Lieutenant-Colonel Hamissou Halidou Malam Garba, directeur adjoint de la faune, de la chasse, des parcs et réserves : «Depuis les années 2000, des actions sont engagées par la Direction Générale ... pour la protection et conservation de cette espèce»

M. le directeur, le Parc du W est actuellement dans une situation difficile avec l’insécurité qui sévit dans la zone, comment se fait le contrôle de ce vaste patrimoine environnemental de notre pays ?

Le Parc W du Niger dispose d’une Unité de Gestion de l’Aire Protégée (UGAP) dirigée par un conservateur. Il est appuyé dans cette tâche de gestion pour accomplir sa mission, par trois (3) Sections dont celle de la Protection et Surveillance de l’Aire Protégée pour la Lutte Anti-Braconnage (LAB) et qui assure l’intégrité territoriale du parc.

A cet effet, cette section dispose des postes de contrôle avancés sur toute l’étendue du territoire du parc notamment à Pérélegou et Borfonou (frontière ouest avec le Burkina faso), sur le Fleuve Niger à Boumba (Frontière avec le Bénin), à Bossia, à Karey-Kopto, à Tondey et à Korogoungou. Pour cela, le Parc Régional du W du Niger dispose d’un effectif conséquent en éléments pour réduire cette pression. Ces derniers sont composés de : Agents des Eaux et Forêts ; rangers (éléments spécialement formés pour la Lutte-Anti Braconnage) ressortissants pour l’essentiel des villages riverains du parc ; écogardes et Bénévoles tout comme les rangers sont utilisés sous forme de pisteurs et d’accompagnateurs, lors des missions de protection et surveillance, et au niveau des postes de contrôle avancés pour assurer la garde des installations dans le parc W. Dans le cadre de la lutte anti-terroriste contre les groupes djihadistes, le Parc Régional du W du Niger bénéficie de l’appui substantiel d’un détachement des Forces Armées Nigériennes (FAN) de l’opération « Saki » basé à la Tapoa, entrée officielle du parc. Celui-ci est aussi appuyé par les éléments de la Garde Nationale du Niger (GNN) et de ceux de la Gendarmerie Nationale (GN) qui gardent des positions à Tamou, situé à environ 50 km du parc W.

Qu’en est-t-il de la gestion des autres parcs forestiers à l’échelle du pays ?

Au niveau des autres Aires Protégées notamment, la Réserve Partielle de Faune de Dosso (RPFD), la Réserve Totale de Faune de Tamou (RTFT), la Réserve Naturelle Nationale de l’Aïr et le Ténéré (RNNAT), la Réserve Naturelle Nationale du Termit et du Tin – Toumma (RNNTT) et la Réserve Totale de Faune de Gadabédji (RTFG), hormis les rangers, le système et dispositif de protection et surveillance est quasi le même.

L’exploitation artisanale de l’or à travers les différents sites d’orpaillage qui se sont créés un peu partout dans le département de Say n’est pas de nature à préserver les ressources forestières. Quels sont les risques environnementaux auxquels la zone s’expose à long terme ?

L’un des premiers défis avant les risques environnementaux, est l’insécurité grandissante qui menace la quiétude des populations locales de la zone. Tout le monde sait qu’il y a une corrélation entre l’orpaillage ou les industries extractives et le financement du terrorisme. Aussi longtemps que ces exploitations minières vont perdurer, il est à craindre que l’insécurité va gangréner la zone au point de voir l’installation des groupes djihadistes et les Khatibas coloniser cette partie de notre territoire national avec les conditions du milieu qui leur sont favorables.

Le Niger est l’un des rares pays d’Afrique qui disposent de girafes. Peut-on avoir le nombre exact de la population actuelle de cette espèce ? Comment cette espèce protégée par la loi est aujourd’hui suivie et entretenue ?

Le Niger abrite la dernière population des girafes (Giraffacamelopardalisteperalta) d’Afrique de l’ouest. De 56 individus en 1996, ces girafes atteignent aujourd’hui environ 700 individus. Ces effectifs de girafes sont connus grâce aux activités de suivi écologique effectuées régulièrement chaque année dans la zone, afin d’évaluer le comportement de cette population. En effet, depuis les années 2000, des actions sont engagées par la Direction Générale des Eaux et Forêts (DGEF) à travers sa direction technique, la Direction de la Faune, de la Chasse, des Parcs et Réserves (DFC/PR) pour la protection et conservation de cette espèce. Un volet a été créé au sein de la DFC/PR pour prendre en charge cette espèce, puis la création d’une unité de gestion à Kouré et sa dotation en moyen matériels (construction d’une base – vie, véhicule, motos, infrastructures d’accueil…) et humains (renforcement des capacités des agents forestiers, recrutement des informateurs locaux) pour continuer le suivi de proximité. Soutien de l’état et de nos partenaires techniques et financiers (GIZ, « Sahara Conservation Fund (SCF) »,

« Girafe Conservation Foundation (GCF) ») par l’accompagnement des populations locales pour la création des Activités Génératrices de Revenus (AGR), l’information, la formation et la sensibilisation, la conservation des habitats de la girafe à travers la fermeture des Marchés Ruraux. Un processus de création d’une Aire Protégée faunique a été engagé afin de sécuriser l’espace où ces girafes évoluent.

Aussi, pour sécuriser cette population de girafes, une translocalisation d’un groupe de huit (8) girafes sur 20 individus prévus a été réalisée dans la Réserve Totale de Faune de Gadabédji (RTFG). Cette opération a été préconisée par la stratégie de conservation des girafes d’Afrique de l’ouest présentes au Niger qui vise à sécuriser les gènes, et prévenir d’éventuelles maladies pouvant décimer le cheptel en cas d’épizooties. L’autre objectif de la translocalisation est d’anticiper sur les conflits Homme/Faune qui pointent à l’horizon avec l’augmentation de l’effectif de la population humaine et des girafes, et la dégradation du milieu où elles évoluent.

A une certaine époque, la population des girafes était complètement décimée dans la zone de Gadabédji. Aujourd’hui, une partie de la population des girafes de Kouré a été réinstallée dans la même zone. Ne craignez-vous pas le même scénario?

La Réserve Totale de Faune de Gadabédji (RTFG) est désignée en juin 2017, Réserve de Biosphère de Gadabédji par le Programme « Man And Biosphère (MAB) » autrement dit Programme de l’Homme sur la Biosphère de l’UNESCO compte tenu de sa bonne gouvernance. Ce label a permis à la réserve de passer de 76 000 ha à 1 413 625 ha. Ce qui permettra aux girafes de disposer de plus d’espaces et de ressources pour leur évolution.

Avec la présence de l’UGAP de la réserve de Gadabédji, des aménagements sont réalisés pour prendre en compte cette nouvelle donne non seulement en termes de gestion et de sécurisation de l’espèce et de l’Aire Protégée, l’engagement des travaux d’aménagement pastoraux dans la Réserve de Biosphère de Gadabédji (RBG), mais aussi à travers l’implication des communautés locales grâce aux accords de cogestion signés entre elles et l’Etat.

La disparition des girafes à Gadabédji date des années 1970 suite à la sècheresse qui a sévi dans la région. Le reliquat des spécimens a été convoyé à dos de chameau jusqu’à la région de Konni où il y a un important disponible fourragers. C’est ainsi que ce groupe rejoignit l’autre population d’Ayorou pour former un groupe et enfin se retrouver dans la zone de Kouré grâce aux intenses pressions qu’elles subissent.

Réalisée par Hassane Daouda

05 mars 2021
Source : http://www.lesahel.org/