Intervention de SEM Seini Oumarou, Président de l’Assemblée nationale à la 2ème Assemblée plénière du Comité Interparlementaire du G5/Sahel, tenu à Bamako, Mali

«Mesdames, Messieurs, en vos grades titres et qualités respectifs

Je voudrais, avant tout, vous transmettre l’amitié et la considération de la Représentation nationale du Niger dans toutes ses composantes. Permettez-moi ensuite de m’acquitter de l’agréable devoir de remercier très sincèrement le Conseil National de Transition du Mali et singulièrement son Président, mon frère Malick Diaw, pour l’accueil chaleureux et fraternel dont ma délégation et moi-même avions bénéficié depuis notre arrivée dans cette agréable ville de Bamako.

Monsieur le Président,

Je voudrais ensuite rendre un vibrant hommage à l’ensemble du peuple malien qui a su engager et maîtriser des évènements aussi importants que ceux qui ont conduit à la présente transition qui augure des changements radicaux dans la gouvernance de ce pays frère. Permettez-moi donc de saluer respectueusement tout ce qu’il a fallu aux Maliens de patience, de courage et d’utiles compromis pour parvenir à la situation actuelle, situation porteuse de bonnes promesses. Notre souhait à tous est que votre démocratie sorte renforcée de cette transition afin que le Mali s’engage encore plus résolument dans la bataille pour un développement socioéconomique durable.

A cet égard, Monsieur Président, cher frère, je voudrais vous assurer de la disponibilité de l’Assemblée nationale du Niger à vous accompagner dans votre volonté affichée de contribuer à conduire la transition à bon port. D’ailleurs comment peut-il en être autrement quand on  connaît les relations fraternelles qui ont toujours existées entre nos deux peuples?

Distingués collègues, s’agissant du Comité Interparlementaire, je voudrais vous dire combien ma joie est grande de prendre personnellement part, pour la toute première fois, aux assises de cette organisation que nos institutions parlementaires ont lancé depuis bientôt trois ans afin de donner au G5 Sahel l’appui démocratique et populaire dont il a besoin pour mieux déployer son programme aussi bien civil que militaire. En effet, face à l’enthousiasme avec lequel les populations de notre sous-région ont accueilli l’avènement du G5 Sahel, nous nous devons de tout mettre en œuvre pour lui permettre d’atteindre ses objectifs, notamment, ceux d’un retour rapide de la paix au Sahel dans les conditions d’une stabilité économique ; ce qui rendrait vaine l’œuvre de sape des terroristes au niveau de notre jeunesse.

Nous devons donc agir ensemble pour lui donner les moyens de son ambition, afin que sur les différents théâtres d’opération la situation continue de tourner à l’avantage de nos Forces de Défense et de Sécurité. En effet, après de longs moments de doute, nous entrevoyons à présent le bout du tunnel. Il ne faut donc pas relâcher nos efforts afin de pérenniser nos victoires et faire en sorte que l’accalmie qui peut en résulter permette à nos compatriotes, réfugiés et déplacés internes, de regagner progressivement leurs terroirs d’origine.

Il faut donc encourager le G5 Sahel à mieux opérationnaliser sa force conjointe et à développer de nouvelles stratégies pour pousser l’hydre terroriste dans ses derniers retranchements. Nous devons donc continuer notre plaidoyer afin que la communauté internationale lui fournisse le soutien financier et matériel promis au moment de sa création. A cet égard, nous ne nous lasserons jamais de demander aux Nations-Unies de créer les conditions pour que la force conjointe du G5 Sahel puisse être assistée au moyen de son chapitre 7.

C’est à ce niveau que doit intervenir notre Comité Interparlementaire. Souvenons-nous, en effet, que nous nous étions donné la mission de faire du CIP un organe de veille, de conseil et d’information pour mieux créer une synergie d’actions visant à assurer la pérennité des programmes de développement et de sécurité que doit élaborer le G5 Sahel. Aujourd’hui, après trois ans, force est de constater que nous n’avons guère avancé. Certes des causes exogènes comme la pandémie du corona virus ou des changements de première importance survenus dans certains des Etats membres ne nous ont pas facilité les choses. Mais, pour autant, nous aurions pu mettre à profit les longs moments de léthargie engendrés par la Covid 19 pour accueillir dans nos rangs les parlements des pays de l’Alliance Sahel comme cela était prévu au départ.

«Face à l’enthousiasme avec lequel les populations de notre sous-région ont accueilli l’avènement du G5 Sahel, nous nous devons de tout mettre en œuvre pour lui permettre d’atteindre ses objectifs»

C’est dire alors, chers collègues, que nous devons utiliser le cadre de cette Assemblée plénière pour améliorer le fonctionnement de notre comité. Peut-être sera-t-il nécessaire de revoir à nouveau nos textes de base ; mais, il est certain que si nous voulons aller de l’avant il nous faut nous pencher sur des problématiques vitales comme la définition de la nature et de la portée des relations du CIP avec le Secrétariat exécutif du G5 Sahel car, il me semble que jusqu’ici rien n’est encore balisé. Les deux structures continuent à fonctionner sans véritable lien organique.

Il nous faut également nous pencher avec rigueur sur la problématique du financement de notre comité car, jusqu’ici, il n’a pu fonctionner qu’avec les cotisations que nous avons bien voulues consentir. Cela est insuffisant face aux ambitions que nous lui nourrissons. Il nous faut trouver de meilleures assises financières si nous voulons le voir mettre en œuvre l’ambitieux plan d’actions adopté à Nouakchott.

S’agissant de ce plan d’actions, je pense qu’il gagnerait à être rafraichi pour tenir compte de la longue parenthèse occasionnée par la pandémie évoquée plus haut. Il nous faudra notamment créer des passerelles avec toutes les autres composantes du G5 Sahel afin d’évaluer le chemin parcouru depuis 2018 et faire la cartographie de la situation sécuritaire dans l’ensemble de la zone sahélienne. L’autre défi qui nous attend également est celui de l’ouverture en direction des parlements des pays de l’Alliance et de ceux des voisins du Sahel qui souhaitent nous rejoindre au G5 Sahel et au CIP. Il me semble que nous avons tendance à oublier cet aspect

Monsieur le Président, Distingués collègues, pour aborder le thème de cette rencontre, ‘’Comment renforcer la participation citoyenne aux initiatives de développement et de paix ?’’, je dirai simplement que face à tous les sujets de la vie sociale ou politique, le parlementaire ne pourrait faire autre chose qu’exécuter avec diligence les trois missions principales dont les textes fondamentaux l’ont chargé, à savoir légiférer, contrôler l’action du Gouvernement et représenter les citoyens de base !

Dans le cadre de la mission législative, dans le contexte actuel, la vision doit être entièrement nouvelle. Il faudrait éviter toute routine dans l’examen des textes et adapter le travail législatif à la situation sur le terrain. Ainsi, pour ce qui est du cas du Niger, l’Assemblée nationale, tout en accordant au Gouvernement les moyens financiers conséquents dont les Forces de Défense et de Sécurité ont besoin, vote régulièrement les lois se rapportant à l’état d’urgence dans les zones les plus exposées afin de hâter la fin du conflit. Elle a également décidé de revoir l’ensemble de son projet législatif afin de prendre en compte les nouvelles exigences de la guerre contre le terrorisme et surtout le besoin impérieux de mettre à contribution la population civile. Il s’agira en un mot de tenir compte de notre état de guerre pour faire en sorte que les lois soient davantage orientées vers les impératifs de sauvegarde collective.

Dans le cadre de l’exécution de la mission de contrôle parlementaire, il faut également continuer à innover en dépassant les méthodes fondées sur des débats en plénière autour de questions dont les réponses, préparées à l’avance, ne renseignent guère sur l’état des situations concernées. Il faudrait que le contrôle se fasse de plus en plus sur pièce, au besoin en allant sur les lignes de front.

Pour ce qui est de la mission de représentation, les parlements devront dorénavant s’ouvrir davantage aux citoyens afin que de par la proximité régulièrement entretenue avec eux, ils les préparent mieux aux changements sociétaux indispensables à la riposte contre les forces du mal. C’est dans ce cadre que l’Assemblée nationale du Niger organise, depuis la dernière législature, des missions régulières de terrain. Ainsi, en 2020, l’ensemble des sept commissions générales permanentes avaient sillonné tout le territoire national pour sensibiliser les populations sur la paix, la sécurité, la cohésion et l’unité nationale avec pour objectif premier d’inciter les citoyens des villes et des campagnes à mieux collaborer avec les Forces de Défense et de Sécurité.

 En mon sens, le député, comme tout leader doit pouvoir influencer et motiver. En l’occurrence, il doit pouvoir préparer les citoyens au changement, les motiver pour participer aux transformations structurelles dont leur environnement a besoin, surtout quand il est aussi perturbé qu’à l’heure actuelle.

Monsieur le Président, au risque de me répéter, je dirai que face aux grands défis actuels qu’ils soient sécuritaires, économiques ou sanitaires, la mission du parlementaire est celle d’un leader résolu qui aide ses concitoyens à trouver le chemin critique pour résoudre par eux-mêmes les problèmes essentiels de leur vécu quotidien. Pour me résumer, je dirai que le parlementaire, de par son mandat populaire, est le meilleur vecteur, le leader intégré aux masses qui doit être à l’avant-garde de la lutte contre tous les fléaux qui nous assaillent.

Monsieur le Président, en remerciant à nouveau nos collègues maliens pour leur sens achevé de l’hospitalité, je souhaite de tout cœur que notre Assemblée plénière atteigne tous ses objectifs, notamment celui de donner au CIP l’orientation lui permettant de conduire à bon port son plan d’action.

Je vous remercie. ».

12 juillet  2021
Source : http://www.lesahel.org/