2ème Forum de Paris sur la Paix, à Paris (France) : «La communauté internationale doit marquer sa solidarité avec les pays du Sahel et du bassin Lac Tchad», déclare le Président Issoufou Mahamadou

2ème Forum de Paris sur la Paix, à Paris (France) : «La communauté internationale doit marquer sa solidarité avec les pays du Sahel et du bassin Lac Tchad», déclare le Président Issoufou MahamadouLe Président de la République, Chef de l’Etat, SEM Issoufou Mahamadou, a pris part, hier mardi 12 novembre 2019, à la Grande Halle de La Villette (XIXe arrondissement de Paris), à la cérémonie officielle d’ouverture de   la deuxième Edition du Forum de Paris sur la Paix, présidée par le Président de la République française SEM Emmanuel Macron.

L’inauguration de ce cadre de dialogue de haut niveau s’est déroulée en présence notamment de plusieurs autres Chefs d’Etat ainsi que des dirigeants des Organisations Internationales.

Plusieurs allocutions ont été prononcées à l’ouverture de cette rencontre dont celle du Président Macron, de la Présidente de la Commission Européenne Mme Ursula Von Der Leyen, du Vice-président chinois SEM Wang Qishan et du Président de la République Démocratique du Congo SEM Félix Tshisekedi.

La paix et le développement durable dans le monde, le multilatéralisme, la gouvernance mondiale, le terrorisme, le réchauffement climatique, la biodiversité,   la sécurité et le développement au Sahel ont été entre autres évoqués au cours de cette rencontre qui prendra fin mercredi après-midi, 12 novembre 2019.

Après l’ouverture de ce forum, le Président Issoufou Mahamadou et ses homologues du Tchad, SEM Idriss Deby Itno, et du Mali, SEM Ibrahim Boubacar Keita, ont animé un panel de haut niveau sur la Sécurité et le Développement au Sahel.

Au cours du panel, le Président de la République, SEM. Issoufou Mahamadou, a dressé, hier mardi 12 novembre 2019 à Paris, une évaluation de la situation sécuritaire au Sahel, tout en évoquant la liaison entre sécurité et développement. Le Chef de l’Etat a d’abord noté que chaque fois qu’on parle du terrorisme, on pense à ses causes profondes dont la pauvreté. En réalité, la pauvreté, c’est un peu le carburant qui entretient l’incendie, qui entretient le terrorisme, a dit SEM Issoufou Mahamadou, précisant qu’avant, il a fallu une étincelle pour allumer le feu, pour allumer l’incendie.

Intervention remarquable du Chef de l’Etat lors du panel sur la Sécurité et le Développement au Sahel

Le terrorisme islamiste, moderne, tel qu’on le connait aujourd’hui est né en Afghanistan au début des années 90, a rappelé le Chef de l’Etat. Le terrorisme d’aujourd’hui est un peu une conséquence de la guerre froide qu’on a vécue avant la chute du mur de Berlin, a-t-il poursuivi. L’étincelle était partie de là, et l’incendie n’a pas été éteint depuis, a-t-il expliqué.

Par la suite, la chute de Sadam Hussein a eu pour conséquence la naissance de l’Etat islamique. Et puis, il y a eu le Sahel qui est aujourd’hui victime du terrorisme, ce qui est une conséquence de la chute de Kadhafi. « Donc, le terrorisme est à mettre en liaison avec la gouvernance politique mondiale et nous pensons que cette gouvernance n’est pas démocratique. Les décisions prises ont une incidence sur nous. C’est le cas de ce qui s’est passé en Libye alors qu’on a mis en garde que la situation dans ce pays allait aboutir à la disparition à de l’Etat libyen et frayer le chemin au terrorisme. Et c’est ce qui s’est passé aujourd’hui», a souligné le Président de la République.

Après la chute de Kadhafi, les armes, pillées en Libye, circulent dans le Sahel, entre les mains des terroristes, a rappelé le Chef de l’Etat. «La communauté internationale a une responsabilité dans ce qui se dans le Sahel et malheureusement on ne sent pas la solidarité de la communauté internationale », a-t-il affirmé.

Evoquant les efforts fournis dans la région, SEM Issoufou Mahamadou a indiqué que « nos pays ont décidé de combattre d’abord séparément le terrorisme, puis de mutualiser leurs capacités au niveau du bassin du lac Tchad avec la Force Mixte Multinationale (qui combat Boko Haram) et ensuite, dans le Sahel, avec la Force Conjointe du G5 Sahel ».

«Nous avons mutualisé nos capacités et avons lancé un appel à la Communauté internationale pour qu’elle soutienne ces différentes forces conjointes qui se battent pour la paix, la sécurité, non seulement pour notre propre sécurité mais pour la sécurité mondiale », a-t-il expliqué.

La sécurité est un bien public mondial, et normalement dans l’instauration de la sécurité, la communauté internationale doit se mobiliser, a-t-il insisté. «Mais on ne sent pas cette solidarité de la communauté internationale qui a ses regards ailleurs alors qu’elle est responsable de ce qui s’est passé en Libye », a-t-il dit.

‘’Nous avons demandé que la Force du G5 Sahel soit placée sous le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies. Cela nous a été refusé », a rappelé le Chef de l’Etat. « Nous avons demandé que le mandat de la MINUSMA soit changé » pour que cette mission onusienne de maintien de la paix au Mali « puisse avoir un mandat offensif pour combattre le terrorisme. Cela aussi nous a été refusé », a-t-il poursuivi.

La MINUSMA a, pour l’instant, un mandat pour maintenir la paix dans une région où c’est la guerre qui est à l’ordre du jour, a-t-il déploré. « En février 2018 à Bruxelles, alors que j’étais Président du G5 Sahel, nous avions tenu une réunion pour mobiliser les ressources qui permettraient de rendre cette force opérationnelle, mais jusqu’ici, on n’a pas ces ressources », a encore M. Issoufou Mahamadou. « On nous a promis 423 millions d’euros. Aujourd’hui, nous avons transmis, pour les équipements de la Force Conjointe, près de 40 requêtes dont seules dix ont été traitées et à peine quatre sont satisfaites ou en voie de l’être», a-t-il indiqué.

Dans ces conditions, la Force Conjointe ne peut pas être opérationnelle, a-t-il conclu. « La communauté internationale doit marquer sa solidarité avec les pays du Sahel et ceux du bassin Lac Tchad sinon le cancer va s’étendre plus au sud, il va métastaser. Et c’est déjà en cours », a-t-il estimé. « On dit : pour avoir la paix, il faut de bonnes armes. Il fut aussi de bonnes lois », a indiqué le Président de la République.

«Nous avons une stratégie, nous avons une vision, mais nous manquons de moyens»

« Nous avons de bonnes lois, une bonne gouvernance qui s’installe de plus en plus dans nos pays. Nous faisons beaucoup d’efforts dans le domaine du développement. Chacun de nos pays a un programme de développement pour éradiquer la pauvreté, mais nous avons, à l’échelle du G5 Sahel, le Programme d’Investissement Prioritaire. (PIP), en particulier dans les zones fragiles, dans les zones frontalières, soumises aux menaces terroristes», a –t-il souligné. «Nous avons une bonne stratégie, mais ce sont les moyens de mise en œuvre de cette stratégie qui manquent », a affirmé le Chef de l’Etat. «Nous avons une stratégie. Nous avons une vision. Mais nous manquons de moyens pour mettre en œuvre cette vision et cette stratégie », a-t-il insisté.

Par rapport à la gouvernance politique mondiale, SEM Issoufou Mahamadou a précisé qu’il faut reformer le Conseil de sécurité, doter l’Afrique de membres permanents et non permanents au niveau de ce conseil. En ce qui concerne la gouvernance économique, le Chef de l’Etat a dit que l’Afrique doit s’industrialiser si on veut qu’elle lutte contre la pauvreté, qu’elle donne des emplois aux dizaines de millions de jeunes africains qui arrivent sur le marché du travail chaque année.

SEM Issoufou Mahamadou a souligné que l’Afrique a une vision, une stratégie, à savoir l’Agenda 2063 avec beaucoup de plans et de projets dont la ZLECaf et le plan de l’industrialisation. Aujourd’hui, les africains veulent le commerce et les investissements directs étrangers. Ils veulent moins d’aide publique au développement, qui est une goutte d’eau dans les besoins de développement de l’Afrique, a ajouté le Président Issoufou Mahamadou. « Pour réaliser les Objectifs de Développement Durable(ODD), il nous faut 60 milliards chaque année d’ici 2030», a-t-il indiqué.

Or l’aide publique au développement en 2017 était de 61 milliards, ce qui ne permet pas de réaliser les ODD d’ici à 2030, a-t-il expliqué. « L’Afrique, donc, a besoin davantage d’investissements directs étrangers. On a besoin d’un commerce équitable, qu’on mette fin à l’échange inégal qui constitue un moyen de transférer des richesses des pays africains vers les pays du nord», a-t-il conclu.

Abdourahmane Alilou AP /PRN

13 novembre 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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