Loi de finances 2020 : Issoufou Mahamadou se taille à nouveau la part du lion

  Loi de finances 2020 : Issoufou Mahamadou se taille à nouveau la part du lion ».Mahamadou Issoufou n’a sans doute jamais mérité et justifié son surnom de zaki, de lion, que dans la répartition du budget de l’Etat. Il se taille une part de lion alors qu’il n’a aucune responsabilité devant l’Assemblée nationale. Avec 139 597 000 189 FCFA, Mahamadou Issoufou s’octroie le jackpot. Avec 60 157 097 778 FCFA, le Cabinet du Premier ministre, qui pilote et coordonne l’action gouvernementale, fait pratiquement piètre figure. Quant à l’Assemblée nationale, elle bénéficie de 18 Milliards FCFCA.

Les premières réactions de l’opinion publique sont sévères. Brigandage politique ! Vol ! Tout y passe. Les Nigériens sont furieux. Mais ils savent que leurs coups de gueule et leurs récriminations ne vont guère changer les choses. En 2018, des mouvements de protestation citoyens ont été régulièrement organisés par les organisations de la société civile en vue de contraindre le gouvernement à revoir sa copie. En vain. Depuis quatre ans, les enveloppes budgétaires alloués aux secteurs sociaux de base sont régulièrement laminées et réduites au minimum nécessaire tandis que celles de la présidence de la République, du Cabinet du Premier ministre et de l’Assemblée nationale, sont en hausse. Si l’on note une baisse sensible du budget de la Présidence qui passe de 145 milliards en 2019 à 139 milliards en 2020, il reste que le montant est jugé faramineux pour une institution qui ne produit rien du tout.

Gaspillage de l’argent public sous la 7e République

Le gaspillage de l’argent public, orienté vers des dépenses de prestige ou des projets insensés, au regard du contexte nigérien, lorsqu’il n’est pas carrément détourné, est un problème crucial qui a plombé la 7e République. La preuve de. l’impertinence des choix et orientations de l’argent public sous Mahamadou Issoufou est donné dans cette assertion : « on investit 300 millions FCFA dans des cameras alors que la majorité des écoles de la capitale ont des latrines dégradées, manquent de tables-bancs, souvent même sans eau à boire au robinet, nos quartiers manquent de voies praticables, de caniveaux ; nos rues sans poubelles, les containers sont devenus luxueux ». Triste tableau d’un pays confronté à d’innombrables problèmes d’assainissement et où l’école, la santé et l’hydraulique battent de l’aile.

Mahamadou Issoufou se tape 139 597 000 189 FCFA, « sans rien faire » et sans avoir à s’expliquer devant le parlement

Comme dans les budgets précédents, la présidence de la République dispose d’un budget colossal, concentrant à son niveau, tout ce que l’on peut compter comme projets et programmes à milliards. Une mesure qui permet au Président Issoufou, voyageur devant l’Eternel, de disposer de disponibilités financières même lorsque le Trésor public est asséché. Pour la plupart financés par des ressources extérieures, ces projets et programmes que le “lion” concentre entre ses “griffes”, malgré l’institution d’un compte unique du Trésor, restent prioritaires. Ce sont ces mamelles, en principe rattachés à des ministères techniques, mais dont le Président Issoufou s’est accaparé à dessein.

En se tapant ainsi 139 597 000 189 FCFA, « sans rien faire » et sans avoir à s’expliquer devant le parlement, Mahamadou Issoufou viole délibérément une disposition constitutionnelle qui établit clairement les responsabilités entre les institutions de la République. Pire, en captant tout ce qui est juteux, le Président Issoufou compromet la réalisation de nombre de projets structurants pour lesquels les fonds tractés ont été négociés et obtenus. Il en va du programme 3N qui a fait tant rêver les Nigériens avant de se révéler une coquille vide, mais non moins pourvoyeur de ressources pour ses initiateurs. En neuf ans, les Nigériens n’en retiennent que les slogans flatteurs.

Une évasion massive d’importants fonds publics

La constitution nigérienne consacre un régime semi-présidentiel ; un régime politique dans lequel le président de la République n’a aucune responsabilité devant le parlement. C’est plutôt le Premier ministre, chef du gouvernement, qui a un devoir gestion et de reddition de comptes. C’est pourquoi, à l’entame du magistère, c’est lui qui présente devant l’Assemblée nationale sa déclaration de politique générale. Pourtant, l’essentiel du budget de l’Etat est concentré à la présidence de la République. Une anomalie volontaire imposée par le Président Issoufou. De fait, il a ainsi transformé le régime semiprésidentiel consacré par la constitution en un régime présidentiel fort, favorisant une évasion massive d’importants fonds publics qui échappent pratiquement à un usage programmatif rigoureux. S’il l’a fait pour peser de son poids sur le bilan de l’action gouvernementale en pensant arracher la sympathie des Nigériens, le Président Issoufou est sans doute passé à côté de la plaque.

17 ocobre 2019
Publié le 09 octobre 2019
Source :  Le Monde d’Aujourd’hui

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