Contrôle Technique Automobile au Niger : L’histoire d’une tragédie nationale !

Un temps, dans la capitale, les automobilistes étaient sur le gril du fait de l’exigence par la Police de la fameuse attestation de contrôle technique automobile. Aussitôt, les gens se ruèrent vers la Société Nigérienne de Contrôle Technique Automobile (SNCA), sise à la zone industrielle, dans l’enceinte du Centre Technique du Permis de conduire, afin de se faire établir le précieux document. Mais, à la surprise générale, le Ministre des Transports, Alma Oumarou, prit un arrêté pour suspendre l’exigibilité du contrôle technique automobile. Ce fut alors la confusion la plus totale dans la gestion d’un document aussi important dans la promotion de la sécurité routière au Niger. Mais, pour bien saisir les tenants et aboutissants de cette histoire de contrôle technique automobile, il serait judicieux de procéder à quelques rappels historiques importants.

De la mise en concession du contrôle technique automobile

Dans le cadre d’une meilleure politique en matière de sécurité routière dans les huit (8) pays composant l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), la Directive n° 16/2009/CM/UEMOA, du 18 septembre 2009, portant contrôle/inspection technique des véhicules en circulation, a été adoptée par les Etats-parties à ce traité. L’Etat du Niger a transposé cette Directive communautaire en arrêté, n°0028/MT/DTT/MF, du 10 mai 2010, instituant une visite technique automobile au Niger.

L’objet principal de la nouvelle mesure porte sur la vérification de l’état et de la conformité des organes et éléments du véhicule. Cette mission a été, naturellement, confiée au Ministère des Transports qui disposait, à l’époque, du matériel et du personnel qualifié pour effectuer ce genre de travail. Ainsi, cette vérification technique se fait, à Niamey, au Centre Technique et de Perfectionnement du Permis de conduire, situé à la zone industrielle, et dans les régions et départements, dans les représentations du Ministère des Transports.

Cependant, après plusieurs enquêtes réalisées par d’organismes agréés, le constat s’est dégagé de l’ineffectivité de cette norme, du fait du laxisme des services techniques de l’Etat chargés de son application. L’option de la mise en concession a donc semblé le meilleur moyen possible de rendre la mesure plus effective et plus efficiente pour l’amélioration de la sécurité routière au Niger. Il a été ainsi procédé à un appel d’offres national pour retenir le meilleur des soumissionnaires capables de répondre aux exigences du DAO (Dossier d’Appel d’Offre). Après dépouillement, c’est le sieur Ibrahim Beidari, ancien Administrateur converti aux affaires, qui a été retenu comme concessionnaire de la visite technique automobile au Niger. Dans un premier temps, la concession concernait uniquement la région de Niamey, les autres régions continuant à faire la visite dans les centres régionaux du Ministère des Transports. Faut-il le rappeler utilement, ce contrôle technique automobile ne concerne pas seulement les véhicules de transport public, mais vise aussi les véhicules particuliers qui doivent également participer à l’amélioration des indicateurs de sécurité routière.

Pour remplir sa mission, la SNCA s’est dotée d’un matériel technique de contrôle performant acheté à prix d’or et installé dans l’atelier du contrôle de Niamey. D’ailleurs, une mission d’experts en sécurité routière dépêchée par la Banque mondiale, en 2013 et 2014, avait relevé dans son rapport final que le matériel de contrôle technique la SNCA était de très bonne qualité au regard de ceux des autres pays de l’UEMOA. Il ne restait, alors, plus qu’à commencer le travail. Mais, à c’est à ce niveau que tout se joua pour le concessionnaire face à l’entreprise de sape que certains hauts cadres du Ministère des Transports ont décidé d’engager contre le Directeur Général de cette société, probablement, pour  une histoire de pots-de-vin qu’ils auraient demandés à ce dernier. Dur à cuir, Ibrahim Beidari resta droit dans ses bottes et se mit rapidement au travail. Patatras, un surprenant communiqué du Secrétaire Général du Ministère des Transports de l’époque intervint pour suspendre l’application… d’un arrêté ministériel. Ce fut alors le début d’une longue guerre déclarée entre ces cadres revanchards et le DG de la SNCA, créant ainsi une situation délétère qui n’aura jamais permis à cette société de fonctionner correctement. Aujourd’hui encore, les stigmates de la guerre ne sont pas prêts de se cicatriser, car, une fois de plus, la SNCA vient de faire les frais du coup de poignard du Ministère de tutelle. Pourtant, avec l’avènement de la carte-grise biométrique intervenu en 2016 (une autre mise en concession), confiée à une société privée de la place, le certificat de contrôle technique est une pièce du dossier à fournir pour obtenir la nouvelle immatriculation. A ce niveau aussi, on réussit à contourner, en catimini, la SNCA, en faisant établir ce certificat par cette société, en violation flagrante de la convention de concession conclue entre l’Etat du Niger et la SNCA. Entre-temps, cette société concurrente était devenue, en quelque sorte, la nouvelle chasse gardée de certains cadres du Ministère des Transports pour s’arrondir des fins de mois.

La SNCA victime de la cupidité vorace des cadres du Ministère de tutelle

Comme on le voit, en dépit de l’impératif de plus de sécurité routière recherché à travers l’institution de la visite technique dans notre pays, les pouvoirs publics nigériens se sont montrés peu responsables dans la mise en oeuvre effective de cette norme importante. En effet, comme vous le savez déjà, le Niger détient le triste record mondial des accidents routiers, établi, chaque année, par l’Agence Internationale sur la Sécurité Routière, en paradoxe avec son faible parc  automobile national. Or, parmi les causes de ces accidents routiers, on note l’état du véhicule selon le schéma classique ternaire de facteurs de risques d’accidents de la route IVE (Individu-Véhicule-Environnement). Lorsque les organes et les éléments du véhicule ne sont pas en conformité avec les normes-standards (roues, feux de signalisation, rétroviseurs, système de freinage, ceintures de sécurité), il est évident que cela constitue des facteurs de risques importants d’accidents de la route. C’est pourquoi cette visite revêt une importance capitale dans la prévention de l’insécurité routière. Mais, au Niger, on n’en a cure, l’objectif étant de tout faire pour mettre les bâtons dans les roues de la SNCA afin qu’elle ne puisse jamais mettre en oeuvre le cahier des charges, pour qu’à terme, la convention de concession puisse être résiliée. C’est à cette entreprise de sape que se livrent, depuis des années, ces saboteurs tapis dans les sphères décisionnelles de ce ministère en situation de mort cérébrale depuis que l’essentiel de ses attributions traditionnelles lui a été, progressivement, retiré pour être concédées. C’est ce qui explique, sans doute, tous les déboires actuels de la SNCA, que l’on cherche à tout prix à étouffer, juste pour des intérêts égoïstes personnels de la part de cadres pourris qui ont pris en otage le Ministère des Transports. Quant au Ministre arrivant, Alma Oumarou, le virus de la nuisance lui aura été inoculé pour continuer l’oeuvre de liquidation de la SNCA, car c’est désormais une tradition consacrée dans ce ministère de précipiter, chaque jour, cette société vers le dépôt de bilan.

Mais, Dieu, le Tout-puissant, saura certainement reconnaître les siens et ne permettra jamais aux saboteurs de tout acabit de l’emporter dans cette affaire, amen !

Affaire à suivre !

Dan Mallam