MRN-AMEN-AMIN : "Le mariage est gâté"

Bazoum Omar Tchiana La MRN est gérée par le PNDS en maître absolu que personne ne doit et ne peut contrarier. Pour y rester, il faut absolument se soumettre aux caprices des princes roses, se soumettre à leurs volontés, obéir lâchement à leurs doigts pour ne pas être pulvérisé par les colères des gourous du système Guri. L’allié, pour continuer à collaborer, pardon à manger plutôt avec eux, doit se comporter en sujet, sinon en esclave du système, n’ayant aucun droit d’opinion, car n’ayant pas droit au chapitre : sa parole ne compte pas, ses silences seuls sont reconnus et récompensés. Vivre avec le système, c’est ni plus ni moins que de vivre lâche, dans le mépris de soi-même, dans l’ignorance de sa propre valeur. Certains analystes n’ont pas tort de dire que les alliés ne sont pas des alliés mais des otages du système. Et Dieu sait les malaises qu’ils vivent, incapables de vivre dignes et libres. L’envie de manger, les a avilis. Les pauvres souteneurs aveugles…

Mais, il y en a qui on osé casser les chaînes de leur asservissement politique, pour aller redécouvrir les lumières de la liberté et de la dignité, sortant d’une MRN étouffante pour vivre dans la grandeur et dans l’honneur. Il y avait d’abord Hama Amadou et le Moden Fa Lumana, qui avaient courageusement claqué les portes de la MRN, pour une nouvelle aventure politique, assumant leur choix d’aller hors du pouvoir et de faire l’opposition. Ils connurent la persécution, les harcèlements les plus déshumanisants que l’on a jamais connus dans l’histoire politique du pays.

C’est une animosité bestiale, une violence léonine que le Moden Fa Lumana devait vivre stoïquement en endurant une adversité qui allait au-delà de motifs politiques qui pouvaient la justifier.

Puis, un autre, avait cru, que le territoire de la Renaissance était fréquentable et qu’il pouvait le. civiliser, en l’amenant à renoncer à gouverner seulement par une méchanceté. Dr. Adal Rhoubed, qui avait soutenu le régime aux élections de 2016, finit par se rendre compte que les socialistes ne sont pas influençables sur la trajectoire qu’ils avaient choisie pour gouverner le pays, avant finalement, sur la pointe des pieds, de faire marche arrière, et continuer à dénoncer la mal-gouvernance, convaincu qu’il n’y a plus que la lutte pour libérer le Niger des griffes d’un système prédateur. Aujourd’hui, il est l’une des plus belles et fortes voix de l’opposition qui critique avec une rare véhémence, une Renaissance qui a invité le chaos dans le pays. Mais alors que l’on savait réels des grincements de dents dans le système, les alliés otages, ne purent plus exhiber leur zèle, affichant un profil bas depuis qu’ils ont pris conscience de l’insouciance de leur partenaire et compris par ce fait que le bateau prend de l’eau de toute part. Les caciques du système usaient alors de tous les moyens, y compris de l’intimidation et de cajoleries hypocrites, pour dissuader certaines velléités d’émancipation manifestées même sournoisement par certains alliés. C’est alors que le PNDS, à la suite d’une réunion, face à la poussée débordante d’un nouveau militant envahissant qui prend alors trop de l’espace dans leur territoire d’influence, prend, sans que cela ne fasse forcément l’unanimité au sein du parti, la décision trop hâtive de l’exclure du parti, et par la même occasion, de son positionnement dans le système. Ainsi, chassé du PNDS et évincé de l’armature du système Guri, Ibrahim Yacoubou, se retrouve au dehors, jeté hors de la Renaissance avec tout un discours qui va jusqu’à en vouloir à ses soutiens le port d’un certain bonnet. Mais se lançant à la course des présidentielles de 2016, et mobilisant à l’occasion de la campagne électorale dans des espaces que le PNDS croit être ses chasses-gardées, Ibrahim Yacoubou fait douter ses anciens amis qui finirent, on ne sait en jouant sur quel argument, par s’en inquiéter et le reconquérir, et il céda aux nouvelles fiançailles, pour repartir avec ceux qui ont cru avoir les moyens de l’écraser politiquement. Sans doute aura-t-il négocié gros, car après avoir été coopté, suite au hold-up, on lui fit la faveur de prendre un poste stratégique qu’un cacique du parti avait occupé naguère, et cela, on l’imagine, non sans déplaire à un lobby. On aura compris que les commerces avaient été menés en haut lieu au-dessus du parti, car visiblement, un candidat avait peur, et ne pouvait être rassuré par les seuls combats de ses ouvriers sans envergure. Il avait sans doute raison, puisqu’après, il a fallu braquer des urnes pour leur arracher des résultats qu’elles ne portaient pas afin de s’éviter une humiliation historique. Par son flair, après avoir mené un combat à l’interne, pour que sur des préoccupations hautement politiques, et notamment par rapport à l’organisation des élections de 2021, le pouvoir tienne compte de préoccupations tout à fait légitimes d’acteurs politiques de tous les bords. Face aux surdités du régime, il n’avait pas de choix que de prendre la décision courageuse de partir. Sans remord. Pour toujours, cette fois-ci ?

Un autre, Omar Hamidou Tchana, après avoir quitté le gouvernement, pour les mêmes motifs vraisemblablement, n’eut pas, on ne sait pour quelle stratégie, la même conduite, les mêmes audaces, et après avoir tenu un discours critique, il est resté en dehors du pouvoir dans les faits, mais se réclament quand même du système. Ses militants sont allés en prison depuis qu’il est en disgrâce avec le système, certains, les plus chanceux, peuvent seulement se plaindre, d’être chassés de leurs postes. Mais c’est le discours tenu à l’occasion de l’anniversaire de son parti, il y a un peu plus d’une semaine, qui fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Cet événement qui ne surprend pas, pour qui connait le Président d’AMEN-AMIN, ne pouvait qu’accélérer les choses car le PNDS ne pouvait qu’avoir le sang chaud à écouter un discours qui le défie, un discours qui, par ses libertés même, est perçu par les « maîtres » comme un affront. Le PNDS ne supporte jamais qu’on le contrarie. Et manquant des mêmes courages, comme ce fut le cas pour Ibrahim Yacoubou, avec Ladan, ce sont les leaders de la MRN qu’on a manipule, prétextant une réunion de la mouvance, pour exclure AMEN-AMIN et son président de la mouvance au pouvoir, sachant bien que la décision ne peut venir ni de Cheffou, ni de Ben Omar, ni de Seini Oumarou, ni d’Albadé qui, tous, on le sait, se cherchent aujourd’hui, mais bien du PNDS seul, qui reste quoi que diront les détracteurs, le seul maître à bord et qui n’a jamais écouté personne pour prendre « ses » décisions. Le mariage est donc gâté et le divorce forcé – puisqu’il y a des mariages forcés – est désormais consommé.

Mais, déjà certains observateurs, se demandent, à juste titre, pourquoi lorsqu’on peut tenir un discours aussi hardi, l’on ne peut prendre son courage dans les deux mains, sans attendre d’être humilié, pour tirer les conséquences de ses audaces, en renonçant à l’accompagnement servile d’un système qui ne respecte personne tellement ses oligarques sont bouffis d’arrogance et de mépris pour un autre ? Faut-il croire que Ladan a ses raisons, pour lesquelles, il a choisi d’attendre d’être chassé de la Renaissance, plutôt que d’en prendre l’initiative personnelle ? Peutêtre. Mais ce sont les prochains jours qui le diront. Ladan doit déborder de paroles qui fâchent, de confidences à faire aux Nigériens de son aventure…

Mission terminée ?

Comme le titre d’un roman, l’on est en droit de se demander, face à ces scénarii hollywoodiens, si cela n’arrive pas à un moment où un ou un autre, aura considéré que la mission est terminée ? Analyse plausible quand on sait que, ainsi que beaucoup d’observateurs l’avaient déjà pensé, les socialistes, ne pouvaient pas aimer Ladan, comme ils ne pouvaient pas aimer, pour des raisons qui leur sont propres, ils se son juste servi de lui et de ses naïvetés politiques autant que peut-être d’une immaturité, pour avoir à déstructurer son ancien parti, à faire mal à Hama Amadou son ancien mentor que l’on cherche à liquider politiquement, et l’on sait, pour ceux qui ont suivi le cours de l’histoire politique du pays depuis la conférence nationale, un tel objectif était dans les secrets du forum de quelques « Forces vives » qu’un hasard de l’histoire a mis en scelle depuis 2011, suite au coup d’État de Salou Djibo. Peut-être donc, alors que les choses ne se sont pas déroulées telles qu’on les avait planifiées, et que la mission aura foiré, peut-être est-il temps, de se débarrasser d’un allié qui, plus, ne manquant pas d’orgueil, n’aura pas été facile à manipuler.

Mission terminée également, pour un autre qui, même si l’on pourrait croire qu’au nom des déchirements qui les ont amenés à s’entredéchirer comme dans une mise en scène pour tromper des adversaires, avait à se servir du « rebelle », pour les pister, à se renseigner discrètement sur leurs agissements, relativement à la gestion d’une adversité pour laquelle, très souvent, l’on avait cru, qu’un autre, avait des informations assez fines, pour savoir à quoi s’en tenir, pour déjouer bien de complots. Une mission secrète, menée alors dans une intelligence policière très pointue, serait-elle arrivée à sa fin, pour en savoir assez sur l’adversaire groggy et décider de rentrer enfin après quelques années de filage, de mission commandée ?

On voit bien que des questions, pertinentes, les unes comme les autres, relativement à des rebondissements que les moins avertis considèrent comme la résultante de crises d’humeur entre des partenaires que des arrogances auraient conduits à la détestation, se posent aujourd’hui légitimement pour permettre une lecture plus pertinente d’un puzzle politique à la nigérienne. La seule évidence aujourd’hui est la réalité d’une cassure et des chances désormais possibles de retrouvailles entre d’autres acteurs qui font leur mea-culpa aujourd’hui.

Nouvelle aventure

Omar Hamidou Tchana, savait sans doute à quoi il devait s’exposer et s’attendre, dès lors qu’il a laissé ses franchises s’exprimer pour dire, sans hypocrisie, ce qu’il pense de ceux qui sont désormais ses anciens amis – si d’ailleurs ils l’ont été. Il le sait d’autant plus qu’il a commencé à soigner ses relations, exprimant ses regrets sur ce qu’il a pu dire, en d’autres temps, dans les colères d’une détérioration de ses relations avec son ancien parti, allant, dans l’humilité et la grandeur, jusqu’à s’excuser sur ce qu’il a pu dire et qui avait certainement heurté les uns et les autres. Et pour des hommes de foi, on peut croire que des douleurs se gomment, nettoyant des cœurs qui se sont porté, il est vrai, en des moments d’incompréhension, quelques venins. Et cela qui rend envisageable une réconciliation, un pardon et pourquoi pas une recomposition avec le parti de Hama Amadou – la politique étant le champ de tous les possibles – ne peut jamais plaire à des socialistes qui n’ont jamais su regarder Hama Amadou et son parti comme des acteurs politiques mais comme de vrais ennemis, et qui ne peuvent que s’emporter de voir un allié serrer la main à des hommes de ce parti qu’ils ont vainement tenté de diaboliser.

Dans sa nouvelle posture que d’aucuns pourraient considérer comme non confortable, AMENAMIN ne manque pourtant pas d’alliés. A son congrès déjà, un camp de l’Opposition, par la voix d’Ibrahim Yacoubou interpellé par un autre, lui avait solennellement fait l’invite de les rejoindre, car, la seule lutte qui vaille pour le Niger, pour son mieuxêtre et pour sa démocratie, se trouve à l’Opposition surtout quand on sait les menaces graves qui pèsent sur les libertés, sur les acquis démocratiques. Et le vrai peuple est de ce camp pour se rassurer que la victoire finale, forcément, est là également.

Et le PNDS est conscient que quelque chose a changé depuis dans le pays. Depuis quelques temps, le parti de Hama Amadou devient fréquentable, même au su et au vu des caciques du régime, avec depuis un certain temps, nous dit-on, des hommes qui rencontrent son leader en France ou ailleurs, et ici au pays, des acteurs, qui peuvent, sans se soucier de l’hostilité des socialistes, faire la courtoisie au parti d’assister à ses manifestations.

La peur a-t-elle changé de camp ?

La MRN n’est plus sereine. Cela fait longtemps que nous disons que ses murs se lézardaient et qu’elle vit des fragilités qui la mettaient dans une situation d’anxiété qui la fait gagner davantage par le doute et la peur. Dans cette conduite dangereuse du PNDS à vouloir gouverner le pays selon ses seules volontés, ne voulant écouter personne, ne considérant l’opinion de personne, il va sans dire qu’il ne peut aller qu’à sa perte, inexorablement. Il est donc temps, pour les acteurs sociaux et politiques du pays, à se déterminer par rapport aux confrontations auxquelles l’indifférence et le mépris des princes peuvent exposer le pays. Dès lors, AMEMAMIN, même s’il peut craindre que ses cadres dont l’opportunisme de nombre d’entre eux ne fait l’ombre d’aucun doute, ne puissent pas le suivre dans ce choix noble et responsable, ne peut qu’assumer désormais l’opposition pour mener son action dans ce cadre et pour ce, il n’a plus le droit de tergiverser. Ainsi qu’il l’a lui-même dit, « Il n’y a point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage ». Ladan, ainsi qu’on l’a toujours connu au front en d’autres temps, revient pour de nouvelles batailles, et certainement aussi, pour de nouvelles victoires et de nouvelles gloires.

Son compère, compagnon d’infortune, Ibrahim Yacoubou, garde les mêmes convictions. Dans un tweet sur son compte, il rappelait qu’il avait déjà alerté sur la nature des hommes à qui il a désormais à faire. Ainsi, écrivait-il : « Je l’ai dit il y a peu à Omar Tchiana et je le redis aujourd’hui à tous les épris de démocratie au Niger, ce régime en rupture avec le peuple ne vous offre qu’une alternative : vous soumettre, vous taire, vous complaire, vous aplatir, disparaître ou combattre ».

Ce qui est dit est dit ! Et les Nigériens le savent désormais. Lutter, vaincre, ou périr… Ensemble.

Qui, mieux que ces deux hommes, en savent davantage sur les socialistes et leur gouvernance, sur leurs cynismes et leurs fourberies, pour donner à l’opposition, les « armes miraculeuses » qui peuvent avoir raison de leur système ?

WALÉ.  

27 août 2018
Publié le 14 août 2018
Source : Le Monde d’Aujourd’hui

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