Un civisme fiscal compromis par la gestion archaïque des entreprises

Certains acteurs de la société civile estiment que c’est tout à fait normal que les contribuables soient hésitants, réticents et émettent des réserves, par rapport à tout ce qui est nouveau, surtout que cette innovation comporte des aspects technologiques, le temps que la sensibilisation et la formation puissent les convaincre suffisamment. Pour Mousulim Malam Sitta, président de l’Association nigérienne pour le civisme et la croissance (AN2C), c’est cet effet d’innovation qui plane entre la DGI et les contribuables. « Progressivement, ils comprendront l’intérêt pour eux vis-à-vis de la réforme, et les enjeux pour l’Etat », dit-il.

Notre interlocuteur souligne que la majorité des opérateurs économiques n’ont pas de gestion d’entreprise proprement dite, ils fonctionnent dans leur configuration traditionnelle et sont loin des standards modernes. « Ce sont nos réalités. Nous avons des entreprises qui font des milliards de chiffre d’affaires sans disposer des directions ou du moins des services de gestion des ressources humaines, de comptabilité, etc. Et ce schéma est un facteur de réticence à une telle innovation », soutient Mousulim Malam Sitta qui recommande d’accentuer la sensibilisation et la formation en faveur du civisme fiscal en général et de la réforme de facture certifiée en particulier. «Mais dès lors qu’on parle de l’Etat, l’on doit se fier sans réserve en principe. Parce que l’Etat vit par nous, avec nous et pour nous », affirme le président de l’AN2C.

Il estime que c’est aux hauts responsables et aux chefs des services en charge des ressources de l’entreprise de veiller à ce que « ce qui n’est pas à l’entreprise ne le soit pas». A l’entendre, les entreprises avec un système de management normal ne devraient pas avoir des problèmes avec la TVA. «Ce problème réside dans le caractère informel de l’ossature de nos entreprises », selon lui. 

« La souveraineté de toute Nation repose sur ses capacités à mobiliser ses propres ressources », dixit l’acteur de la société civile. M. Mousulim Malam Sitta trouve l’approche pédagogique de la DGI pertinente. « La modernité a un coût. La recherche de l’efficacité dans la mobilisation des ressources internes a aussi un coût. Et dans ce sens, la DGI a d’ailleurs soutenu l’activité de notre association, la journée du contribuable, qui était un cadre de retrouvailles pour encourager et féliciter ceux qui paient l’impôt », a-t-il mentionné.

Malgré le caractère juridique irréversible de la loi instituant cette réforme et son entrée en vigueur depuis le 1er septembre dernier, le président de l’association nigérienne pour le civisme et la croissance recommande de prendre en compte le contexte avec ses réalités peu modernistes et accorder un dernier report jusqu’en fin décembre 2021. « Il faudrait qu’on ait le temps de s’assurer de la meilleure appropriation des outils et de l’esprit de la Facture Certifiée », préconise Mousulim Malam Sitta.

Par Ismaël Chékaré

15 octobre 2021
Source : http://www.lesahel.org/