Déclaration des biens d'Issoufou Mahamadou : Un enrichissement injustifié et probablement sous-estimé

Comment a-t-il pu amasser une telle fortune en 10 ans de fonction malgré les contraintes légales ? Issoufou Mahamadou a été sans aucun doute, et il l'a clamé luimême, un président atypique, pour ne pas dire insolite. " Aucun président, avant moi, n'a fait ce que je fais ", a-t-il dit et force est de reconnaître qu'il n'a pas eu tort de faire une telle déclaration. Sa déclaration des biens, à la cessation de ses fonctions, est un cas probant qu'il dépasse, de très loin, tous ceux qui se sont succédé à la tête de l'Etat. Par des élections comme par un coup d'Etat militaire. Personne, de Diori Hamani à Djibo Salou, n'a amassé une si grande fortune au cours de son séjour à la tête du pays. Des maisons, qu'inachevées, estimées à des centaines de millions de francs CFA, il en compte à Niamey, à Tahoua, à Illéla, à Zinder, à Konni et dans bien d'autres localités du Niger. Comme s'il a passé son temps à acheter à tours de bras des terrains et à les construire. Des maisons acquises, dans bien des cas, après son accession au pouvoir et construites pour son compte, alors qu'il était en fonction. C'est notamment le cas de ces deux villas en cours de construction à Gabagoura sur un terrain de 9 143 ha, pour un coût estimé des travaux déjà exécutés de 843 007 259 FCFA. Sans mention de la date d'acquisition. Une omission volontaire sur les observateurs. Tout comme d'ailleurs pour cette maison d'habitation en matériaux définitifs sise sur un terrain d'une superficie de 800 m2, en zone industrielle de Tahoua, acquise en 2011, pour un coût d'amélioration de 77 601 820 FCFA ; ou encore pour cette autre, en construction dont la valeur finale est estimée à un montant global de 478 798 912 FCFA. A la date du 28 mars 2021, l'avancement des travaux est évalué à 302 083 530 FCFA.

Le local de la SNTN, phagocyté après un tour de passe-passe

La maison acquise à Tahoua, suscite particulièrement des commentaires au sein de l'opinion nationale. Des commentaires portant sur l'origine de l'immeuble qui serait bien l'ancien local de la SNTN (Société nationale des transports nigériens). Or, la Constitution (article 52) défend formellement au président de la République d'acheter, par lui-même ou par autrui, quoi que ce soit au cours de son mandat. Selon des informations distillées sur les réseaux sociaux, l'immeuble de la SNTN a d'abord été cédée à une personnalité communale de Tahoua qui, luimême, l'aurait refilé à Issoufou Mahamadou. On pourrait effectivement penser à une alchimie tendant à prétendre qu'Issoufou aurait acquis l'immeuble des mains d'un particulier. Une stratégie qui, selon les spécialistes du droit, ne le met point à l'abri d'une accusation de violation de la Constitution.

Des comptes bancaires trop maigres pour Issoufou dans un contexte de wassoso protégé par l'intéressé

Au plan des ressources financières, Issoufou Mahamadou affiche un tableau bien maigre au regard de la boulimie avec laquelle les deniers publics ont été saccagés et partagés à travers des détournements jamais égalés dans l'histoire du Niger. Lorsqu'on pense à des scandales financiers comme les 1000 milliards d'Eximbank de Chine, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur les maigres sous que Issoufou Mahamadou prétend avoir, à ce jour. Sur les quatre comptes bancaires qu'il a publiés, aucun n'est crédité de 10 millions de francs CFA. Même pas les deux comptes logés au Crédit lyonnais et à la Société générale, à Paris. C'est quelque chose d'assez difficile à avaler pour les Nigériens. Il est difficile de croire que celui qui a gouverné le Niger d'une main de fer pendant 10 ans ne se soit pas personnellement enrichi dans un contexte où des ministres, hauts fonctionnaires, officiers supérieurs et hommes d'affaires proches du régime sont cités dans plusieurs dossiers de malversations financières portant sur des dizaines, voire des centaines de milliards de francs CFA.

Curieusement, s'il n'a rien fait paraître au niveau de ses comptes bancaires, Issoufou Mahamadou a toutefois fait étalage d'un patrimoine dont on s'interroge sur l'origine et les conditions d'acquisition. Un patrimoine déjà estimé à 1,3 milliards en 2019 et qui est passé à 2,3 en 2020. En l'espace d'un an, il a si fait fructifier ses affaires qu'il en doublé la valeur. Où est-ce que Issoufou Mahamadou a tiré les ressources financières qui ont lui permis d'acquérir tant de terrains et de maisons ?

La question vaut son pesant d'or d'autant plus qu'avant d'arriver à la tête de l'Etat, il a justifié, dans ses déclarations de biens successives, de biens immobiliers de grande valeur sur lesquelles il y a tant à dire. Curieusement, Issoufou Mahamadou n'a rien déclaré à l'étranger en termes de biens immobiliers. Pourtant, beaucoup de rumeurs ont couru à ce propos. Une enquête sérieuse permettra, un jour, de déterminer s'il s'agit de simple diffamation ou une omission volontaire de l'intéressé.

Issoufou Mahamadou serait-il le seul sain dans un Niger pourri sous sa direction ?

Les déclarations de biens d'Issoufou Mahamadou sont-elles sincères ? On peut certainement en douter. Il a été si prompte et ferme dans la défense de délinquants notoires dans des dossiers financiers sulfureux comme celui du ministère de la Défense nationale qu'il est illusoire de penser qu'il tolère quelque chose qu'il ne cautionne pas. D'ailleurs, Jeune Afrique lève un coin de voile sur l'affairisme débridant de l'ancienne famille présidentielle. " Au Niger, pays classé dernier au monde, ce, durant 10 ans, la Startup dénommée NOVA TECHNOLOGIE, créée par Abba et Mariam Issoufou Mahamadou (ancien président du Niger), a équipé plusieurs ministères nigériens en matériels informatiques. Une révélation qui en dit long sur les rapports réels entre Issoufou Mahamadou et les deniers publics. Où sont passés les 1000 milliards d'Eximbank ? À qui ont profité les 50 milliards empruntés au Congo dont le quart du montant a été dépensé bien avant que l'Assemblée nationale soit saisie, sous la pression populaire et du Fmi, de l'affaire ? L'uraniumgate, l'affaire de la Caima, de la Soraz, d'Africard, etc. Issoufou Mahamadou doit visiblement revoir sa copie.

Un président qui s'attribue des frais de mission alors qu'il dispose d'une caisse noire estil sérieux ?

Pour de nombreux observateurs, Issoufou Mahamadou ne pourrait pas échapper à une poursuite judiciaire pour différentes violations de la loi. Pour enrichissement illicite ? Il est certain qu'il aura du mal à justifier la provenance de ces milliards investis un peu partout, au Niger, dans le béton. Des frais de mission ? Un président qui s'attribue des frais de mission alors qu'il dispose d'une caisse noire est-il sérieux ? Quoi qu'il en soit, ceux qui se sont considérablement enrichis au point d'avoir la bouche cousue savent, eux, qu'il y a anguille sous roche. Si Issoufou Mahamadou n'a pu sévir contre ceux qui ont fait main basse sur les deniers et biens publics, c'est qu'il y a vraiment anguille sous roche.

Laboukoye