Entretien : Quand Ouhoumoudou sort des bois et de ses timidités

En fin de semaine dernière, le premier ministre qu’un PNDS a imposé au nouveau magistrat, connu pour être un homme réservé, assez taciturne, peu bavard, très discret, poussé par les sujets de l’actualité pour lesquels, pour sa proximité avec les centres de décision de l’ancien régime et pour les rôles qui étaient les siens, a fini par sortir des bois pour dire sa « vérité » car à tort ou à raison, il a été accablé par la rumeur, de s’être sali dans bien d’affaires sulfureuses qui éclaboussent aujourd’hui, le système mis en place par l’homme qui lui voulait tant de biens et qui peut, après ses premières gaffes en tant que ministres des finances pour lesquelles, l’opinion a fini par avoir sa tête, le recruter, pour lui trouver une place sous son ombre dans son cabinet, comme bras droit, travaillant dans auprès de lui, sans doute pour être au parfum de tout ce qui se trame autour du pouvoir, devenu, quand on regarde le cercle qui le forme, une affaire de famille et de clan.

Une nouvelle affaire sous leur gestion, alors qu’il est propulsé premier ministre de la République du Niger depuis quelques six mois, est depuis des semaines sur la sellette pour perturber son sommeil pendant qu’il est porté au sommet de ses rêves pour occuper une place dans laquelle on ne l’a pas vu venir, et ce à un moment où il semble être au faîte de sa gloire. L’affaire Ibou Karadjé – puisqu’il faut la nommer – depuis des jours fait grand bruit, dérange certains milieux de l’ancien régimes qui, sans doute agacé par le tollé général de débats qui n’en finissent pas, affichent un profil bas, perdant depuis peu, les arrogances qu’ils ont à narguer les Nigériens. Dans cette affaire, se fondant sur des révélations croustillantes pour la presse de l’acteur principal du crime, Ibou Karadjé en l’occurrence que certaines presses prétendent tenir en exclusivité de la part de sources fiables et concordantes, l’on apprend que le prisonnie devenu encombrant pour le nouveau régime, accablerait l’ex-DIRCAB d’Issoufou Mahamadou, aujourd’hui premier ministre par la grâce de qui vous savez. De la PJ à la prison civile de Say, jusqu’à la prison de haute sécurité de Koutoukalé, l’on aura tout appris, et notamment un certain nombre de personnalités de premier plan de l’ancien régime qui se seraient compromises dans le crime. La semaine dernière, un journal de la place croit d’ailleurs détenir la liste de ceux qui ont bénéficié des largesses de l’homme hier adulé pour ses hauts faits de conquête de l’électorat de Niamey, entreprise dans laquelle il n’a pas prospéré, incapable de faire bouger la représentativité de son parti dans la capitale, malgré peut-être, la gentillesse qui lui avait été faite, de se servir de fonds publics indument engrangés pour mener l’offensive et la conquête de Niamey, le bastion qu’Issoufou souffrait de ne pas avoir.

Ouhoumoudou Mahamadou, pour certainement taire les rumeurs persistantes de son implication dans l’affaire, a cru bon d’oser la dernière sortie médiatique, pour s’inviter sur le plateau de Télé Sahel, l’organe d’Etat, afin, peut-on l’imaginer, de se blanchir de ces rumeurs, de ces accusations agaçantes. L’homme a donc parlé et dans tout ce qu’il a pu aborder comme sujets, seuls deux semblent intéresser les Nigériens, du moins, les réseaux sociaux. Tous les autres sujets qu’il a abordés ne sont considérés par les Nigériens que du blabla car les problèmes du pays sont si profonds que le peuple attend plus que des mots, plus que des discours, des actions, surtout lorsqu’ils ne touchent pas aux vraies plaies du pays.

Du premier sujet…

Comme il fallait s’y attendre, l’homme ne pouvait pas ne pas parler de l’ancien chef du service transport de la présidence, le sieur Ibou Karadjé qu’il ne peut pas ne pas connaitre quand on sait que par le poste qu’il a occupé, il reste un acteur qui travaille sous son autorité et dont il ne peut pas ne savoir le train de vie qu’il mène depuis des années et que rien, ni ses revenus légaux ni les privilèges liés à ses fonctions, ne peuvent justifier. Qui n’a pas entendu parler de cet homme, au coeur de son empire au quartier Karadjé, jouant à la nouvelle vedette du quartier ? Si des gens avaient été responsables, sans doute que le train de vie qu’il mène là allait les tiquer pour investiguer sur la provenance douteuse de ses revenus colossaux, mais on s’est, à dessein sans doute, tu pour le laisser faire. L’homme jouait avec de l’argent et tout le monde, à Niamey le savait. Mais tout le monde a également compris qu’il bénéficiait des complaisances du système de l’époque pour s’autoriser ces extravagances, cette vaste prodigalité ruineuse qu’aucune fortune normale ne peut justifier et supporter. Tout le monde avait compris que l’homme était en mission et que pour avoir échoué son job, il devrait payer. Là est, pour beaucoup d’observateurs le sens du drame que vit le veinard qui pouvait entrer dans les bonnes grâces des Guristes qui se servaient de ses audaces et de son immaturité politique, caché derrière lui pour croire qu’on ne pouvait pas les voir dans le système de prédation qu’ils mettaient soigneusement en place. Pourquoi avoir laissé faire ? N’est-ce parce que l’on sait d’où lui vient cette fortune et surtout pourquoi il pouvait tant s’investir et investir dans le quartier : reprendre Niamey à l’opposition, tout au moins, la rive droite, objet de convoitise politiques depuis des années. Hélas, son hameçon ne prit pas. Ce que les populations voulaient va au-delà du matériel et de l’argent : elles veulent, pour leur dignité, qu’elles soient respectées, qu’on leur reconnaisse leur place dans la cité. Et elles étaient prêtes à tout perdre pour ça, mais jamais leur dignité.

Les Nigériens ont bien entendu les noms qui sont cités dans le dossier et le premier ministre doit se rassurer qu’une sortie médiatique ne saurait pour autant l’en disculper, en tout cas jusqu’au niveau où se trouve le dossier aujourd’hui. Par la communication qu’il a faite, on comprend qu’il s’en éloigne, prenant soigneusement ses distance avec le prisonnier, le qualifiant désormais d’« individu qui [aurait] imité des signatures, fabriqué de faux cachets pour faire des opérations au niveau des finances ». C’est vrai, c’est une vaste escroquerie sur laquelle, des zones d’ombre planent encore. Ouhoumoudou a donc parlé et on peut croire que les autres sujets abordés qui n’ont d’ailleurs pas convaincu et intéressé les Nigériens ne servent que d’alibis pour s’expliquer sur un sujet dans lequel, pour avoir été un des responsables et hommes de confiance d’Issoufou, l’on le suspecte d’avoir une main complice dans cette scandaleuse affaire. La messe est ainsi dite, car par cette déclaration, l’on peut croire que l’homme a perdu sa sérénité et que profitant de sa position, il pourrait croire que par son démenti, sa part de vérité pouvait élucider l’énigme et lui éviter une place dans le dossier judiciaire. Loin s’en faut. Parler à la radio et à la télé, ne peut donc pas le tirer d’affaires. La meilleure tribune pour se défendre, il le sait, ce n’est pas sur un plateau de télé, mais plutôt devant un juge, à la barre. Cet activiste blogueur n’a peut-être pas tort de dire qu’« il a raté une bonne occasion de se taire » à propos d’un sujet qui est en instruction. Son appréciation du dossier qui n’est qu’une dangereuse interférence politique et une simplification du problème  n’a convaincu aucun Nigérien car s’il était possible pour tous, de venir donner sa version sur un plateau de télé, on conviendrait que personne n’ira devant un juge, a fortiori en prison. C’est au juge, en fonction de la déposition de l’acteur principal du « polar » de savoir qui interroger et sur quel aspect l’interroger afin de faire la lumière sur l’affaire. L’affaire, pour ainsi dire, n’est qu’à ses débuts avec toutes les tentatives d’étouffement qui semblent n’avoir pas prospéré surtout lorsque, le faisant, des gens pourraient avoir demandé à cet Ibou qui n’est qu’un instrument, d’accepter de payer seul pour tous et notamment pour la gent politique dont le rôle n’est pourtant pas à négliger et ainsi protéger toute la pègre qui foisonnait au coeur du pouvoir d’Issoufou. La communication du premier ministre, comme on peut le voir, ne peut éteindre le débat sur le sujet. Il n’y ajoute que flou surtout lorsque, l’on s’en souvient, le syndicat du trésor sortait aussi pour dénoncer la partialité du traitement du dossier, refusant que ses seuls militants dont on s’est servi de la soumission pour opérer le crime soient les seuls à payer dans le vaste « braquage » du trésor national.

D’un prétendu rapprochement entre le PNDS et le Moden Fa Lumana

A ce niveau il y a à faire quelques mises au point. D’abord, il faut faire cette nuance entre le PNDS et Bazoum Mohamed pour comprendre que le rapprochement que certains milieux du PNDS redoutent, pourrait ne pas dépendre que des deux partis, et pourrait alors plus dépendre d’un homme, de celui qui détient le pouvoir aujourd’hui n’en déplaise à certains suppôts de l’ancien président, et de Hama Amadou et que même si cela devrait arriver, ce ne sera contre personne, pas même contre ce PNDS, mais seulement pour le Niger qui a aujourd’hui besoin de paix et de stabilité. Du reste, dans beaucoup de pays, c’est cette sagesse qui prédomine notamment dans la sous-région où par les crises qui se tassent, bien de gouvernements étaient revenus à de meilleurs sentiments pour travailler à apaiser et à réconcilier. Mais il faut reconnaitre que l’homme a quand même fait preuve de tact pour ne pas aborder le sujet avec les mêmes arrogances avec lesquelles certains de son camp, dès lors qu’il s’agit du Moden Fa Lumana et de Hama Amadou, ont habitué les Nigériens. Aussi, doit-il comprendre que même premier ministre de Bazoum Mohamed, il ne saurait être son homme de confiance pour avoir toute la quintessence de la gouvernance qu’il ambitionne pour le Niger car il le sait naturellement plus dévoué à l’autre qu’à lui. Pour cette raison, sans doute que Bazoum pourrait, dans ce mariage forcé avec ce camp qui ne répond que d’Issoufou et qui l’avait bien combattu, avoir mille raisons, de se méfier de lui pour ne pas le mettre au secret de toute son action. En tant que philosophe, il sait bien qu’il doit plus craindre l’adversité interne que celle, toute naturelle, que lui impose sur l’échiquier des choix idéologiques assumés et divergents. Ouhoumoudou le sait pour ne pas trop se hasarder sur le sujet pour ne pas apprécier avec trop de subjectivité ce qu’il appelle une « rumeur ». Aussi s’en tient-il au propos tout aussi trop politiques du Secrétaire Général du parti de Hama Amadou qui informait l’opinion, à travers une interview dans un quotidien privé, que son parti ne se cache pas pour nouer des alliances et que s’il devrait le faire, c’est à visage découvert qu’il le fera.

Il est clair que personne n’a tort d’avoir ces prudences pour aborder une question aussi sensible, et hautement politique dans un Niger si divisé. Cependant, tous savent bien que la politique est un jeu de subtilité qui ne se fait pas toujours, et pour des raisons que tout le monde peut comprendre, à ciel ouvert, l’action souterraine prenant souvent le dessous. Mais le temps, ne tardera pas à dévoiler des secrets, notamment ce qu’on appelle dans le jargon politique, des secrets d’Etat. Et ça, ça ne va pas toujours, et tout de suite, tout le monde le sait aussi, sur un plateau de télé.
C’est ça la vérité. C’est ça la politique.

ISAK