Orange Money 300%

Crise politique au Niger: Le CNDP peut-il sauver l’essentiel ?

CNDP Crise politique NigerLe Niger vit les moments les plus sombres de son histoire. Le juger et l’apprécier par les bétons que les socialistes ont érigés en son sein pour défier la misère des populations, ne peut que conduire sur de mauvaises pistes. L’humain est sacrifié sur l’autel de l’urbanisme ostentatoire. Le Niger est mal gouverné, devenant presque la propriété privée d’un clan qui ne peut concéder le moindre espace pour les autres. Des Nigériens sont devenus des étrangers dans leur propre pays, vivant en exil dans leur pays. Or, le Niger n’appartient pas à un clan, il est le bien de tous et il revient à tous d’en prendre soin. Gérer le pouvoir ne donne pas plus de droit à un autre dans le pays, et tous d’où qu’ils viennent, de quelque niveau ou de quelque condition qu’ils soient sont égaux en droits et en devoirs. Ça, c’est dans les principes qui fondent la République. Dans la Réalité, depuis quelques années, sous la Renaissance socialiste, les choses sont bien autres. Le Niger est en deux versions : une pour les bons Nigériens qui sont du sérail du pouvoir, et une autre, pour les Nigériens de seconde zone qui, pour avoir choisi de vivre leur liberté de choix, sont persécutés, mis en marge. Pendant plus de cinq ans de gouvernance, les Nigériens ont vécu la suprématie des camarades, vivant sous les pieds d’hommes qui ne peuvent rien leur concéder dans la nation et dans la démocratie. On les retrouve à la marge de l’administration, victimes d’exclusion, dans la poudrière d’une société où on leur refuse tout : les marchés, les emplois. Leur place est à la prison, dans l’étouffement, dans la misère car, l’on a pensé machiavéliquement que pour les vaincre il aurait fallu leur refuser tout, pour qu’ils soient vulnérables et objectivement corruptibles. La stratégie est certes payante, sauf qu’elle ne donne que des individus non tout un électorat qui est censé être avec l’homme vaincu. Seyni est parti, mais pas le Mnsd, Adal est parti, sans l’âme squelettique de son parti. A l’ère des aventuriers alimentaires, la politique perd toute sa noblesse pour n’être qu’un vulgaire métier aux visées mercantilistes. La faim devenue insupportable a poussé des hommes à l’infamie.

Et depuis que des hommes sans éthique et sans conviction font la politique, le Niger ne vit que des crises politiques, sans que jamais les hommes, du moins certains, ne se servent des leçons de nos déboires passées. Alors que l’Opposition fait attention avec son. eader Hama Amadou qui appelle ses partisans à éviter tout ce qui peut porter atteinte à la cohésion nationale pour provoquer une déliquescence de la nation, le pouvoir fier de ses nouveaux muscles trouvé derrière la force publique qu’il peut manipuler, se gargarise d’avoir triomphé, ne faisant aucune concession à une opposition qu’il croit avoir anéantie. Et le climat ne fait que se détériorer, empirant jusqu’à ce que l’on ait l’impression d’être arrivé à un point de non-retour. On aura appelé à aller au dialogue pour éviter au Niger et aux Nigériens des déchirements inutiles, les renaissants, gonflés de vanité, ne peuvent admettre d’aller à la détente qu’ils croient être un signe de faiblesse et ne peuvent arrêter de traquer les adversaires, politiques, journalistes, acteurs de la société civile. Pendant ce temps, le pays n’avance pas jusqu’à ce que les gouvernants s’en rendent compte pour croire qu’ils ne leur reste qu’une solution : renforcer la pression fiscale sur des Nigériens misérables. Mais après près d’une année d’application, le problème reste entier et les nouvelles mesures s’avèrent inefficaces car le problème du Niger est plus un problème de gouvernance et de gestion que de revenus mobilisables. Peut-on croire que le régime en a pris conscience pour voir autrement la situation en lui trouvant des solutions nouvelles, celles- là mêmes qu’il a tout le temps refusées ? En tout cas depuis des jours, alors que Bazoum Mohamed, jurant sur tous ses dieux, que la loi électorale, ne sera pas révisée, l’on était surpris d’entendre que le Premier ministre Brigi Rafini écrivait à la classe politique, toutes tendances confondues, les appelant à une relecture consensuelle de la loi électorale qui divise la classe politique depuis des années. Depuis, l’on s’interrogeait sur la sincérité d’une telle démarche qui a surpris plus d’un Nigérien. Comment les socialistes, pouvaient-ils être arrivés à de tels meilleurs sentiments ? La grogne et les dissensions sont-elles profondes au sein de la mouvance et de peur que d’autres, à l’instar de Kiishin Kassa, ne claquent la porte pour discréditer davantage le régime, s’est- on résolu à fléchir, pour faire place au dialogue refusé naguère ? Ou est-ce encore les problèmes de gestion qui obligent le régime à desserrer l’étau pour apaiser le climat et sauver les meubles, surtout que l’extérieur sur lequel il compte, ne semble pas être prêt à lui ouvrir les vannes et lui donner les moyens de survivre à sa crise financière au milieu de syndicats grommeleurs ? Ou encore, faut-il croire, ainsi que le prétendent beaucoup d’observateurs, c’est l’extérieur et notamment des partenaires influents qui dictent cette politique de l’apaisement, pour un pays qui a réuni tous les ingrédients d’une implosion ? Mais ces pourparlers souhaités, peuvent-elles aboutir, notamment à un consensus escompté, salutaire et salvateur ?

Une chance à ne pas rater...

L’on sait que c’est la loi électorale qui gère tout le processus et notamment jusqu’à la composition de la CENI qui déchire la classe politique nigérienne. Sur un tel sujet, et puisque les différentes parties avaient été écoutées par les missions de l’OIF au Niger, on peut comprendre que quelque part, l’opposition ait convaincu des partenaires relativement au caractère suspect de certains articles du texte incriminé et ce d’autant d’ailleurs que l’opposition ne demande rien que des textes justes et consensuels pour garantir des élections transparentes, justes et honnêtes qui peuvent du reste, grandir le régime qui se gargarise d’avoir la majorité des Nigériens et des partis politiques avec lui. De quoi d’ailleurs, dans ce cas, peut-il avoir peur pour résister à faire droit à cette demande somme toute légitime et raisonnable de l’opposition ?

La classe politique nigérienne doit donc faire preuve de maturité et de sagesse, pour ne préserver que l’essentiel, en laissant de côté les petits calculs mesquins et les égoïsmes malsains.

Il faut impérativement dépassionner le débat et recréer les mêmes conditions par lesquelles, hier, il avait été possible pour notre classe politique, de s’entendre sur un minimum qui sauve l’essentiel. Quel intérêt aura le président sortant, à laisser derrière lui un pays qui va continuer à se déchirer ? Il y a encore un peu de son image à protéger. De gros calculs autour de sa succession risquent fort bien de le perdre et de le conduire dans le mur. Il est temps d’être mesuré et pondéré.

Le prix de l’apaisement reste des règles de jeu claires dans le jeu électoral, le caractère inclusif en proscrivant ces manigances judiciaires malicieusement conçues pour exclure du jeu des candidats craints, car, le peuple souverain seul, a le droit de trancher les jeux électoraux. Même les profanes de la politique ont pu comprendre le but de ces acharnements contre la personne de Hama Amadou qui ne peut pas avoir fait que du mal à chacun de nos hommes politiques, pour mériter une haine aussi viscérale qui ne peut qu’avilir ses auteurs. Il semble qu’en plus d’être des humains, nous sommes des croyants qui croient à des valeurs, à un idéal de vie, à une civilité qui nous sort de l’animal qui nous habite pour être plus proches de l’homme. D’ailleurs, qu’est-ce qui peut nous arriver pour être aussi méchants en politique ? Pourtant par nos alliances défaites et les nouvelles alliances nées où on avait su taire des dissensions, devraient amener les uns et les autres à avoir plus d’humilité pour comprendre que l’adversaire n’est pas un ennemi. Il est dommage que Massaoudou qui se veut un intellectuel si accompli ait pu croire que des journalistes critiques puissent être leurs ennemis oubliant tout le bien qu’ils leur fait pour les aider à comprendre leurs erreurs, les problèmes de leurs gouvernances afin de les corriger éventuellement et pouvoir améliorer leur gestion.

C’est peut-être aussi par notre incapacité à nous entendre, à construire le consensus minimal sur des questions d’ordre général, notre insouciance pour le pays qu’on ne cesse de plonger dans des crises diverses qui font de nous les derniers du monde. Il est temps que nous envoyons aux autres une bonne image de nous-mêmes pour mériter le respect du monde. C’est un recul, que de voir, après près de trois décennies de démocratie, que l’on veuille changer les règles du jeu électoral dans le seul but de vouloir privilégier un clan dans la conquête et la conservation du pouvoir. C’est pourquoi, il est urgent d’arrêter vite cette mascarade des pièces d’état civil qui se produisent à la chaîne et qui ouvrent la porte à toutes les dérives. N’est-ce pas le moyen le plus facile de donner des documents authentiques nigériens à n’importe qui et demain, une nationalité nigérienne pour des gens qui ne pourraient pas le mériter ?

Nos hommes politiques font donc face à eux- mêmes. Les Nigériens, attendent que de leurs conciliabules, ils sortent avec un sourire nouveau sur les visages pour rassurer le peuple qu’enfin, les cœurs sont guéris du mal. Le CNDP doit donc éviter la diversion pour aller calmer le jeu, et ramener la belle à terre.

Oui, les Nigériens peuvent aussi être bons.
Les meilleurs aussi.

Gobandy
26 octobre 2018
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Imprimer E-mail

Politique