Issoufou Mahamadou et les deniers publics : L’homme qui a ruiné le Niger

Après 10 années de gouvernance à la tête du Niger, Issoufou Mahamadou s’est offert, à la grande surprise de ses compatriotes, le prix Mo Ibrahim. Outre la distinction honorifique, l’intéressé engrange un montant de deux milliards 750 millions de francs CFA sur 10 ans et une allocation annuelle à vie de 200 000 dollars, soit un peu plus de 110 millions de francs CFA. La cerise sur le gâteau pour Issoufou Mahamadou. Pourtant, il est sans aucun doute le chef d’Etat le plus contesté et le plus détesté pour ses façons de faire, ses pratiques et particulièrement ses rapports avec la corruption et les détournements des deniers publics. Aujourd’hui à la touche depuis l’investiture du Président Bazoum qui lui a succédé à la tête de l’Etat, Issoufou Mahamadou inspire un désir de justice jamais aussi prononcé chez les Nigériens qui misent sur le jour où ce dernier rendra compte de tous les maux, délits et crimes qu’on lui impute. Président de la République avec tout ce que cela représente responsabilités, Issoufou Mahamadou a incarné un pouvoir corrompu, avec à la clé l’impunité pour les auteurs des crimes commis. Pendant 10 ans, d’immenses ressources publiques ont été détournées. Résultat : l’Etat a été spolié, appauvri considérablement tandis que dans le sérail d’Issoufou, de grosses fortunes ont émergé. Président du Haut conseil de la magistrature, Issoufou Mahamadou a plutôt servi de rempart pour les auteurs des crimes économiques. L’a-t-il fait de façon désintéressée ?

Issoufou Mahamadou ? Un règne ponctué de corruption et de détournements massifs des deniers publics, sur fond d’impunité pour les auteurs

Dire que Issoufou Mahamadou est devenu riche en 10 ans de pouvoir est certainement un euphémisme. De 2011 à la fin de son mandat, il a lui-même déclaré disposer d’un patrimoine évalué à un milliard 114 millions, d’un cheptel important (bovins, camelins, caprins, etc.). Un pactole jugé scandaleux pour de nombreux observateurs internationaux, mais certainement sous-évalué pour d’autres. Si Issoufou Mahamadou a sous-estimé son sa fortune et son patrimoine immobilier comme il est permis de le penser, il ne peut toutefois effacer de la mémoire collective le vaste scandale qu’a été son règne décennal. Un règne ponctué de corruption et de détournements massifs des deniers publics, sur fond d’impunité pour les auteurs. Des affaires, on n’en compte plus et certaines ont pris, du fait de l’extrême gravité des faits, assimilées à la haute trahison.

Issoufou Mahamadou doit nécessairement être interrogé, un jour, sur sa responsabilité dans le scandale du ministère de la Défense nationale

Le scandale du ministère de la Défense nationale arrive sans doute en tête de ces scandales. Non pas parce que les montants mis en cause sont les plus élevés de tous les scandales financiers, mais parce que l’affaire comporte des implications humaines tragiques. Durant des années, en contexte de guerre contre des groupes armés divers appelés sous le vocable de groupes terroristes, des soldats nigériens, démunis d’armes adéquates pour leur mission, ont été massacrés par centaines. Ce sont des armes et munitions défectueuses qui ont été fournies à l’armée lorsque ce ne sont pas encore des marchés fictifs qui ont servi à faire sortir des milliards du Trésor national. Dans des confidences enregistrées à son insu et diffusées sur les réseaux sociaux, le ministre de la Défense de l’époque, Issoufou Katambé, estimait que les faits sont très graves pour ne pas valoir aux auteurs la peine capitale. Et pourtant, ni les auteurs, ni les commanditaires et complices n’ont eu à rendre compte. À la place de la procédure judiciaire, Issoufou Mahamadou a mandaté son directeur de Cabinet, l’actuel Premier ministre, Ouhoumoudou Mahamadou, de trouver les voies et moyens de régler l’affaire. Les préjudices financiers causés à l’Etat sont alors revus à la baisse et l’affaire a été vidée de son essence. Les centaines de morts subis par l’armée ? Tant pis pour Issoufou Mahamadou. L’uraniumgate est une autre affaire. Une affaire qui renseigne sur la nature de la gouvernance que Issoufou Mahamadou a incarné au cours des 10 années passées à latête de l’Etat. Manipulé et instrumentalisé, l’Etat du Niger, sous les auspices d’Issoufou, a été entraîné dans une sombre histoire de trading d’uranium. Pour le besoin de la cause qui a profité à des individus, en France et au Niger, Hassoumi Massoudou, l’actuel ministre des Affaires étrangères alors directeur de Cabinet d’Issoufou, a créé, sans base légale, un compte bancaire au nom de la Société nationale de patrimoine des mines du Niger (Sopamin). C’est à partir de ce compte bancaire créé auprès de BNP Paribas que vont transiter 200 milliards de francs CFA transférés à une société sise à Dubaï, Optima et dont un escroc international, est membre. Dans cette affaire qui a fait sensation au plan international, il n’y a toujours pas eu de vérité. Issoufou Mahamadou est resté égal à lui-même, observant un silence qui fait de lui, sinon un coupable direct, du moins un complice.

Pourquoi Issoufou Mahamadou s’est érigé en protecteur des auteurs de détournements de deniers publics ?

De l’avion présidentiel est un autre scandale dans lequel la main d’Issoufou est plus que visible. Son maître d’ouvrage, comme dans l’uraniumgate, c’est Hassoumi Massoudou alors directeur de Cabinet auprès de lui. Inscrit dans deux lois de finance, l’achat de l’avion présidentiel a également fait l’objet d’un don d’Areva, actuelle Orano, pour un montant de 17 milliards de francs CFA. La Cour d’appel de Paris a d’ailleurs confirmé une accusation de corruption contre les autorités du Niger. Malgré les milliards prévus dans deux lois de finance successives ainsi que les 17 milliards d’Areva, l’avion présidentiel a été finalement acheté à 21 milliards à crédit. Les montants inscrits au budget, deux années consécutives, et le don d’Areva ont pris une autre destination. C’est une affaire sur laquelle, malgré les documents compromettants publiés à l’époque par le Courrier, notamment les contrats signés, la lumière n’est toujours pas faite sur l’usage de ces fonds.

Là, aussi, Issoufou Mahamadou est resté de marbre.

Les affaires, il y en a à la pelle et partout, la main d’Issoufou est quelque part. S’il n’est directement vu à travers la main incriminée ¯ cas de son directeur de Cabinet à l’époque de l’uraniumgate et de l’achat de l’avion présidentiel ¯ l’ancien président s’est révélé le principal protecteur des auteurs des crimes incriminés. Pourquoi ? C’est la grande question à élucider.

Laboukoye