Crise politique : Pourquoi le PNDS joue-t-il du destin du peuple nigérien ?

La crise politique, doublée d’une crise sécuritaire de venue gravement préoccupante, ne fait que prendre des proportions inquiétantes au Niger. Personne, alors que la situation conduit le pays inexorablement vers un chaos certain, ne peut oser parler, dire le mal d’une société au creux de la vague, marchant vers des lendemains incertains. On peut se réjouir de certaines voix dans le pays qui se sont élevées pour dire le mal pour comprendre que face à la gravité de la situation l’on ne saurait plus se complaire dans le silence. Il y a parmi ceux-là qui ont brisé le silence, à savoir le mouvement « Debout Niger » et ce regroupement d’intellectuels interpellés par l’Histoire et qui sont depuis des jours sortis de leur mutisme pour interpeller. Patriotisme oblige. Cette situation rend compte de la gravité de la crise que vit ce pays avec un pouvoir sourd qui ne peut plus rien entendre depuis que, pour lui, pour avoir mal gouverné, la sécurité de ses membres est devenue plus importante que celle du pays aujourd’hui acculé à la violence terroriste et à la misère. La situation est pourtant trop grave et on peut se rendre compte que le régime ne s’en soucie guère lorsqu’un de ses laudateurs officiels, l’ancien ministre Kassoum Moctar, peut se croire en devoir d’intervenir dans un tel malaise pour tenir le discours qu’il a tenu et qui est indigne et irresponsable de la part d’un homme d’Etat. Faut-il croire qu’il ne mange plus qu’à ce prix : celui de l’irresponsabilité en se faisant l’insulteur public d’acteurs politiques pour plaire à son mentor ? Il faut savoir raison garder…

Au coeur de ces malaises, comment ne pas rappeler cette lettre « A mes amis socialistes » de l’éminent chercheur franco-nigérien, Jean-Olivier de Sardan qui, du haut de sa science, avait cru aider des amis pour leur faire comprendre les déviances de leur gestion. Mais bouffis de suffisance et de vanités, ils avaient boudé les conseils de l’Ami. Ils n’ont jamais voulu être contrariés et, cultivant le culte de la personnalité autour de leur leader regardé comme un gourou, ils se sont crus inattaquables car comme des dieux, leur vérité devrait être toujours incontestable. La conséquence de ce jusqu’au- boutisme et de ces extrémismes est cette situation assez compliquée que les Nigériens vivent et que tous dénoncent tant ici dans le pays qu’à travers une diaspora qui, à juste titre et légitimement, s’inquiètent pour la nation et pour sa survie, pour l’Etat de la démocratie dans le pays, pour le grave recul des libertés et des droits humains. Jamais les Nigériens, dans les pays où ils séjournent n’ont manifesté pour des raisons politiques si ce n’est ces dernières semaines. Mais plus que de parler de crimes économiques impardonnables, il y a aujourd’hui pire qui guette le pays. Les socialistes sont arrivés au pouvoir, visiblement avec un agenda dont eux seuls ont le secret : venger l’Histoire et à cette fin, il était urgent pour eux, de détruire des hommes et des partis politiques. Pourtant, le Chercheur avait averti et appelait à faire attention : on ne gouverne pas une nation par les affects et avec des rancunes ! Les problèmes entre les hommes ne doivent pas s’interférés dans la gestion de l’Etat car les problèmes des individus ne sont pas les problèmes des Nigériens.

Le pays, aujourd’hui va mal. Il est gravement malade mais une peur de faire face à sa gestion, de répondre de ses actes, a rendu aveugles des hommes qui ont peur d’être humiliés devant l’Histoire surtout lorsqu’un pouvoir nouveau viendra à faire l’état des lieux et à rendre compte d’une gouvernance catastrophique dans laquelle, pour beaucoup d’observateurs, les scandales révélés dans ce que la presse nationale a appelé le MDN-gate n’est que la face cachée de l’iceberg. D’autres monstruosités restent à découvrir notamment dans le domaine du pétrole, dans les recrutements, dans le foncier et le bâtiment avec l’insolence de constructions anonymes qui trônent dans la capitale, signe visible d’une nouvelle bourgeoisie secrétée par un socialisme affairiste souvent proche de milieux du narcotrafic.

Ainsi, à force d’insouciance, le PNDS a fini par pousser le Niger à des fragilités pour lesquelles on l’interpellait pourtant, lui rappelant que le Niger est une jeune nation en construction et à laquelle il faut encore beaucoup d’attention, de tact pour consolider ce que d’autres, avant les socialistes, en cinquante années de gouvernance depuis l’indépendance, ont essayé de préserver et de cimenter. Depuis quelques jours, dans le pays, l’on ne parle que d’ethnie or, tout le monde sait que cela ne pouvait qu’arriver un jour tant que le régime ne revoit pas la qualité de sa gestion, aspect sur lequel, justement, sans être trop explicite, comptant sur l’esprit éclairé des « amis », De Sardan, l’interpellait. L’on peut d’ailleurs observer que beaucoup de médias, internationaux dans le mauvais souvenir de ce que fut le Rwanda, de manière assez responsable, ont compris la situation trop sensible des débats dans le pays, et pour ce se sont interdits d’aborder le sujet, notamment par rapport aux critères qui auraient conduit à l’élimination cruelle et préméditée de 58 civiles qui revenaient du marché de Banibangou. Les pauvres ! Peuvent-ils savoir leur faute ? Dans ce qui arrive aujourd’hui dans le pays, plus qu’un autre, c’est le président de la République, garant de l’unité nationale, qui est interpellé. Et les Nigériens ont d’autant de bonnes raisons de s’inquiéter que celui qu’il veut coûte que coûte imposer, sur un tel sujet, ne devrait pas être le responsable qu’il faut quand on peut se souvenir de ses discours peu mesurés, sans aucune finesse politique.

Mais pour cacher son échec à consolider la paix sociale et la cohésion nationale, depuis des jours, le régime s’évertue à chercher des boucs émissaires pour tenter de les rendre responsables de la déliquescence du tissu social du fait d’une gestion gravement sectaire qui ne peut qu’exposer le pays à de tels risques. Tant que par rapport à cette question et tant d’autres, on ne les règle pas par la justice, par la vérité, il va sans dire que l’on ne fera que rajouter aux malaises et compliquer la situation. Depuis dix ans que gouverne le socialisme, il est aujourd’hui opportun de se demander qui a été le premier et occupant une fonction régalienne de l’Etat, à oser parler, sans qu’il ne subisse la moindre remontrance, « d’officiers ethnicistes » ? Les Nigériens le savent car eux tiennent à leur cohésion pour laquelle Seyni Kountché avait été l’un des gardiens les plus imparables. Faut-il dès lors comprendre que les FDS dans le pays, depuis cette révélation tonitruante, se gèrent sur une telle base ? Au même moment et depuis des jours, des attaques sans réserve sur une composante sociologique du pays se font à tort et à travers et ce souvent, de la part de responsables politiques sans vision, et même quelquefois avec des acteurs qui sont connus et nommés, mais sans que, toujours, le régime ne se rende compte des risques auxquels il est en train de pousser tragiquement le pays par l’impunité avec laquelle il gère de tels cas graves. Et parmi ceux-là, sur les réseaux sociaux un ministre et membre influent du parti de Bazoum se serait également prêter au jeu, avec des audios qui ont circulé sur les réseaux sociaux, avant qu’un autre ne vienne, lorsque l’auteur se sera rendu compte que son message est sorti de son cadre, pour s’excuser après le mal qui n’aura montré que le fond d’un esprit, peut-être aussi revanchard propre à un système dont le Niger n’a nullement besoin. C’est triste et grave à la fois. Et l’on se demande pourquoi certains peuvent avoir une licence tenir au coeur de nos malaise des discours ethnicistes sans être inquiétés. Faut-il croire que cela aussi plait au socialisme ?

Dans la gestion d’une nation on ne badine pas avec de tels problèmes. Jusqu’au coeur du pouvoir, certains acteurs, commencent à s’inquiéter des tournures que la situation est en train de prendre, toujours dans l’indifférence d’un pouvoir qui fait la politique de l’autruche, se refusant à l’aborder dans sa gravité et en toute impartialité. Quelle âme n’a pas trembler en apprenant la base sur laquelle les 58 villageois avaient été massacrés ? La déclaration de la société civile de Tillabéri a pourtant été assez explicite pour dire le fait dans toute sa gravité : « aux jours des naissances, il est inutile de cacher les placentas » enseigne l’adage. On est donc là et il est difficile de voir le Chef de l’Etat, gravement silencieux sur des actes aussi odieux qui mettent à mal la cohésion nationale, incapable de se rendre sur les lieux mais pouvant aller ici et là, pendant le deuil décrété, pour inaugurer des réalisation qu’un ministre tutelle pouvait pourtant valablement présider. Peut-il continuer à se taire ? Non, comme l’a dit la dernière fois, le Président Ousmane, « l’heure est grave ». Et des silences peuvent être des crimes.

Diffuser des chansons qui magnifient la cohésion nationale et pousser des acteurs et notamment des femmes à faire des déclarations, ne sont que de l’hypocrisie car dans la situation difficile que traverse le pays, l’on n’a plus besoin de mots sur nos maux, mais d’actes francs qui traduisent une volonté politique réelle pour éviter à la nation fragile nigérienne de sombrer. Tout le monde peut comprendre que toutes les déclarations que l’on a entendues ces derniers jours, tant de ces femmes que de ces jeunes qui soutiennent Bazoum Mohamed, ne sont que actes politiques provoqués par un régime qui commence à avoir peur de la situation dans laquelle il est en train de pousser le pays et surtout les preuves de l’anxiété qui s’empare du régime qui vit son agonie. Ces déclarations commandées ne trompent donc personne ? Souvent faussement sages, ces déclarations restent en contradiction avec leur objet quand, au lieu de se limiter dans la neutralité que requiert cette situations explosive, on entend des jeunes qui s’en prennent à l’opposition et à ses acteurs, et des femmes féliciter et célébrer un homme – le président de la République – qui reste pourtant pour beaucoup d’observateurs – parce qu’il ne dit rien justement comme s’il devrait cautionner tout ce qui se fait – le noeud du problème parce que laissant faire (comme s’il devrait y trouver son compte). Les propos de certains acteurs du système sont d’autant graves qu’il ne s’agit même pas d’actes isolés en campagne électorale où les gens, souvent, font feu de tout bois mais d’actes véritablement conscients de personnes qui ont cru faire étalage de leur pensée somme toute rétrograde et ce de la part de personnes qui aspirent à gouverner une nation multiethnique comme celle du Niger, aujourd’hui fragilisée par une gouvernance sectaire. D’ailleurs, quand on a le souci de l’unité peut-on se donner les résultats que l’on a vu pour le seul parti de Bazoum et d’Issoufou Mahamadou à Tahoua et on l’imagine sur la seule et risible considération qu’il s’agit de la région natale du président sortant, toute chose inconcevable même lorsque certains voudraient mettre en avant la géographie des investissements consentis par le régime en dix années de gouvernance dans le pays. Toute chose, par ailleurs, qui montre aussi, en même temps, le clanisme clientéliste du système.

Après la déclaration que l’on a entendue ce vendredi matin à Tillabéri, il faut reconnaître que le malaise se généralise. C’est d’autant grave que l’on voudrait donner l’impression que le problème de Tillabéri est le problème de Tillabéri non du Niger comme on l’a laissé faire à Diffa aux temps forts des attaques où l’élite de la région, avec tous les députés de tous les bords, pouvaient ensemble mener des démarches et faire des déclarations, et ce avec aucun autre député – national pourtant – d’autres régions pour s’inscrire dans une démarche qui se justifiait pour ne pas concerner qu’une région. La société civile de Tillabéri, appelait toutes les filles et tous les fils de la région, et notamment tous les acteurs politiques de la région à se joindre à leur combat pour faire face à une situation qui menace l’existence de la région, et portant, la vie de paisibles citoyens qui ont l’impression que l’Etat n’existe plus chez eux. La déclaration l’a d’ailleurs souligné. Ce discours peut s’amplifier car une situation désastreuse que vivent les populations ne leur donne malheureusement aucun autre choix que d’avoir un tel raisonnement. Malheureusement, tout cela arrive aussi à un moment où le front politique s’embrase avec une passation des pouvoirs des plus conflictuelles et des plus incertaines. Le Niger n’a pas besoin que de prières. Il a surtout besoin de la responsabilité de chacun et de tous.

Ismael Diallo