation a une date ultérieure, finit par annoncer avec , comme vainqueur, le sieur Bazoum Mohamed..

Cette attitude de la cour est la marque des cours constitutionnelles francophones. Elles ont une manière singulière de dire le droit qui tranche d’avec le caractère impersonnel de la loi. Ce qu’elles disent, le plus souvent, et à tous les coups, c’est la loi du plus fort.

Bazoum ne gagne pas dans les urnes, mais a travers une cour dont la composition est contestée de bout en bout. Que l’on se comprenne bien, la cour constitutionnelle nigérienne à beau se vêtir des oripeaux du droit, elle est avant tout partisane. ce n’est pas moi, qui le dis , mais les médias internationaux et l’opposition politique qui des au départ a marqué ou montré sa méfiance visà- vis d’une cour dont les membres sont connus pour leur appartenance a la mouvance dite présidentielle.

Ici, le pourcentage de Bazoum importe peu, puisqu’il est fabriqué. Il est connu d’avance. Il y a eu braquage d’urnes, mais la commission électorale indépendante, CENI, n’a pas jugé bon de reconnaitre cet état de faits et a transmis a la cour constitutionnelle des résultats « arrangés », « carabinés » De toute évidence, tout dans le processus électoral semble du déjà-vu ailleurs (Cote d’Ivoire, guinée, Tchad, Congo Brazzaville, Togo, Benin,, Djibouti, Cameroun et Gabon). Un candidat dont les partisans, et non des moindres- proclament la victoire a un an déjà de l’organisation des élections / rappelez-vous, (lors de l’investiture aux forceps de Bazoum, le vieux Sanoussi Jackou ne nous donnait il pas déjà la composition des futures institutions ? Seyni Omar, président de l’assemblée, Bazoum Président de la République et Albadé Premier Ministre ? –Ainsi donc, dans les faits dès ce jour fatidique, nous assistions médusés à la mutilation de notre démocratie. Le code électoral punissant les promesses électorales de nature soutien contre poste ou avec espèces sonnantes, aucune voix dans l’opposition ne s’est élevée pour protester contre les propos du vieux prisonnier de Kountché. On l’a laissé faire. Tout comme la même opposition pratiquera la politique de la chaise vide, aussi bien dans une instance comme le CNDP, mais aussi, au sein du staff de la CENI et de ses démembrements. Des lors, tout était possible pour le parti au pouvoir et ses affidés. Dans la foulée, on découvre que le candidat Bazoum possède trois, voire quatre certificats de nationalité portant des numéros et des codes différents, que son lieu de naissance varie en fonction des interlocuteurs qu’il a en face. Malgré ces tricheries a la nationalité avérées, la cour constitutionnelle passa outre et la marche vers la mutilation de la démocratie avec. C’est ainsi que conscients de leur capacité à frauder, Bazoum et ses partisans sortent le slogan SAI BAZOUM et celui du « COUP KO ».

C’était sans compter avec le génie politique d’un Hama, qui, voyant son dossier de candidature aux présidentielles rejeté, décida, de soutenir le candidat Mahamane Ousmane. Ceux qui, la veille encore, pensaient les jeux déjà faits, ceux qui scandaient que le candidat Bazoum allait passer au premier tour par « un coup KO », furent obligés d’avaler la couleuvre. Ils ont certes pipé les dés, mais un joueur coriace est entré dans le jeu et qui faussera tous les calculs et pronostics. Des lors, l’achat de conscience n’ayant pas permis au candidat du PNDS de parvenir à ses fins au premier tour, on passe à la vitesse supérieure. Ce ne sont plus les urnes qui vont parler sur l’ensemble du territoire du Niger, mais uniquement par endroits. Le reste sera affaire de bourrages ou de braquages d’urnes. Dans certaines zones on vota a plus de cent trois pour cent. Les soviétiques de l’ère de Staline n’ont pas fait mieux.

Sous d’autres cieux, celui qui se sent lésé aurait pu jeter ses partisans dans les rues pour protester. C’est sans compter avec la grande sagesse et la grande retenue du président Ousmane. Tout en sachant que la cour « composite » n’allait pas dire le droit, il demanda à tous ses partisans de ne rien entreprendre qui puissent porter dommage à notre pays. (si donc quelqu’un mérite le prix MO IBRAHIM, c’est bien le président Ousmane, connu pour sa prudence dans la vie de tous les jours et dans la gestion de la chose publique).

Pour le moment, après la proclamation des résultats du second tour de la présidentielle donnant Bazoum vainqueur, les critiques fusent de partout reprochant a l’opposition de ne pas sortir dans la rue pour protester. Une dame remontée contre le processus électoral et l’homme nigérien, ne - elle pas ce matin lances : « NIGER ALBORA SINDA hay koulou kal zina da sanni bobo ».

Cette phrase dénote l’état d’esprit dans lequel se trouvent nombre de nigériens. On a vu ce que donne une action en justice non mûrement réfléchie. En effet, samedi 20 mars, c’est au seul motif que la coalition Cap20-21 n’a pas d’existence juridique légale que son action contre la décision d’interdire la marche de l’opposition en date du 20 mars , a été rejetée par la justice.

Le droit ne fonctionne que sur la base des textes et non des humeurs. Dans un contexte sécuritaire délicat, faudrait- il aller à l’affrontement avec des forces de l’ordre dont la place normale est au front contre les terroristes et non dans les rues des grandes villes ?

Il faut attirer l’attention de tous qu’a titre illustratif, à l’heure où la cour constitutionnelle donnait les résultats voulus par Bazoum et compagnie, des bandits armés attaquaient trois villages dans la région de Tillia, tuant hommes, femmes et enfants.

Il est indéniable qu’il y a crise. La désignation de Bazoum par la cour constitutionnelle ne met pas fin a celle-ci. On sait, selon des source que la communauté internationale s’implique malgré tout a trouver une solution a cette énième crise dans notre pays. On connait ses recettes : un partage du pouvoir qui contenterait tout le monde. Mais est- ce la solution ? les jours a venir seront décisifs.

Espérons que l’amour du pays prenne le pas sur les intérêts personnels.

Même mutilée, la démocratie vaut mieux que la pagaille, la destruction, le versement du sang des nigériens.

Par Amadou Bounty Louindou Diallo