Affaires scabreuses sous la présidence d’Issoufou Mahamadou : S’achemine-t-on vers l’audit des marchés de la présidence ?

L’affaire Ibou Karadjé défraie la chronique. Pas seulement parce qu’elle porte sur des milliards tirés des caisses de l’Etat durant de longues années par le biais de lettres d’autorisations de paiements (Lap) et autres moyens. Des mécanismes parfaitement légaux qui ne sauraient être possibles sans la complicité de grands commis de l’Etat disposant de pouvoirs de décisions pour soutirer ces milliards imputés à cet agent de la présidence de la République. Un simple responsable du matériel ! Interpellé et écroué pour malversations, Ibou Karadjé n’a pas traîné les pieds pour craquer. Devant la police judiciaire, celui qui se vantait d’avoir tant de véhicules de luxe sur fonds propres pour sa campagne électorale ¯il était candidat aux récentes élections locales et ne visait pas moins que le prestigieux poste de président du conseil de ville de Niamey ¯ a vite fait de cracher le morceau.

Il aurait cité les noms de plusieurs personnalités et cadres de l’administration financière dont ceux du Premier ministre actuel, Ouhoumoudou Mahamadou, l’ex-première dame, Malika Issoufou, l’ancien ministre délégué au Budget.

Une haute personnalité proche d’Issoufou Mahamadou a rencontré Ibou Karadjé peu avant son audition à la police judiciaire

Il y a quelques jours, Ibou Karadjé a été ramené de sa prison à la police judiciaire pour être réécouté. À l’occasion, une haute personnalité de la page tournée, précisément un ancien ministre des plus cotés auprès d’Issoufou Mahamadou s’est rendu à la police judiciaire. Sur place, il a eu un entretien d’une quinzaine de minutes à peu près avec le prévenu. La teneur n’a pas été révélée mais on imagine le contour des échanges intervenus entre Ibou Karadjé et ladite personnalité avant que l’audition de celui-ci ne débute. Peut-être une démarche visant à le rassurer pour qu’il ne balance pas les noms de certaines personnes-clés. Quoi qu’il en soit, il a suffi de quelques jours pour qu’une belle brochette de hauts fonctionnaires soient cueillis par la police judiciaire. Une vingtaine de personnes, dont le payeur général du Trésor. Pour le moment, on ne note aucune interpellation d’un ancien ministre. Pas même celle du secré- YAOU taire général du ministère des Finances ou encore celle de l’ancien ministre du Budget. Selon certains observateurs avisés, il ne faut pas espérer quoi que ce soit. Selon leurs dires, non seulement les véritables responsables ne trinqueront pas, mais ceux qui sont aujourd’hui enquiquinés ne seront jamais jugés. Un simple ballet diplomatique visant à amuser la galerie.

S’achemine-t-on vers l’audit de ces innombrables programmes et projets logés à la présidence uniquement pour un besoin d’enrichissement personnel ?

La gestion d’Issoufou Mahamadou est en fait un scandale permanent. Il suffit de gratter un peu pour révéler d’autres énormités. Pratiquement tous les grands projets et programmes étaient rattachés à la présidence. A dessein ! Les marchés les plus mirobolants étaient octroyés par entente directe. Une procédure frauduleuse qui a fait saigner les finances publiques autant que les pratiques mafieuses de Ibou Karadjé et ses complices. Entre autres, l’on se souvient de ce marché insolite de reprise de la peinture des murs de la présidence de la République qui aurait coûte plus d’un milliard de francs CFA. En attendant de connaître l’épilogue de l’affaire Ibou Karadjé, s’achemine- t-on vers l’audit de ces innombrables programmes et projets logés à la présidence uniquement pour un besoin d’enrichissement personnel ? Le régime semi-présidentiel sous lequel Issoufou Mahamadou a gouverné ne lui autorisait pas une telle concentration de programmes et projets alors qu’il n’est nullement responsable devant l’Assemblée nationale. Un principe parfaitement connu de l’intéressé qui a pourtant tout violé pour faire les choses à sa guise.

Yaou