Enseignement professionnel : Rattraper le retard en cadres et main-d’oeuvre qualifiée

 Faites un tour sur les chantiers de construction qui prolifèrent ces derniers temps dans les quartiers périphériques de Niamey. Intéressez-vous particulièrement à la nationalité des cadres et autres ouvriers qui travaillent sur ces chantiers. Votre surprise sera très grande quand vous aller tomber sur des chantiers qui n’emploient aucun nigérien, de l’ingénieur au simple ouvrier qui malaxe le ciment. Tâcheron, Maitre-maçon, maitre-électricien, maitre-plombier… ce sont tous des expatriés qui viennent des pays voisins comme le Burkina, le Togo, le Bénin…etc. où sont les nigériens dans tout cela ?

La question mérite bien d’être posée, elle a pour réponse des arguments très plausibles, irréfutables. En effet, pour la plupart des propriétaires de chantiers, le premier argument brandi est celui de la qualification. Ils vous diront qu’il est difficile de trouver un nigérien qui peut vous présenter un diplôme dans ces métiers cités. Ce qui est vrai du moment où la culture de l’enseignement professionnelle ne date pas de longtemps chez nous. Ce n’est que tout récemment que nos autorités ont pris conscience de la réalité de notre époque. En effet, avec le taux élevé de déperdition scolaire, les réflexions ont pu démontrer que ce n’est pas seulement pas déficit d’ingéniosité que nos enfants échouent à l’école. Beaucoup peuvent ne pas pouvoir suivre le cycle normal des cours ; cependant, ils peuvent témoigner de compétences réelles et même extraordinaires dans d’autres corps de métiers comme dans ceux cités plus haut. Les tous premiers inscrits dans cette optique sont encore sur les bancs. Il existe certes de vieilles écoles d’enseignement professionnel. Cependant, les gens ne leur accordaient pas une grande importance. Certaines croyances faisaient de ces métiers des activités réservées à une certaine catégorie de gens hiérarchisés dans la société. C’est ainsi que très peu de gens ont fait le choix d’entrer dans ces écoles. Ils sont sortis avec des diplômes qu’ils utilisent à bon escient sur plusieurs chantiers. Ils gagnent leur vie comme il se doit et sont sollicités de façon intempestive à cause de leur faible nombre. C’est certainement ayant pris connaissance de ce déficit que les expatriés se sont rués sur notre pays. Aujourd’hui, ils gagnent bien leur vie, évoluant de chantier en chantier, sans répit.

Un autre aspect du sujet réside dans le fait que de l’avis de plusieurs détenteurs de chantiers, ces expatriés ont la réputation d’être non seulement sérieux mais aussi assidus au travail. En effet, on raconte que les expatriés truandent moins : ils utilisent la quantité qu’il faut de ciment ; ils facturent correctement l’achat de tout matériel et ils ne chôment pratiquement jamais. De plus, une fois sur leur lieu de travail, ils s’adonnent sans hésitation, sans ‘’mounafikitarey’’ ; comme on dit chez nous.

L’un dans l’autre, il existe aujourd’hui chez nous un engouement certain pour l’enseignement professionnel. Ceci se matérialise par la création tout récemment des Collèges d’Enseignement Techniques (CET). Cette nouvelle option initiée par l’Etat doit bénéficier de l’accompagnement de tous. Les parents surtout doivent comprendre que tout le monde ne peut pas réussir par le circuit normal de l’école traditionnel. Néanmoins, l’enfant peut développer des compétences qui feront de lui un véritable maître dans sa profession. Une véritable campagne de communication doit suivre pour une reconversion des mentalités par rapport aux appréhensions et autres idées reçues que notre société développe par rapport à certains corps de métiers. Le travail doit commencer par là. Ensuite, les élèves ont aussi besoin d’être sensibilisés dans ce sens. Ils doivent comprendre que ces écoles sont de véritables circuits d’éducation. La responsabilité de l’Etat à ce niveau réside dans la création de centres d’apprentissages appropriés. Si l’enfant fait son apprentissage en plein air dans un atelier de fortune, il y va de soi qu’il sera l’objet de railleries de la part de ses camarades. D’ores et déjà une première erreur a été commise dans ce sens car la plupart de ces écoles ont été créées dans des maisons de samaria ou des MJC, surtout en ce qui concerne les écoles d’enseignement des métiers de la culture. Tant l’enfant que le parent hésitent à accepter qu’une vraie école soit implantée dans ces centres réservés d’habitude aux jeux et aux loisirs. L’Etat doit donc consentir des investissements nécessaires pour que ces écoles soient logées dans des classes avec à côté des ateliers et même des laboratoires. C’est seulement à ce prix que les parents et les élèves auront le sentiment d’être sécurisés et d’être sur de réelles perspectives d’apprentissage.

Une autre erreur non des moindres à corriger est le choix des tous premiers élèves envoyés dans ces centres. En effet, ces élèves sont pour la plupart ceux qui présentaient un faible niveau dans les disciplines de l’enseignement traditionnel. Certains sont carrément ceux qui ont lamentablement échoué dans l’école traditionnelle. Ce choix a fait naître un sentiment négatif chez beaucoup de parents. On a même tenté de caricaturer ces écoles en disant : «Aide-moi à ce que mon enfant ne devienne pas ratés» ‘’di aysé ay izé ma si té fourkou’’ ; c’est le nom qu’on a collé à ces écoles ; autrement dit, ces écoles sont vues comme des centres d’accueils d’enfants que l’on veut épargner de la délinquance.

C’est dire que, à la lumière de l’engagement pris par le chef de l’Etat Bazoum Mohamed de faire de l’enseignement professionnel le socle du développement du pays, ce secteur doit être davantage valorisé avec beaucoup d’investissements. D’ores et déjà les années qui ont suivi ont enregistré un rehaussement très sensible du budget alloué à l’enseignement professionnel. Ceci est de bonne guerre quand on refait un saut dans l’histoire des pays développés. Principalement, les peuples occidentaux ont tiré la substance de leur envol par le biais des Progrès Techniques et Scientifiques. C’est dans des ateliers professionnels que sont sortis les gadgets de tous genres qui ont boosté l’émancipation et le développement de la société occidentale. Les connaissances théoriques ont bénéficié des services de cadres et d’ouvriers qualifiés qui les ont mis en pratique. C’est cette leçon qu’il faut retenir ; partout dans le monde, l’ouvrier est au centre du changement ; nous devons en formé autant qu’il faut pour qu’ils prennent en charge nos préoccupations de développement dans tous les secteurs d’activités. Le Président de la République est un fin connaisseur de cette histoire du 18e siècle et il n’hésitera pas à accompagner de façon efficace les investissements dans le secteur de l’Enseignement Professionnel. Il revient aux uns et aux autres de faire le meilleur choix tant des encadreurs que des outils de formations ; pas de népotisme et surtout pas d’ordinateurs réformés à la place de nouveaux.

Mallam