Révélations sur le processus électoral : Sanoussi Jackou dévoile la complicité entre le président de la CENI et le pouvoir d’Issoufou

Sanoussi-Tambari-Jackou-denonce-code-electoral-president-CENI-Issoufou.jpgDans une intervention sur la télévision Ténéré en fin de semaine dernière, le conseiller spécial du président de la République, président du PNA Al’oumat, parti membre de la Mouvance pour la renaissance du Niger (MRN) a fait des révélations époustouflantes.

S’exprimant sur le processus électoral en cours, Sanoussi Tambari Jackou a dévoilé la collusion, désormais évidente, entre la majorité présidentielle et la Commission électorale. « Il était une fois, comme dans un conte, une réunion de la MRN qui avait accueilli en son sein une forte délégation de la CENI avec à sa tête le président de cette institution. Le président de la CENI nous a parlé du préprogramme et il nous a distribué chacun en ce qui nous concerne un exemplaire de ce préprogramme, de ce pré-organigramme » affirme tout de go le conseiller spécial du Président Issoufou. L’on remarquera qu’il ne s’agit ni d’une réunion du CNDP encore moins une rencontre de la CENI, mais bien d’un conclave de la MRN, la majorité présidentielle. Et le problème, est que la CENI est appelée « Commission électorale nationale indépendante ». En participant à cette réunion, non seulement la commission d’Issaka Souna n’a pas été « nationale » puisqu’il ne s’agit que d’une rencontre d’un bloc politique ; mais elle n’a pas été « indépendante » aussi puisqu’elle donne un avant-gout de ses décisions ultérieures à la seule majorité au pouvoir. Du coup, la CENI s’est totalement discréditée en affichant son parti-pris de manière insolente.
Autre remarque, Sanoussi Jackou parle de « préprogramme ». Ainsi, l’on comprend que le chronogramme de récemment publié par la commission électorale a d’abord été « validé » par la mouvance présidentielle, ou disons, par le parti au pouvoir, PNDS-Tarayya. C’est du moins ce que révèle la suite de l’intervention du président du PNA Al’oumat.


« Dans ce texte-là du pré-organigramme – et d’ailleurs dans son exposé, lui-même – le président de la CENI nous a appris que les élections législatives ne seront pas jumelées avec les élections présidentielles. Moi, j’avais même applaudi dans la salle et quand on était sorti j’ai félicité le président de la CENI, j’ai dit : c’est très bien, tu as bien vu, tu as bien compris, les élections législatives ne doivent pas être couplées avec les élections présidentielles » raconte le président Jackou.
Nous ne sommes pas au bout de nos surprises ! Selon toujours le patron du PNA Al’oumat, « la MRN s’est réunie en présence (ndlr, encore !) du président de la CENI. Et au cours de cette réunion, là il n’a pas été question du jumelage ou du non jumelage de ces deux élections là. Mais après la réunion à la sortie, en off comme vous dites, le président de la CENI a dit à quelqu’un, presque en privé, que les élections législatives seront jumelées avec les élections présidentielles premier tour. Je me suis levé, je suis allé trouver le président de la CENI dans son bureau j’ai dit monsieur le président de la CENI, il paraitrait que vous avez dit quelque part que les élections législatives seront jumelées avec les présidentielles 1er tour. Depuis quand vous avez décidé de ça ? et qui avez-vous consulté pour faire ça ? Il m’a dit : ah oui c’est vrai, on va jumeler parce que les partenaires techniques et financiers (donc les blancs, les impérialistes) ont dit que les élections nigériennes sont très chères, il faut faire une économie de 14 milliards. Il faut jumeler les élections législatives avec les présidentielles 1er tour. C’est lui-même, le président de la CENI, qui m’a dit ça, face à face. J’ai dit monsieur le président nous ne sommes pas d’accord, vous nous avez remis un chronogramme dans lequel les deux élections sont séparées, vous avez rencontré la MRN vous n’avez jamais parlé de ça et maintenant vous allez clandestinement et secrètement cumuler les deux élections. Est-ce que nous, nous avons eu à donner nos points de vue par rapport à cette question ? De quel droit vous, vous allez prendre la décision ? C’est vrai, c’est la CENI qui organise les élections mais il faut nous consulter » s’emporte le conseiller du président de la République.
Cet argument des partenaires techniques et financiers est contestable dans la mesure où le gouvernement en place a dit haut et fort qu’il peut financer seul les élections générales de 2021. En vérité, à la lumière de ces propos de Sanoussi Tambari Jackou, leader politique de la mouvance présidentielle, l’on comprend aisément que la CENI est aux ordres du seul PNDS-Tarayya de Bazoum Mohamed, ministre de l’Intérieur en charge des élections et candidat investi du parti présidentiel. Le boycott du processus électoral par l’opposition politique qui refuse cette commission qu’elle appelle « une CENI-maison » trouve tout son sens à la suite de la colère du président Sanoussi. Tous les chemins mènent à Rome, dit-on, et chez nous, toutes les analyses, tous les faits semblent aboutir à une même et unique conclusion : le PNDS-Tarayya veut organiser des élections pour désigner le successeur du Président Issoufou en 2021. Il n’y a pas à chercher midi à quatorze heures !
Par Ibrahim YERO

20 septembre 2019
Source : L'Eclosion

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