Lettre au président de la République (BM) : "Monsieur le Président, On n’hésite pas sur le champ de guerre. Et la guerre, vous l’avez déjà déclarée"

 Vous avez dû remarquer que je vous concède volontiers le titre de président, sans anicroches, malgré la controverse liée à votre candidature, puis à votre élection à la tête de l’État. Ce n’est pas comme avec l’autre qui n’a rien de républicain et de national. Il avait une politique sectaire et ne respectait pas les principes chers à la République. Vous êtes naturellement différent avec l’autre et vos premiers pas autorisent un sérieux espoir de voir le Niger migrer rapidement vers le respect des principes républicains et la consolidation de l’unité nationale. Je sais que ce n’est si facile de se défaire d’une sangsue dans un marécage. Votre mission est délicate, mais avec un peu de cran et de perspicacité, vous la réussirez. Votre mission est délicate parc qu’il vous faut aller vite pour ne pas décevoir l’espoir que vous avez laissé entrevoir depuis cinq mois tout en sachant où vous mettez les pieds, car vous marchez sur des oeufs. La lutte contre la corruption que vous vous êtes engagé à mener sans faiblesse n’est pas, vous le savez, du goût de l’autre. Si vous voulez engranger des victoires et remettre l’État dans ses droits, sachez que vous n’avez pas le droit de tergiverser, de louvoyer. On n’hésite pas sur le champ de guerre. Et la guerre, vous l’avez déjà déclarée. Or, une fois que la guerre est déclarée, les réflexions se font à la vitesse des évènements qui s’enchainent et les décisions se prennent aussitôt. Dans le cas d’espèce, je considère que votre discours d’investiture et particulièrement ce que vous avez déclaré à propos de la lutte contre la corruption a été le fruit d’une réflexion approfondie, l’aboutissement d’une analyse de la situation socioéconomique de notre pays. Je présume que vous savez parfaitement à quoi vous avez décidé de vous attaquer. Généralement, ceux qui sont impliqués dans la corruption ne sont pas des garçons de choeur. Ils n’hésiteront pas à sévir, y compris contre vous.

Certains, je ne sais pour quelle motivation, estiment que vous rusez et qu’au fond, vous êtes, sinon complice pour pouvoir entreprendre quoi que ce soit contre les figures de proue de ce fléau, du moins incapable de mener la lutte contre la corruption. Vous le savez pour l’avoir expliqué de long en large dans les colonnes du Sahel dimanche, tout se tient : corruption-trafic de drogue-terrorisme, la quadrature du cercle infernal qui nous enlève, depuis si longtemps, des vies humaines par centaines et qui menacent en définitive l’existence-même de notre pays dans ses frontières connues. Moi, j’ai perçu chez vous, dans ce contexte politique qui ne milite pas forcément pour vous, une lueur de sincérité et de volonté pour remettre les pendules à l’heure. Cela, je l’ai perçu sur la question de la lutte contre la corruption, tout comme je l’ai relevé dans la guerre contre les forces armées terroristes. Vos déplacements à Diffa et à Tillabéry traduisent sans aucun doute une volonté de rupture d’avec ce qui a prévalu durant 10 ans, sous l’autre. Vos engagements pris devant l’armée, je l’ai appris, sont en train de prendre forme, donnant ainsi naissance à l’union sacrée et à la concordance des vues qui ont terriblement manqué avec votre prédécesseur, plus attaché à des choses tordues qu’à servir son pays.

Monsieur le Président,

Je le répète, vous êtes sur la bonne voie. Mais il faut faire très attention à vos arrières. N’oubliez jamais, pour quelque raison que ce soit, que votre lutte contre la corruption, tout autant que votre politique sécuritaire ou encore votre respect des libertés publiques, n’est pas du goût de l’autre. Et lorsque j’ai appris que vous avez la ferme intention d’élargir de prison tous les prisonniers politiques afin de créer la détente et les retrouvailles politiques nécessaires à un nouvel ordre démocratique respectueux des lois et règlements de la République, je me suis dit que vous êtes certainement dans la bonne voie. C’est une parenthèse malheureuse qu’il faut fermer pour ne pas commettre l’erreur monumentale de l’autre qui a cru que, pour s’élever et avancer, il lui faut piétiner, écraser les autres et ruiner le pays. Vous le savez bien, ce n’est pas ça, le leadership.

Je sais, pour avoir échangé avec des gens qui vous sont proches, que votre profond désir est de gouverner autrement que l’autre et que vous avez bel et bien l’intention de faire libérer tous les prisonniers politiques. Vous le permettraient-ils seulement ? Je ne crois pas. Je veux dire qu’ils verraient ça d’un très mauvais oeil et vous feraient une vilaine “guerre”. Si vous allez jusqu’au bout de votre logique en procédant à la libération des détenus politiques, vous allez sans doute réussir le formidable pari de réconcilier les Nigériens avec euxmêmes, de briser le carcan dans lequel l’autre les a enfermés. Si vous maintenez cette situation qui est antérieure à votre accession au pouvoir, ne soyez pas surpris de constater le traitement peu amène que vous réserveront vos compatriotes.

N’oubliez pas non plus que pour votre camp politique, vous n’avez pas le droit de vous émanciper de l’autre. Si vous libérez les prisonniers politiques, ce qui vous apportera tout ce que à quoi l’autre n’a pu accéder avec le peuple nigérien, sachez que la guerre, votre propre camp politique vous la livrera sans faiblesse. Vous aurez tort dans ce cas, parce qu’à la tête de l’État, de minimiser les capacités de nuisance de ceux qui, je l’ai appris, vous vouent déjà aux gémonies. Notre pays, il faut vous en souvenir, ne peut continuer dans cette politique sectaire et votre engagement, s’il est tenu, sera certainement inscrit en lettres d’or dans l’Histoire politique de ce pays.

Monsieur le Président,

J’ai eu écho de votre réunion sur la gouvernance économique et la lutte contre la corruption et je dois vous avouer que je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Car, à moins que vous n’ayez décidé d’absoudre ceux qui sont cités dans les dossiers que vous connaissez, vous ne pouvez convaincre vos compatriotes sur votre bonne foi. Vous ne pouvez pas, à moins de vouloir amuser la galerie, faire la lutte contre la corruption avec des individus qui sont cités dans certains dossiers. Sauf votre respect, je me vois dans l’obligation de vous dire que l’équilibrisme est un bien mauvais jeu dans tout ce qui est lié à la justice. Ne tergiversez pas, agissez. Ne vous méprenez surtout pas sur le compte de l’autre.

De quelque façon que ce soit, votre succès est le piment dans ses yeux. Or, j’ai remarqué que, vos déplacements à Diffa, dans l’Anzourou, votre lutte contre la corruption ainsi que la manifestation pacifique à Tillabéry pour le retour à la paix et à la sécurité sont autant de succès qui ont dû crever les yeux à l’autre. Prenez des résolutions fermes et avancez selon votre conscience. Seul le peuple peut vous juger.

Mallami Boucar.