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Affaire cellule crises alimentaires et gestion des catastrophes (CCA/GC) : Bakari Seidou, admis à faire valoir ses droits à la retraite en prison

 Affaire cellule crises alimentaires et gestion des catastrophes (CCA/GC) : Bakari Seidou, admis à faire valoir ses droits à la retraite en prisonLa chose parait invraisemblable, ou même une plaisanterie de mauvais goût. Et pourtant c’est la triste vérité. Depuis ce 4 octobre 2018, Bakari Seidou, ingénieur d’agriculture de classe exceptionnelle, est admis à faire valoir ses droits à la retraite. Après une riche et exaltante carrière, après 37 ans de bons et loyaux services rendus avec abnégation et sacrifice à la Nation. Mais au lieu de fêter cet important évènement dans la carrière d’un fonctionnaire de l’Etat, en famille, entouré de ses épouses, ses enfants, ses parents et amis, Bakari Seidou est, comme qui dirait, admis à faire valoir ses droits à la retraite au camp pénal de Kollo où il est en détention préventive depuis juin 2016. Son départ à la retraite, ce 4 octobre coïncide avec ses deux ans et 4 mois de séjour à la prison de Kollo, accusé dans une affaire qui remonte à 2005. Bakari Seidou, coordinateur de la cellule crises alimentaires et gestion des catastrophes, et ses compagnons d’infortune, dont les anciens directeurs de cabinet de Hama Amadou à la Primature, Mala Ari et Idé Kalilou, ont été interpellés et mis sous mandat dépôt le 6 juin 2016. Ils seront accusés de détournement de fonds à hauteur de 5 milliards de FCFA, correspondant à 30.500 tonnes de céréales, mises à la disposition des populations nigériennes menacées de famine à l’époque. Membre influent du parti politique de Hama Amadou, depuis 2009, il sera élu député en 2011, sous la bannière du Mouvement démocratique pour une fédération africaine (MODEN FA LUMANA AFRICA). Il prend la tête du groupe parlementaire Lumana Africa. Jusqu’ici, rien. Bakari est clean, nickel. En 2013, suite à des désaccords profonds, les deux alliés, le PNDS et LUMANA, se séparent. Lumana claque la porte de la Mrn, coalition des partis au pouvoir. Bakari, opposant politique, mène, aux côtés de ses collègues députés de l’Arn, le combat politique au parlement.En 2016, ont lieu les élections qualifiées d’insolites par bien d’observateurs. Hama Amadou, le challenger du président sortant étant pieds et mains liés dans la prison de Filingué, à un peu moins de 200 km de la capitale. Bakari n’est pas réélu député. Il devient dès lors la proie facile de personnes pour lesquelles les problèmes politiques sont des problèmes de personnes et non un combat d’idées.

C’est ainsi qu’avec 6 autres personnes, il se retrouve en prison à partir du 6 juin 2016. Malgré toutes les garanties de représentation données, toutes les demandes de mise en liberté provisoire qu’il a introduites ont été rejetées. Et en dépit de l’enquête préliminaire de la gendarmerie qui conclut à l’impossibilité d’un tel crime, le incriminés ne disposant pas des fonds en question ; en dépit de l’audit interne commandité par les partenaires techniques et financiers qui n’a rien décelé d’anormal dans l’opération qu’ils ont eux-mêmes suivie sur toute la ligne ; en dépit de la réponse des services de l’OPVN à une sommation de dire, affirmant avoir reçu les céréales en question en quantité et en qualités suffisantes, l’ancien président du groupe parlementaire Lumana Africa et ses camarade continuent à garder prison. Pendant deux ans le dossier n’a pas bougé d’un iota. Ce qui a valu au juge d’être dessaisi du dossier qui est désormais confié à un autre juge. Quel crime est en train de payer ? Ses choix politiques et son soutien indéfectible à Hama Amadou, président de son parti et opposant irréductible ? Si le souci est de rendre justice aux nigériens, alors pourquoi ne pas organiser le procès de l’affaire dite de la CCA/ GC pour que la vérité jaillisse enfin ? Au lieu d’utiliser le pouvoir d’Etat à des fins politiques personnelles et transformer la détention préventive, pour des besoins d’enquête, en emprisonnement des opposants au régime. Pour beaucoup de spécialistes de la question, Bakari Seidou et ses compagnons sont en prison pour un crime techniquement impossible, puisqu’ils n’étaient pas en possession des fonds qu’on les accuse d’avoir détournés. Ils ne sont ni ordonnateurs ni financiers.

Bisso
13 octobre 2018
Source : Le Courrier

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