Appels pour une décrispation de la vie politique nationale : Que vont devenir Mohamed Bazoum et Djibo Salou ?

Appels pour une décrispation de la vie politique nationale : Que vont devenir Mohamed Bazoum et Djibo Salou ? Depuis quelque temps, les réseaux sociaux, notamment, sont truffés de ces appels et de ces v?ux de voir le Président Issoufou Mahamadou créer les conditions d’une décrispation de la vie politique nationale. Des réflexes nés de ce qui s’est récemment passé eau Sénégal, d’abord, où le Président Macky Sall, qui a gracié le socialiste Khalifa Sall, et l’ancien président Abdoulaye Wade se sont réconciliés sous l’égide du calife général des mourides, Serigne Mountakha Bassirou à l’occasion de l’inauguration de la plus grande mosquée d’Afrique de l’Ouest ; puis, au Cameroun où le Président Paul Biya a ordonné la libération de l’opposant Maurice Kamto ainsi que de tous les autres prisonniers politiques. Des actes de détente politique qui ont fait pousser des idées au Niger. Et si, se demande, lorsqu’il ne s’agit pas d’appels formels, le Président Issoufou arrangeait du mieux sa sortie en favorisant l’organisation d’élections inclusives, transparentes et libres ? Un rêve qui paraît utopique pour de nombreux Nigériens, très sceptiques sur une telle éventualité au Niger. Les Uns continuent, donc, à tambouriner qu’ils ont fait un rêve, d’autres martèlent que le Niger n’est ni le Sénégal ni le Cameroun. Les réalités politiques et sociales sont, à l’évidence, différentes. Trop d’obstacles se dressent sur ce chemin d’or auquel beaucoup de Nigériens aspirent.

En cas de décrispation, tout pourrait être mis à plat

L’éventualité d’une décrispation politique suppose la libération des prisonniers politiques et l’absolution, au plan judiciaire, de ceux qui ont été injustement condamnés. Bakary Saïdou est en prison depuis plus de trois ans, sans aucune charge justifiée. Hama Amadou est interdit de compétition électorale sur la base, à la fois, d’une procédure judiciaire totalement tronquée et d’un code électoral taillé sur mesure. Or, tout le processus visant à faire arrêter les uns et à empêcher au président de Lumana d’être candidat tient à une volonté de conservation du pouvoir. La décrispation de la vie politique conduirait le pouvoir en place à remettre à plat tout ce qu’il a méthodiquement conçu, planifié et exécuté durant des années. Le code électoral actuel sera alors jeté à la poubelle et la classe politique nigérienne, dans son ensemble, s’attèlera à élaborer une nouvelle loi électorale consensuelle. La commission électorale nationale indépendante (Ceni) sera dès lors dissoute et une nouvelle, installée. Ce sera les grandes retrouvailles de la classe politique nigérienne. Les élections seront envisagées dans la sérénité et la confiance mutuelle des acteurs. Seulement, cette belle perspective ne fait pas que des heurs. Dans certains milieux de la classe politique, une telle éventualité est synonyme de cataclysme, une sorte de fin de parcours tragique.

Si la volonté politique existe de part et d’autre d’éviter au pays des déchirements électoraux et/ou postélectoraux, et que des prémices sérieuses d’une décrispation de la vie politique nationale sont visibles, il n’en reste pas moins vrai que trop d’obstacles entravent le passage vers cet horizon. Des obstacles si sérieux que l’espoir est mince de voir cette démarche aboutir. Parmi les obstacles entrevus, il y a ceux qui se sentiront lésés par une décrispation de la vie politique. Mohamed Bazoum et Djibo Salou sont abondamment cités.

Mohamed Bazoum, un perdant sûr

Le premier est président du Pnds Tarayya et candidat investi de ce parti au titre de l’élection présidentielle prochaine. Mais il ne compte, selon toute vraisemblance, ni sur sa popularité ni sur le bilan des deux mandats de Mahamadou Issoufou, pour triompher dans les urnes. Il a, dit-on, anticipé, en installant personnellement un comité ad hoc en vue d’élaborer le projet de code électoral qui est, dénonce-t-on, la copie conforme de ses desiderata. Couplée avec une commission électorale qui n’est que le doublon du Pnds dans sa configuration actuelle, aucun candidat ne se ferait d’illusion sur l’issue des élections prochaines. Une véritable tour de Babel dont Mohamed Bazoum a la clé au fond de sa poche. Avec une administration fortement politisée et corrompue, le tour est joué. Le seul challenge pour Bazoum, c’est de se battre pour demeurer le candidat du Pnds jusqu’à la tenue des élections et que ces dernières se tiennent dans le chaos dessiné. Une décrispation de la vie politique nationale ne ferait, donc, pas l’heur d’un Mohamed Bazoum dont les projets s’effondreraient alors comme un château de cartes. Il restera peut-être président du Pnds, mais quel Pnds ?

En cas de décrispation, le général à la retraite se retrouverait sur le carreau

Le second perdant d’une éventualité de décrispation de la vie politique nationale est un soldat. Bienfaiteur de Mahamadou Issoufou dont il attendrait, dit-on, le retour de l’ascenseur, Djibo Salou, le chef de la junte militaire qui a renversé le Président Mamadou Tanja, ne peut imaginer, un instant, une telle éventualité. Tout comme Mohamed Bazoum, il verrait, donc, d’un mauvais ?il, cet appel à la décrispation de la vie politique. Le général, il faut le rappeler, a quitté l’armée pour se lancer en politique, avec en ligne de mire, le fauteuil présidentiel. Il a créé un parti politique dénommé Pjp Génération Doubara qui a bien pris part à la plus récente réunion du Conseil national de dialogue politique (Cndp). Et si son parti n’a pas encore tenu de congrès constitutif, il est en pleine activité et ses cadres sont en train de recruter partout au Niger. Djibo Salou n’a pourtant pas grand-chose à revendiquer pour espérer ravir les suffrages de ses compatriotes. Pour la plupart des observateurs, il s’attend à un coup d’état électoral à son profit. Ses accointances avec le Président Issoufou sont-elles suffisantes pour fonder cet espoir fou qui a conduit le général à se libérer de l’armée ? En cas de décrispation de la vie politique, le soldat se retrouverait sur le carreau. Plus d’armée, plus de Doubara que les opportunistes de tous bords fuiront comme la peste.

La sérénité est pourtant de mise chez Bazoum et Salou

La question principale qui se pose, dans les débats, est de savoir ce que vont devenir ces deux personnages qui ont construit leurs projets respectifs et leur avenir politique dans la perspective du chaos électoral. Pour le moment, le Président Issoufou, qui est interpellé, n’a pas encore officiellement réagi. Mais les spéculations vont bon train, même si l’on note dans les camps de Mohamed Bazoum et de Djibo Salou une certaine sérénité qui intrigue quelque peu. Le premier poursuit sa campagne électorale avant l’heure. On le dit d’ailleurs sur des activités préparatoires d’une tournée qu’il entreprendra bientôt dans la zarmaganda. Quant au second, le général à la retraire, ses partisans s’organisent, recrutent et battent aussi campagne, notamment dans les régions du fleuve. S’ils ne sont les seuls à se morfondre dans la perspective d’une décrispation de la vie politique, Bazoum et Salou sont toutefois les plus grands perdants dans une telle éventualité.

A.Doudou

20 octobre 2019
Source : Le Monde d'Aujourdhui

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