Allocution du Premier Ministre de la République lors du Forum ‘’Rebranding Africa : Défis et opportunités de L’Economie verte en Afrique’’ à Ouagadougou, le 5 octobre 2018 : «Nous sommes convaincus, au Niger, qu’il est indispensable que l’Afrique commence

Le Premier ministre, Chef du gouvernement, SEM. Brigi Rafini, a pris part, vendredi dernier, aux travaux de la 5ème édition du Rebranding Africa Forum (RAF) tenue à Ouagadougou, au Burkina Faso. Tenue en Afrique pour la première, ce forum économique organisé sous le thème « Défis et opportunités de l’économie verte en Afrique », a regroupé des participants venus de tous les continents. Cette rencontre qui a pris fin le samedi 6 octobre 2018 a vu la participation de leurs excellences le Premier ministre du Niger, Brigi Rafini, et du Burkina Faso, Paul Thiéba, du Président Ghanéen Nana Addo Dankwa Akufo-Addo et du Président du Faso Roch Marc Christian Kaboré. Le Premier ministre qui était accompagné, au cours de ce déplacement, notamment du ministre de l’Environnement et du Développement Durable, M. Almoustapha Garba et de son directeur de Cabinet, M. Aghali Abdoulkader, a prononcé une importante allocution à l’ouverture de ce 5ème forum. (Lire ci-dessous l’intégralité de l’allocution de SEM. Brigi Rafini).

Excellence Monsieur Roch Marc Christian Kabore, Président du Faso, Cher Frère,

Excellences Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Mesdames et Messieurs les

Responsables des institutions

partenaires de l’Afrique dans le

domaine du développement durable,

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord, au nom du Président de la République, Chef de l’Etat Issoufou MAHAMADOU, remercier et féliciter le Gouvernement et le peule burkinabè pour l’accueil chaleureux dont nous sommes l’objet depuis notre arrivée à Ouagadougou. Je voudrais aussi Monsieur le Président du Burkina Faso, Monsieur Roch Kaboré, vous transmettre les salutations fraternelles du Président Issoufou MAHAMADOU qui, pour des raisons de calendrier, m’a chargé de le représenter à cet important forum.

Cette rencontre est d’un très grand intérêt pour le Niger et, au-delà, pour notre sous-région et pour l’ensemble de l’Afrique, parce qu’elle nous permet d’échanger sur le sujet si essentiel de l’économie verte, et de la posture qui doit être celle de l’Afrique devant ce paradigme prometteur. En effet, la réflexion sur un sujet aussi important que celui de l’économie verte et de l’indispensable sursaut de l’Afrique pour une reprise en mains de son destin est un sujet d’actualité, très important pour nos pays. Le succès de nos initiatives régionales et mondiales de développement durable pourrait être porté par des programmes fondés sur l’économie verte. Aussi, échanger entre les dirigeants que nous sommes sur les moyens de déclencher un nouveau départ pour l’Afrique par l’Economie verte est une opportunité pour faire avancer les importantes décisions prises au niveau régional africain et international, notamment dans le contexte de l’Accord de Paris et de la CoP22 de Marrakech, dont les décisions restent plus que jamais pertinentes.

Cependant, en plus des facettes connues par tous les acteurs et partenaires de l’économie verte, certains aspects de nos cultures et traditions peuvent constituer de véritables leviers qui pourraient être mis en valeur dans la promotion de l’économie verte. Il est donc indispensable que nous puissions identifier ces substrats culturels et sociétaux de l’économie verte pour agir sur les ressorts insoupçonnés dont ils pourraient être porteurs, dans l’atteinte des objectifs que nous poursuivons.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais ici rappeler que dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques et les autres défis liés au développement durable, nos pays africains ont pris des engagements vis-à-vis de la communauté internationale, notamment, l’Accord de Paris et l’Agenda 2030 des objectifs de Développement Durable. La concrétisation de ces engagements est déclinée à travers plusieurs initiatives, dont notamment l’Agenda 2063 relatif aux ODD, la Grande muraille verte, l’initiative africaine sur les énergies renouvelables et celle sur l’adaptation.

Aussi, pour favoriser une mise en œuvre efficiente de ces initiatives, nous, dirigeants africains, avions pris, lors du sommet africain sur la Co-émergence continentale, tenu en marge de la cop 22 à Marrakech au Maroc, la décision de créer trois commissions climat à savoir la commission pour la région du Sahel, présidée par le Niger, celle du bassin du Congo, présidée par la République du Congo et celle des Etats insulaires africains, présidée par les Seychelles. Il est incontestable que l’opérationnalisation de ces trois commissions est une opportunité pour déclencher les conditions favorables pour la réussite de la transition vers l’économie verte en Afrique. C’est conscient de la pertinence de ces enjeux que le Niger, pays coordinateur de la Commission climat pour la région du sahel, a élaboré avec les pays membres, un plan d’investissements climatiques 2018-2030.

Ce plan d’investissements adopté lors d’une réunion des ministres de l’environnement de pays membres, tenue le 03 octobre 2018 à Niamey, devra être endossé par nos Etats en marge de la conférence des Chefs d’Etats de la commission Climat prévue à Niamey le 04 novembre prochain. Ledit plan, décliné en six (6) axes stratégiques, prend en compte plusieurs actions de résiliences climatiques concourant à la promotion de l’économie verte.

Mesdames et Messieurs ;

L’économie verte, qui promeut une utilisation rationnelle des ressources, un faible taux d’émissions de carbone et l’inclusion sociale, constitue donc une option privilégiée pour l’Afrique parce qu’elle apporte des solutions aux préoccupations qui sont au centre de nos programmes de développement. Nous sommes convaincus, au Niger, qu’il est indispensable que l’Afrique commence sa transition vers une agriculture verte. L’efficacité énergétique dans le bâtiment, l’optimisation des transports en communs, le déploiement des énergies renouvelables, l’amélioration des procédés industriels sont, entre autres, des

leviers d’actions qui indiquent la pertinence des perspectives d’une économie verte et socialement inclusive.

C’est dans cet esprit que nous avons élaboré et adopté la politique nationale d’environnement et de développement durable qui promeut l’économie verte à travers le développement des énergies renouvelables, la mise en œuvre des mesures d’atténuation des changements climatiques et l’incitation à des modes de production et de consommation plus durables. Nous entendons développer la création d’emplois verts, améliorer le bien-être des populations à travers la réduction des risques environnementaux et la pénurie des ressources.

Nous investirons également dans les travaux à haute intensité de main d’œuvre pour la restauration des terres et la lutte contre les plantes envahissantes, l’écotourisme et les filières porteuses de collecte, stockage, traitement et exportation de déchets, la production du compost à partir de la partie organique des déchets, le tri et la récupération des métaux, la promotion des produits et équipements d’économie d’énergie, la promotion d'un habitat durable qui économise les ressources naturelles et valorise les énergies renouvelables, la création d’entreprises de traitement d’excrétas et d’autres déchets. Toutes ces activités nécessiteront bien sûr un important travail de réglementation et de plaidoyer en direction des opérateurs économiques et de tous les acteurs concernés.

Mesdames et Messieurs,

Bien qu’il soit attrayant pour l’Afrique dont les économies sont les plus touchées par le dérèglement climatique, le concept de l’économie verte nécessite des investissements qui ne sont pas, dans l’immédiat, à la portée de beaucoup de nos pays. En effet, les fonds prévus pour le financement de la transition vers l’économie verte sont encore insuffisants. Et l’on est toujours très loin des besoins des pays africains qui, selon les Nations Unies, ont besoin de quarante cinq milliards d’Euros par an pour réussir ce pari, même si des institutions

financières publiques, des fonds souverains et des banques de développement ont commencé à orienter une partie de leurs investissements dans l’économie verte.

Aussi, convient-il de le relever, les fonds existants dédiés à l’économie verte sont encore insuffisants pour entamer une véritable transition verte et s’adapter au changement climatique. En outre, les caractéristiques de l’économie verte font d’elle une option difficile à évaluer, alors même que nous ne doutons pas des effets positifs qui résulteront de son adoption intégrale dans toutes nos politiques publiques. Il faut donc des ressources pour maitriser et évaluer convenablement les contours conceptuels de l’économie verte et cela relève souvent de la gageure. Il est par conséquent indispensable que nous imaginions des attitudes alternatives en mobilisant les ressorts endogènes souvent méconnus pour réussir le développement inclusif et durable du continent.

Mesdames et Messieurs,

Le développement économique et social doit reposer sur l’adhésion et l’appropriation des actions de développement par les individus et la société. Il conviendrait alors de donner une place centrale aux femmes et aux jeunes, aux collectivités locales dans la gestion des ressources naturelles et de la sécurité alimentaire, de placer toute action de gestion durable des terres dans le cadre d’une planification territoriale cohérente, prenant en compte les spécificités de Genre. Nous devrons mettre en œuvre des programmes qui assureraient la mise à l’échelle des techniques et pratiques de gestion durable des terres en lien avec la promotion des emplois verts, en particulier pour les jeunes et les femmes, en sauvegardant le potentiel productif des écosystèmes uniques et fragiles comme, entre autres, le Lac Tchad.

Nous devons poursuivre et concrétiser notre grand projet de grande muraille verte et engager de nouvelles initiatives comme celle qui a été

préconisée lors la Conférence Internationale sur la désertification et l’économie verte de la Commission climat de la région du Sahel, consistant à encourager la participation des armées sahéliennes dans la restauration et la gestion durable des terres à grande échelle, la construction d’ouvrages d’aménagement des écosystèmes et des bassins versants dégradés, la promotion des pratiques saines de gestion de l’environnement en tandem avec les populations. Nous devons enfin réactiver les programmes d’éducation environnementale à tous les niveaux, scolaires et non scolaires, pour développer une conscience éco citoyenne, former des couches sociales responsables et engagées pour un meilleur cadre de vie en Afrique et développer le reflexe de conservation des ressources naturelles. C’étaient là, Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement, Mesdames et Messieurs, les préoccupations que le Président de la République, Issoufou MAHAMADOU, m’a chargé de partager avec vous sur cette importante thématique de l’économie verte et de sa pertinence pour le développement durable et inclusif du continent africain.

Je vous remercie

Onep

 

Imprimer E-mail

Politique