Bicephalisme au sommet de l’Etat : Le Niger est-il devenu la propriété d’Issoufou ?

 

Le Niger serait pour la France, non pour l’Afrique et les Nigériens, un modèle de démocratie que le président français et son ministre des Affaires étrangères peuvent, à l’union, célébrer, ne tarissant pas d’éloge pour une démocratie qui, en vérité, n’en est pas une. Le deuxième flatteur ayant visiblement des pouvoirs de géomancie peut même prédire l’exemplarité de cette démocratie alors même, lorsqu’il fit la révélation ahurissante, les élections ne s’étaient pas encore passées dans le pays, pour proclamer que l’alternance serait la meilleure. La France, veut-elle encourager chez nous de telles élections de la déchirure, de la brutalité aussi ? Et pour quel intérêt ? On sait. Elle veut le désordre chez nous. Notre stabilité ne devrait pas faire son affaire. Il faut qu’il y ait des troubles pour qu’elle trouve le prétexte de s’installer durablement chez nous. Les Nigériens doivent le comprendre. Les Africains aussi, dans leur ensemble.

On sait pourquoi, toujours, elle joue à imposer des dirigeants aux Africains. Pour le cas du Niger, déjà, auprès de certaines chancelleries, depuis quelques années avant la fin du deuxième mandat d’Issoufou, les Nigériens ont appris qu’ils ne devraient pas s’agiter inutilement car la France aurait déjà choisi son candidat, pardon, un président pour le Niger après Issoufou. Ces rumeurs persistantes dans certains milieux, aujourd’hui, donnent à réfléchir quand on voit dans quelles conditions, l’alternance arrangée se passe.


En vérité, depuis l’installation de Bazoum Mohamed comme président du Niger, son bienfaiteur, Issoufou Mahamadou, est parti sans partir, géographiquement et politiquement. Assis dans les pourtours du palais présidentiel où il s’est installé avec sa famille, l’homme qui ne sait plus où rester dans Niamey pour vivre en Nigérien normal, reste là, juché au-dessus de la colline qui surplombe le fleuve qu’il peut admirer pour assouvir sa vocation de touriste qui l’a conduit pendant ses dix années de règne dans les cinq continents, dépensant inutilement l’argent du pays dans des fantaisies personnelles.


Officiellement, Bazoum est le président du Niger mais pour beaucoup d’observateurs et notamment de Nigériens, il ne servirait que de figurant pour tromper sur la présence de l’ancien président qui se servirait de lui pour gagner autrement, par un tel subterfuge, un troisième mandat. Cela, peut-il être le marché conclu avec la France et pour laquelle, la France serait tellement heureuse de son meilleur élève au Sahel et en Afrique surtout à un moment où, partout, les dirigeants commencent à prendre leurs distances et à se méfier de cette France ?


Cela fait longtemps que les Nigériens se plaignent d’avoir deux présidents et de ce que le nouveau président ne puisse pas être capable de gouverner par lui-même en mettant en oeuvre ses propres choix politiques. Peut-il avoir accepté, juste pour rentrer dans l’Histoire du pays, un tel marché de dupe qui le prive de son pouvoir pour ne garder dans ses mains que la partie fantôme du pouvoir que garderait l’autre qui a fait semblant de lui passer la main ? Dans aucune démocratie, l’on n’a vu une telle situation inédite, inacceptable. Et depuis, les Nigériens se demandent qu’est-ce que la France a à cacher dans la gestion qui aura été celle d’Issoufou pour l’aider par une telle option surréaliste à avoir une main sur le pouvoir ? Dans les milliards volés dans ce pays pendant dix années de pillage, Emmanuel Macron, peut-il avoir eu sa part de pognon pour réparer sa prochaine campagne électorale ainsi que beaucoup de dirigeants l’ont fait à des présidents français ? Le cas Sarkozy n’est pas si loin…. Ou bien faut-il croire que c’est parce qu’Issoufou lui aura facilité, sans que les Nigériens ne sachent sur quelles cela se sera conclu, l’installation de son dispositif militaire dans le pays qu’Emmanuel Macron lui fait tant cette cour assidue et ce à un moment où, chassé du Mali, il cherche un point de chute pour ses troupes devenues persona non grata au pays de Soundjata ? Le Niger, devrait-il devenir la poudrière militaire de la France pour installer dans notre pays les bases militaires de la France qui ne visent rien d’autre que la recolonisation et l’exploitation de notre espace ? Emmanuel Macron, sait-il que pour avoir cette faveur, il ne peut compter au Niger que sur Issoufou seul pour continuer à le chouchouter au risque d’agacer son successeur ? Les Nigériens doivent faire beaucoup attention à cette situation. Le Mali peut leur servir de leçon. En tout cas, ces proximités agaçantes ne sont pas innocentes. Il y a anguille sous roche et nous devrons ouvrir nos yeux avant qu’il ne soit tard. C’est à croire que le Niger est en train d’être cédé à la France ! D’ailleurs quand, au sortir de la réunion de l’Union Européenne, le ministre français peut parler de prévarication et de prédation, peut-il ne pas savoir les immenses crimes économiques commis sous le règne de son champion, et souvent par les cercles les plus immédiats qui l’entourent ? La France, peut-elle ne pas avoir eu vent de l’uranium-Gate, des grands détournements opérés au niveau du ministère de la défense ? Peut-elle ne rien soupçonner des conditions troubles et opaques de la gestion du pétrole nigérien ? Comment cette France, pour un autre, peut-elle parler de prédation et de prévarication pour un autre, et s’en irriter mais sans être capable de le reconnaitre chez les « amis » qu’elle défend d’être les meilleurs de la terre ? On avait à l’époque décrié ces ingérences inacceptables de la France dans les affaires nigériennes mais on sait pourquoi elle le fait. Elle est dans le même rôle qui a fini par détruire le Mali et qui risque à terme de perdre le Niger, incapable de faire son examen de conscience dans sa manière de gérer ses relations avec l’Afrique. Au Burkina, depuis des jours, l’on peut des signes d’une implosion avec ces déclarations politiques et ces manifestations de rue qui commencent.


L’intolérable conduite d’Emmanuel Macron à l’égard du Niger et des Nigériens Pourquoi donc, après avoir joué à imposer Bazoum Mohamed comme président aux Nigériens, la France, peut-elle ne pas s’accommoder de lui, pour vouloir, imposer à ses côtés Issoufou Mahamadou qui n’est plus président et qui ne peut plus être président à moins d’un coup d’Etat qui le ramènerait aux affaires. Or, cette France prétend combattre les coups de force dans le monde. Sacré Macron !
Ne revenons pas sur les nominations, sur le retour en force de certains hommes du sérail d’Issoufou, pour ne considérer aujourd’hui que l’attitude de la France à l’égard du pouvoir de Niamey. Le président français, peut-il tant se moquer du nouveau président du Niger pour agir ainsi comme si le Niger aurait en même temps deux présidents reconnus comme tels, ou en tout cas que celui avec lequel elle pourrait travailler soit l’ancien ? Pourquoi alors que le Niger, dans la contestation du nouveau pouvoir par Mahamane Ousmane, n’a qu’un seul président – en tout cas officiellement – Emmanuel Macron, sans pudeur, peut ouvertement, pendant qu’on ne l’a jamais fait pour un autre pays, par feux fois – et c’est de trop – inviter à des sommets, et à un dîner à l’Elysée l’ancien et le nouveau présidents du ? Pourquoi ? Les Nigériens, sont obligés de croire à ce que rapportait un confrère cette semaine, à savoir que Macron aurait « menacé » les présidents du Burkina Faso et du Niger pour leurs fréquentations qui ne plairaient pas à la France-mère ? Se peut-il que pour le cas du Nigérien, Emmanuel Macron se méfie de lui, pour jouer à la doublure pour travailler pour le même pays avec deux présidents, un qui n’est pas reconnu dans le pays et un autre qui exerce mais qui est contesté par un pan de l’échiquier politique du pays ?


Si tant est que Macron croit trouver en l’homme qui ne gouverne plus un surdoué, pourquoi, ne peut-il pas en faire un ministre en France ou, tout au moins, un conseiller spécial à l’Elysée ? C’est son droit et personne n’aura à redire. Mais lorsque le pays a son président officiel – jusqu’à preuve du contraire – personne ne peut comprendre que le président français veuille l’imposer à chaque rencontre, aux côtés du président en exercice comme si la France ne peut plus le reconnaitre en tant que président élu, et continue pour ce faire à copiner avec l’ancien.


Pour une première fois, alors que Bazoum participait à un sommet sur l’environnement, Macron invitait Issoufou à y participer par visioconférence comme pour damer le pion à Bazoum Mohamed. Sans tenir compte de ce que les Nigériens ont décrié cette façon de faire, voilà que pour une deuxième fois, comme pour agacer davantage Bazoum Mohamed, l’Elysée le reçoit en même temps que d’autres chefs d’Etat dont celui en exercice du Niger à dîner à la présidence française. On est où là ? Pourquoi ces amalgames ?


Si Issoufou est l’ami d’Emmanuel Macron, sans doute qu’il n’est pas l’ami de la France car Macron a beau être président de la France, il n’est pas la France. C’est pourquoi, à titre privé, il peut l’avoir autant de fois qu’il le veut chez lui, mais même là s’il en fait trop et à médiatiser son amitié privée, il risque d’avoir l’opinion française contre lui.


L’élévation qu’il cherche pour l’ancien président du Niger, ne marche pas au pays. La preuve est que l’homme qu’il célèbre, au Niger, ne peut se donner des libertés pour se pavaner dans les rues du pays. Jamais un président n’a été aussi impopulaire et son ami en a conscience. Alors que tous les anciens présidents peuvent aller partout sans escorte, lui ne peut l’oser. L’assertion qui dit que chaque fois qu’un président africain est apprécié par la France c’est qu’il n’est pas un bon dirigeant pour son pays, et donc qu’il ne peut être aimé par son peuple. Issoufou en est un exemple.


Dans une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux, où avec son épouse il descend de la voiture noire au perron de l’Elysée, c’est carrément les honneurs dus à un président en exercice qui ont été réservés à l’ancien couple présidentiel en quête, ailleurs, de prestiges perdus au pays. On peut même entendre des journalistes qui couvraient l’évènement s’étonner de cette présence qui aurait pu être discrète, regardant perplexes l’homme qui arrive pour ne pas comprendre sa présence encombrante « parce que ce n’est plus lui » le président du pays.


Si en France, Sarkozy ne peut pas se mêler des affaires de la présidence, au Niger qui n’est pas un département français, cela ne peut pas être possible. Issoufou n’est plus président. Cependant, Emmanuel Macron peut faire de lui son ami et avoir dans la discrétion, toutes les complicités qu’il voudra avec lui. Les Nigériens ne s’en plaindront pas. Mais cette généralité du pouvoir au sommet de l’Etat n’a pas droit d’être ici car elle ne l’a jamais été ailleurs.

Il est d’ailleurs surprenant qu’aucune organisation, qu’aucun parti ne se soit exprimé par rapport à cette situation étrange. Et parce que le Niger ne peut être la propriété d’Issoufou et d’aucun autre Nigérien, la France ne peut continuer à s’afficher officiellement avec lui comme si le pays ne devrait pas avoir de président qui gouverne officiellement.

Le Niger est aux Nigériens.

ISAK