Editorial / Remise en cause de notre souveraineté… : Par Elhadj Omar CISSE

Les pays africains francophones, dans le principe, depuis 1960, et un peu avant pour un autre, la Guinée-Conakry en l’occurrence, sont indépendants, vivant depuis leur souveraineté, souvent sans savoir le poids d’une telle responsabilité, celle notamment de se prendre en charge pour assumer dignement leur nouvel état d’Etats souverains, libres, et libérés. Au lieu d’un élan d’orgueil que commandait la libération, beaucoup de dirigeants, rabaissés par leurs complexes, eurent peur de l’indépendance et, incapables de supporter le sevrage pour aller à la dignité, trouvèrent le moyen, sous le prétexte de la coopération bilatérale avec l’ancien bourreau pour assoir un assistanat fait d’aides intéressées, de perpétuer la domination et l’exploitation. Après plus de soixante années d’indépendance, il est malheureux de constater que cette indépendance que d’aucuns disent dépendantes continue de subir les interférences inadmissibles d’une France qui tient mordicus à agenouiller cette partie du continent qui a eu la poisse d’être sous son joug par les choix de l’Histoire.

Depuis quelques jours, l’on ne peut que se rendre compte à quel point ces indépendances acquises et célébrées dans le faste n’étaient que mensonge et parodie, donnant ainsi raison à ceux qui, depuis 1960, faisaient entendre que ces indépendances n’en étaient pas une et que l’indépendance – la vraie – est à reconquérir, et à réinventer. Passé le temps des contrats miniers léonins que la France colonisatrice pouvait manigancer avec des régimes corrompus et des dirigeants acquis à sa cause quand ce n’est pas elle-même qui les installe pour ses propres intérêts, aujourd’hui pendant que d’autres partenaires sont venus l’évincer sur cet terrain avec des mines qu’elle croyait pouvoir garder dans l’ignorance des peuples qui en sont riches pour les exploiter selon son agenda afin d’assurer sa survie et celle des générations futures qui devront perpétuer sa prédation sur le continent, l’Afrique pend conscience de son jeu nocif et décide peu à peu de s’affranchir de cette Franche-là, de se libérer d’elle et de contracter de nouvelles amitiés bâties sur le principe du gagnant-gagnant. Au Niger, alors qu’elle pouvait toujours prétendre que le pétrole qui se trouve sous le sous-sol ne serait pas commercialisable pour envisager une exploitation rentable, d’autres peuvent s’y intéresser et découvrir le potentiel. Et voilà que, maintenant par ses calculs cyniques le Niger dans la pauvreté, les Chinois arrivent avec une expertise nouvelle qui, prospectant le terrain, voit et convainc Tandja Mamadou alors président de la République à exploiter l’or noir nigérien. Ses larbins nigériens, à l’époque, pouvaient même se rire de la découverte et dire à qui veut les entendre que les Chinois n’auront vu que de l’eau sous le sol nigérien, mais jamais du pétrole comme ils le prétendaient. On peut d’ailleurs rappeler en plus que pour l’uranium, alors que Tandja – lui toujours – cherchaient d’autres partenaires pour exploiter d’autres gisements d’uranium, comment la France s’est agitée pour revenir en force avec le projet Imouraren, évitant de justesse l’irruption de la Chine dans cet autre domaine que, visiblement, la France n’entend pas laisser à personne. Elle miroita de gros projets, de belles perspectives et provoque de gros rêves pour un peuple qui rêve de sortir de la misère par ses potentialités dont elle ignore jusqu’ici l’importance. Profitant de la Chine qui s’en est éloignée, la France qui n’était pas prête à exploiter, usant de sa presse, fait croire qu’il y a eu des erreurs et des mensonges sur l’importance surestimée du gisement d’Imouraren, pour finalement renoncer à l’exploiter à la date prévue, le remettant au calendre grec car entre temps, l’ami socialiste arrive au pouvoir, ancien cadre d’AREVA, aujourd’hui Orano, qui pouvait lui servir d’homme de main pour continuer à préserver ses intérêts géostratégiques dans le pays.

La contrepartie d’un tel engagement on la connait, c’est cette indulgence agaçante à son égard nonobstant une gouvernance chaotique qui ignore tout des droits humains, de la bonne gouvernance économique, sociale et politique au Niger.

Depuis quelques jours, se trouve sous les feux de la rampe la volonté des nouvelles autorités maliennes qui, tirant le bilan d’une décennie désastreuse pour le pays d’une coopération militaire avec la France, ont cru bon, jouissant en même de la souveraineté du pays, de contracter une alliance avec le groupe russe Wagner. La décision est souveraine mais la France ne l’entend pas ainsi même lorsque le gouvernement malien sort une déclaration pour dire qu’il n’entend pas se faire dicter ce qu’il doit faire à son peuple, lui qui reste seul comptable devant lui et devant Dieu. La France ne l’entend pas de cette oreille, et croit qu’elle est le même colon, et pour ce, ameutant sa presse, et ses alliés européens et l’Unions européenne, elle mondialise la petite décision d’un petit pays qui se cherche depuis près d’une décennie à trouver les chemins de la paix que la France et son armée et tous ses moyens ne purent lui apporter.

Il n’est que choquant d’entendre certains pays, instrumentalisés par la France, dire qu’ils n’accepteront pas que Wagner rentre au Mali comme si ce pays leur appartient et qu’il ne devrait plus être libre de ses choix, quitte à assumer les conséquences face à l’Histoire ? On peut comprendre le sursaut d’orgueil et de patriotisme qui s’empare depuis quelques jours du peuple et de ses dirigeants qui n’entendent céder à rien jusqu’à ce que, face au fait accompli, l’Europe se décide à attaquer le Mali pour l’occuper maintenant de vrai et par la force. C’est à croire que nous avons quitté notre siècle pour rentrer au 16ème. C’est terrible ce qui nous arrive, et si Sankara, Kadhafi, Lumumba, Alpha Condé, Idriss Déby ont payé pour avoir cette ambition de « casser le cordon ombilical » avec cette France « pauvre » qui veut se servir de l’Afrique pour survivre dans une Europe où, exploitant ses anciennes colonies, elle ne peut s’en priver pour s’y maintenir comme puissance et ce tant que des Africains pouvaient être lâches pour se mettre à ses pieds. Il faut espérer que l’Afrique ne manquera pas de filles et de fils dignes, quel que soit le prix à payer pour prendre le risque de leur liberté afin de s’assumer fièrement, face au monde, dans le monde. On comprend d’ailleurs que cet activisme de la France autour de la décision du Mali agace nombre d’Africains. La France, peut-elle savoir plus que le Mali, ce qui fait du bien aux Maliens pour croire qu’elle ait plus droit à décider pour eux, à leur place ?

Nos dirigeants sont des dirigeants responsables qui, pour ne pas être balayé par le vent de l’Histoire, savent qu’ils doivent désormais savoir écouter les peuples. Nous les voulons dignes de leurs fonctions, non pour être des sous-préfets de la France.

L’heure est venue pour l’Afrique – francophone surtout – de se lever pour son indépendance véritable et elle ne doit pas oublier qu’il y a un prix à payer pour cela. Elle doit courageusement le consentir pour être digne et fière d’elle-même. Une conscience nouvelle est en train de germer sur le continent avec une nouvelle génération sacrifiée qui a compris que les aînés ont trahi pour avoir joué au collabo. Beaucoup d’intellectuels et d’activistes jouent à l’éclosion de ce nouvel esprit, à cet éveil des consciences pour la grande et proche révolution. Et pour cela, les peuples doivent s’approprier la démocratie et refusant qu’un autre, qu’il soit de l’intérieur ou de l’extérieur, ne lui dicte ou impose des choix. L’Afrique est suffisamment majeure pour savoir ce qui fait son bonheur. N’est-ce pas pourquoi, luttant intelligemment contre les mêmes forces maléfiques, elle cherche à avoir sa propre monnaie, et avec elle, le pouvoir et la maitrise de son économie ?

Il est temps de se réveiller.

L’Afrique, enfin, arrive…

Par Elhadj Omar CISSE