Installation de l’ancien président nigérien à Dakar : Issoufou Mahamadou a-t-il fui son pays ou contraint d’y partir ?

L’information, donnée par confidentiel Afrique, fait le buzz sur les réseaux sociaux. L’ancien président nigérien s’est récemment installé à Dakar, au Sénégal ; pour y passer le reste de sa vie. Un départ impromptu du Niger, préparé et effectué dans la plus grande discrétion. Et ce n’est qu’avec le voyage du Président Bazoum à Paris, effectué en vol commercial, que les Nigériens ont appris que l’ancien président a aussi quitté le Niger. Bien avant son successeur à la tête de l’Etat. Les Nigériens n’ont toutefois pas su le motif véritable de son voyage, encore moins sa destination. La surprise des Nigériens est, donc, totale en apprenant que l’ancien président s’est installé à Dakar pour y vivre le restant de ses jours. Une option qui a surpris plus d’un à l’étranger, l’ancien président ayant régulièrement prétendu, depuis 10 ans, qu’il a rendu d’énormes services à son peuple pour ne pas jouir d’une retraite parmi les siens. La fierté, ce serait de se promener dans les rues de Niamey, libéré de ses charges et heureux de faire quelques poignées de main chaleureuses, échanger un brin avec des citoyens reconnaissants, voire, de poser avec ceux qui le désirent. Un air de liberté et d’heurs dont Issoufou Mahamadou ne pourra profiter. Mais, pourquoi a-t-il quitté le Niger pour le Sénégal ?

La décennie vécue sous Issoufou a été plutôt pour les Nigériens un cauchemar politique, économique et social

Le destin serait-il en train de jouer un vilain tour à Issoufou Mahamadou ? Selon une certaine presse internationale, notamment les médias français, l’homme serait un président modèle qui mériterait d’être célébré par ses compatriotes. Une croyance entretenue à coups de décorations, de médailles et de prix divers dont le plus important est sans aucun doute le prix Mo Ibrahim. Une consécration internationale qui ne repose, cependant, sur aucun fondement crédible pour les Nigériens. Hold-up électoral, remise en cause des libertés publiques, détournements massifs des deniers et biens publics, corruption, trafic de drogue et d’armes, emprisonnements politiques, la décennie vécue sous Issoufou a été plutôt pour les Nigériens un cauchemar politique, économique et social. Il a tout détruit : école, santé, économie, cohésion sociale, démocratie, justice…, rien, absolument rien, n’a résisté à ses pratiques aux antipodes de la bonne gouvernance.

Issoufou Mahamadou n’a jamais fait la moindre allusion à une retraite en dehors du Niger où il a d’ailleurs construit de véritables palaces, à Illéla, mais surtout à Niamey

A-t-il fui son pays ou contraint d’y partir ? Le débat est en cours au Niger où l’on se demande ce qui a bien pu motiver ce départ précipité du Niger. Rien ne présageait ce départ du Niger. Issoufou Mahamadou n’a jamais fait la moindre allusion à une retraite en dehors du Niger où il a d’ailleurs construit de véritables palaces, à Illéla, mais surtout à Niamey. Récemment, lors d’un entretien accordé à un journaliste français, l’intéressé déclarait qu’il était hors de question pour lui de s’éloigner de la gestion des affaires publiques et qu’il serait là pour donner des conseils et dire des vérités à Bazoum Mohamed. « Son échec est le mien », a-t-il conclu. Pour les Nigériens, l’affaire est claire : Issoufou Mahamadou ne compte pas laisser son successeur gouverner à sa guise. Une perspective d’autant plus certaine que le gouvernement actuel est truffé d’hommes de confiance totalement acquis à l’ancien locataire du palais présidentiel.

Bazoum Mohamed, par de petits actes et propos, commence à inquiéter l’ancien président et tous ceux qui trainent des casseroles bruyantes.

À Niamey, il n’y a deux hypothèses. Pour les Nigériens, Issoufou Mahamadou a fui le Niger par peur d’être prochainement inquiété par la justice et de nourrir la jurisprudence des cas Abdoulaziz en Mauritanie et Zuma en Afrique du Sud. Bazoum Mohamed, par de petits actes et propos, commence à inquiéter l’ancien président et tous ceux qui trainent des casseroles bruyantes. La déclaration du Cen/pnds, rendue publique, le dimanche 11 juillet 2021, est symptomatique de cet état d’esprit. En rappelant, à l’attention de Bazoum, évidemment, la promesse faite lors de son investiture, les oligarques du parti rose entendent mettre les points sur les i. « Le programme électoral que j’ai soumis au peuple nigérien, sur la base duquel j’ai été élu le 21 février 2021, s’inscrit dans la continuité du travail remarquable accompli par le Président Issoufou Mahamadou. Il en consolidera les acquis en les approfondissant et il apportera les améliorations partout où cela s’avèrera nécessaire », ontils rappelé. Une mise au point qui a toutefois été enrobée dans une dialectique flatteuse pour le chef de l’Etat actuel.

Selon une source politique crédible, Issoufou a été contraint d’accepter cette retraite qui lui fait plus mal que tout

Issoufou Mahamadou, c’est bien possible, a été contraint de quitter son pays pour laisser le président actuel libre de gouverner comme il l’entend. Et n’en déplaise à ceux qui ont des inquiétudes à se faire dans le cadre de la lutte contre la corruption et les infractions assimilées, l’hypothèse d’une injonction des maîtres de conscience d’Issoufou Mahamadou est plus que probable. Selon une source politique crédible, Issoufou a été contraint d’accepter cette retraite qui lui fait plus mal que tout. Désormais, Bazoum Mohamed a théoriquement les coudées franches pour mener à bien sa croisade contre la corruption. Pour les partisans d’Issoufou, ce n’est qu’un éloignement virtuel. L’ancien président sera plus présent à Niamey qu’à Dakar où n’y vivra que son corps. Histoire de dire que tout son esprit sera tourné vers Niamey où il tentera des coups tordus pour se venger de son successeur. Quant à ses partisans, la prison est bien plus proche d’eux qu’ils ne le pensent, a prédit un observateur proche des milieux du pouvoir.

YAOU