Insécurité à Niamey : ‘’Wiza’’ six cent (600) millions peuvent circuler comme ça à Niamey ?

Six cent millions de FCFA !!! C’est la faramineuse somme que des braqueurs auraient soutirée suite à l’attaque d’un véhicule transportant des liquidités des Etablissements Houdou Younoussa. Nouveau visage de Niamey ou dégringolade des bonnes moeurs consécutive à l’évolution ? L’un dans l’autre, populations et autorités ont désormais du fil à retordre. Chaque développement, chaque évolution traîne avec elle ses propres travers. Ainsi de la ville de Niamey qui a connu en moins d’une vingtaine d’années des changements qui prennent petit à petit l’allure de véritables bouleversements. Tenez ! Il y a encore une dizaine d’années, qui aurait pensé ou imaginé qu’un braquage pourrait se produire en plein centre de Niamey ? Pourtant cela s’est produit en cette matinée de lundi 04 Octobre aux alentours du petit marché de Niamey, le centre-ville qui prend de plus en plus l’allure d’un complexe des affaires. Des individus armés auraient donc arrêté une fourgonnette de Houdou Younoussa et délesté les passagers de la rondelette somme d’argent qu’ils transportaient. Vrai ou faux ? Cette affaire scabreuse soulève plusieurs interrogations quant à la manière dont la ville se métamorphose, avec elle ses habitants. Où est passé le nigérien pacifique ? Où sont passés le calme et la tranquillité légendaires de cette modeste ville en plein épanouissement ?

Dans tous les cas, nous voulons du développement et nous sommes en train de l’enregistrer petit à petit. Il reste que tant les autorités que les habitants doivent garder à l’esprit cette maxime qui dit que tout changement génère aussi des bouleversements. Il revient donc à tous de prendre et de poser les garde-fous nécessaires pour prévenir et contenir les dérapages inhérents tant aux nouvelles situations qu’au nouvel état d’esprit. D’ores et déjà, on doit garder à l’esprit que l’insécurité urbaine reste la toute première conséquence du développement. Elle est le plus souvent consécutive à l’écart de développement observé entre les citoyens où certains sont excessivement riches pendant que d’autres végètent dans un dénuement indescriptible. Ainsi, la poudre sulfureuse que les plus nantis jettent aux yeux des démunis reste l’une des causes principales de l’insécurité urbaine. Cette situation caractéristique du sous-développement s’observe dans presque toutes les capitales de la sous-région. Elle est source de révolte chez les démunis, gagnés pour la plupart par l’oisiveté, le chômage et le désespoir. Observez bien les visages des jeunes que vous croisez sur les grandes artères de la ville, surtout aux alentours des grands commerces. Les yeux rougis par les stupéfiants, le visage et les cheveux en forme de nid d’oiseau ravagés par une cirrhose précoce, les lèvres noircies et la bouche par l’abus du tabac, les yeux pétillants d’avidité, ces jeunes pour la plupart sont prêts à sauter sur la première occasion pour perpétrer un rapt. Le vol sous forme de rapt a pris des proportions de plus en plus inquiétantes à Niamey. Et, avec la prolifération des motos chinoises, le phénomène devient très alarmant. Il ne se passe pas une journée où l’on n’enregistre pas des vols à l’arrachée. Ils opèrent généralement à deux, le conducteur et l’arracheur à l’arrière. Même dans le cas où des poursuites sont engagées, aucun résultat plausible n’est enregistré. Ils conduisent à tombeau ouvert et connaissent toutes les ramifications des quartiers. Le plus souvent après une ou deux ruelles, ils disparaissent carrément avec la complicité de leurs pairs attendant dans certaines maisons. Ce sont les avatars des errements d’une politique de la jeunesse qui n’a jamais existé. En effet, bien que conscients du taux élevé de jeunes victimes de déperdition scolaire ou de la non scolarisation, les autorités n’ont pratiquement pris aucune mesure d’absorption de ce potentiel énorme de candidats au désoeuvrement. Quand on y ajoute le nombre d’exodants issus des villages environnants ou même des autres régions, le flux des jeunes enclins à la violence devient très inquiétant. Nous avons mis trop les yeux pendant longtemps à observer le phénomène sans pour autant prendre des mesures parallèles. Aujourd’hui le résultat est là : des rapts en plein centre-ville sur des carrefours bondés de monde. Les alentours de la capitale sont aussi devenus des endroits dangereux, surtout la nuit. Et, avec le déguerpissement des commerces par le président Issoufou Mahamadou, certaines artères sont devenues tellement désertes que les emprunter à partir d’une certaine heure est devenue suicidaire. Que dire de certains endroits de regroupement des jeunes qui viennent d’ailleurs d’être fermés par les autorités ?

Outre les facteurs précités qui expliquent la propension de l’insécurité à Niamey, il y a la prostitution et les autres avatars de la délinquance qui minent la jeunesse. Il s’agit notamment de la consommation des stupéfiants et le commerce du sexe qui représente aussi des activités dangereuses qui poussent à la violence. Aujourd’hui, il est devenu facile pour les jeunes néaméens de se procurer des stupéfiants à moindre frais. Avec moins de 500 francs, ils accèdent à des comprimés qui font perdre la tête. Une fois dans un état second, plus rien ne leur fait peur. Ils peuvent tout oser, sans crainte d’être pris. Voilà une des raisons qui expliquent ce braquage en plein air et pendant la journée à un endroit bondé de monde. Qu’Allah nous vienne en aide.

Ceci dit, cette action, même si elle n’aurait pas profité aux assaillants, doit interpeller tous : populations et autorités. Nous devons comprendre que ce développement que nous sommes en train de construire génère aussi des comportements pas du tout orthodoxes. ? De plus, le niveau de déséquilibre entre les couches sociales exacerbe les frustrations et crée un genre de personnes qui peuvent passer par tous les moyens pour se faire justice. La lutte contre les précarités doit être au centre de nos préoccupations. Les personnes nanties comme Houdou Younoussa doivent aussi participer aux efforts de sécurisation de notre ville. Dans tous les cas, la leçon est là.

Arouna Y. Mallam