Heurs et malheurs de l’école nigérienne

L’éducation, a-t-on coutume de dire, est la clé de la vie, la clé du développement. Si nous connaissons l’Egypte antique jusque dans les détails, c’est à cause des scribes, ces lettrés commis au service des pharaons et de leur éducation. Très tôt, l’Egypte pharaonique a compris l’importance des lettres et des soins à apporter à ceux qui les maitrisent. Le scribe avait un statut particulier. Adulé, il était chouchouté par le pouvoir politique. S’il n’existe pas d’écoles formelles telles que celles que nous connaissons de nos jours, les anciens égyptiens ont mis en place un système élaboré de hiéroglyphes permettant de véhiculer la connaissance. Les scribes sont traités avec déférence et respect. Ils étaient, comme on dit, «gâtés » par un pouvoir qui était conscient de leur importance.

La Grèce antique connut des écoles formelles ou étaient formés aussi bien des philosophes, que des hommes politiques et des militaires de carrière. On débutait par les «Hétéries», des sortes de sociétés ou on pratiquait une éducation de qualité avant de déboucher sur des écoles comme le LYCEE et l’ACADEMIE et bien d’autres. A chaque époque donc, l’école, à travers elle, l’éducation a été au centre des préoccupations des gens puissants, des gens du pouvoir. Nous savons tous que l’Afrique traditionnelle accordait elle aussi, une importance primordiale à l’éducation à travers les sociétés d’initiation.

(Voir Dominique Zahan, les sociétés d’initiation bambara), ici les figures du N’DOMO et KORE dominaient le paysage éducatif.

Dans tous les cas, l’histoire montre et démontre que toute société qui met l’accent sur l’éducation connait un progrès notable.

Celle qui abandonne cet aspect régresse et souvent disparait. Au Niger, depuis trois décennies, l’éducation nationale est soumise aux intempéries et sévices de la Banque Mondiale et du FMI. Programme d’ajustement structurel, programme d’ajustement structurel renforcé, approche programme, approche par objectifs, flux, double flux, etc …rien n’est épargné aux cobayes nigériens que sont devenus les élèves, nos élèves et étudiants. Malgré la profession de foi des dirigeants successifs, le système éducatif nigérien ne connait pas que des ratés, il est dans un coma profond. La dernière décennie a été la plus néfaste sur le plan de l’éducation. En effet, à son entrée en fonction en 2011, le président Issoufou Mahamadou prenait l’engagement de rendre l’école obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans. L’objectif devrait être atteint en 2024, c’est-à-dire dans trois ans.

A l’heure actuelle, chacun sait que cet objectif ne sera pas atteint. Pour qu’un tel engagement puisse être tenu, il faut une volonté politique farouche doublée d’un respect et d’une valorisation de la fonction de l’enseignant. Tel n’est actuellement pas le cas. S’il en est ainsi, c’est qu’il y a un hiatus entre le discours et la pratique sur le terrain. La fonction noble de l’enseignant est dévalorisée. En Corée du sud, par exemple, au sortir de la seconde guerre mondiale, le pays était exsangue. Il n’y a eu ni plan Marshall, ni aide extérieure directe. Les coréens ont pris en main leur destin et ont valorisé l’enseignement. Au bout d’un demisiècle la Corée est la neuvième puissance économique du Monde.

Au Niger, les ministres et hauts fonctionnaires se succèdent à la tête du ministère de l’éducation, non pas pour redresser la situation, mais pour remplir leurs poches. Une fois les commandes de fournitures scolaires lancées, le ministre peut même prendre des vacances.

La contractualisation de la fonction de l’enseignant a eu pour corolaire la démotivation, le, laisser-aller et cerise sur le gâteau, Soixante pour cent et plus du corps enseignant sont constitués de contractuels à statut précaire et démotivés. Et pour cause ! Peu sont venus dans le métier par conviction. Le pécule dérisoire qu’on leur verse n’est perçu qu’après moult souffrances. A titre d’exemple, bien qu’une étude n’ait pas été commanditée sur la question, on peut estimer que pour percevoir son dû, à la fin du mois et en temps ordinaire, l’enseignant contractuel mettra au minimum deux (2) jours. Durant tout ce temps, les élèves sont abandonnés à eux-mêmes. Pire, les pécules ne sont payés qu’aux différents guichets de NIGER POSTE. Si l’Etat peut imposer une bancarisation des salaires et pécules, il n’existe aucune loi qui impose de ne percevoir son avoir qu’à tel lieu.

Ce spectacle des enseignants contractuels faisant la queue pour percevoir leur pécule sous les intempéries diverses est indigne.

A l’avenir il faut rationaliser le système de paiement des pécules en permettant à chacun d’ouvrir son compte dans une institution financière de son choix ; Nous sommes dans un système de concurrence imposé par les aléas du moment. Respectons ce qui se fait ou doit se faire. Il existe des possibilités de payer chacun à son poste à heure et date précises.

Valoriser la fonction de l’enseignant commence par le respect de son choix de l’endroit où il veut percevoir son ou ses émoluments.

Cette règle élémentaire prouvera que la vie et le devenir de l’enseignant sont pris en compte.

Par Amadou Bounty

Louindou Diallo

Officier de l’ordre national